[SCRIBBLOG] Cinq concepts pour devenir un meilleur conteur

[Que sont les articles du Scribblog ? C’est expliqué ICI]

Nouvelle adaptation française d’un article Mythcreants posté sur le blog de la plateforme Scribbook : pour une fois (c’est rare !), j’avais abordé ce sujet avant Chris Winkle (il n’y a pas si longtemps, dans un post intitulé 10 pistes pour mieux supporter la critique). Et bien voici d’autres bons conseils et des concepts à s’approprier d’urgence pour les auteurs qui comptent durer dans le métier…

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Améliorer son travail est un processus qui implique des retours potentiellement conflictuels sur nos histoires, et une naturelle résistance émotionnelle au changement. Néanmoins, comprendre quelques principes importants peut nous aider à placer les problèmes que nous rencontrons en perspective. Voici cinq concepts très utiles pour mieux accepter les critiques et rendre nos histoires meilleures.

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Règles Pixar [3] – Le thème de l’histoire

Trying for theme is important, but you won’t see what the story is actually about until you’re at the end of it. Now rewrite.

Chercher à traiter un thème est important, mais tu ne verras pas ce dont parle vraiment l’histoire avant de l’avoir terminée. Ensuite, réécris.


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Je ne vais pas ici t’expliquer pourquoi développer un thème est un plus très appréciable dans un récit (je l’ai déjà fait dans l’article La morale de l’histoire). Néanmoins…

Cette règle Pixar pointe du doigt un défaut d’auteur trop rare à mon goût : le fait de vouloir « verrouiller » son thème trop tôt.

Si je dis que c’est un défaut « trop rare à mon goût », c’est parce que beaucoup d’auteurs novices pensent essentiellement leurs récits en termes d’action (« c’est une histoire où il se passe ceci et cela »), et très peu en termes de traitement d’un thème (« c’est une histoire qui parle de ceci, et qui signifie cela »). Ils ne se précipitent donc pas sur leur thème : ils n’en développent souvent aucun (du moins, pas consciemment).

En tant qu’auteur architecte, définir le thème de mon récit est la toute première chose que je fais. Autant te dire que l’avertissement de Pixar s’adresse tout particulièrement à des gens comme moi ! Aujourd’hui, même s’il me paraît toujours indispensable de savoir de quoi je parle pour développer univers, personnages et intrigues, l’expérience m’a prouvé que la maxime Pixar est juste une simple et profonde vérité.

Savoir de quoi on veut parler afin de chercher quoi dire… et comment le dire

Prenons l’exemple de ces articles de blog : lorsque je débute la rédaction d’un billet, je choisis un sujet. J’effectue quelques recherches, regroupe mes connaissances personnelles, me note quelques points importants à ne pas oublier… puis j’écris. Choisir le sujet au départ est capital : j’ai besoin de savoir de quoi je vais parler. Et comme le texte est une sorte de voyage, j’ai besoin de connaître la direction vers laquelle je souhaite me tourner.

Néanmoins, la première version de l’article est souvent très fouillie : les informations, arguments et exemples s’enchaînent, pas toujours de façon logique. Et c’est en écrivant, en cherchant à amener le post vers une conclusion propre, que je clarifie mes idées. Ce n’est qu’une fois terminé que je sais vraiment ce que je voulais faire passer dans l’article

Et alors viens la phase de réécriture : le premier jet m’a clarifié les idées, je sais ce que je veux VRAIMENT dire. Je re-structure le billet en ce sens, jette les réflexions qui dérivent ou ne sont pas pertinentes. Je synthétise et cherche des exemples pour appuyer là où je le crois nécessaire.

Un roman de fiction ? C’est pareil.

Néanmoins, je pense que le risque n’est pas exactement le même qu’on soit un auteur architecte ou jardinier.

Les architectes commencent par choisir un thème : le risque est de vouloir y coller à tout prix, même si l’histoire attire l’auteur vers une autre direction. C’est très bien de choisir un thème et de tout bâtir en ce sens, mais 1) on peut se tromper (de thème, ou de façon de le traiter) ; 2) on peut ne pas avoir creusé assez, et réaliser que notre thème en cache en fait un autre, plus profond ou plus subtil ; 3) ou tout simplement découvrir des nuances dans le traitement que l’on n’avait pas imaginé au départ. Il faut donc rester ouvert et à l’écoute de son récit.

Les jardiniers se lancent dans la rédaction d’un récit sans forcément avoir un thème en tête. Parfois, ils n’ont qu’un concept, un lieu, quelques personnages, et savent à peine de quoi parlera l’histoire. Le risque est d’ignorer le thème sous-jacent à l’action, et de ne penser qu’en termes dramatiques (= ce qu’il se passe) sans considérer la thématique (= ce que ça dit, ce que ça véhicule). Au mieux, leur récit ne dit rien de spécial et reste neutre ; au pire, il évoque des choses que l’auteur ne voulait pas dire du tout.

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Dans les deux cas, prendre du recul en fin du premier jet est capital. cela permet d’observer la partie thématique de son récit :

– pour le préciser et le corriger si on est architecte,
– pour l’identifier si on est jardinier.

Orienter la réécriture en fonction du thème permettra de resserrer le discours et d’assurer une réelle cohérence à l’ensemble : supprimer les éléments qui s’écartent du thème ; redéfinir ou compléter les lieux ou personnages selon le thème ; vérifier que les lignes narratives soient bien liées au thème ; ciseler les climax et la fin du récit en fonction.

M’enfin, ce n’est que mon avis… ou presque. Parce que dès qu’on parle de distinction architecte/jardinier, je préfère demander l’avis des jardiniers de ma connaissance.

En tant qu’écrivain « jardinier », je ne vois le thème qu’à la fin de la première phase d’écriture, lorsque j’ai enfin une vision globale. C’est seulement dans un second temps que je modifie les scènes précédentes pour que tout concourt au grand final. J’ai conscience que mon premier jet n’est qu’une ébauche parce que je ne sais jamais vraiment où je vais en commençant un roman. Pour cette raison, mon travail s’effectue toujours au moins en deux parties, souvent avec davantage de phases de réécriture !

Edit : dans l’émission La Grande Librairie sur France5 du 16/11/2017, l’auteur anglais Philip Pullman explique ne pas se focaliser sur la recherche du thème lors de l’écriture. En substance, il dit que « si un thème doit apparaître, il apparaît ». Lorsqu’il raconte comment lui est venue l’idée des daemon de sa série de fantasy À la croisée des mondes, il dit avoir imaginé ces créatures d’abord, puis avoir réalisé seulement après qu’elles pouvaient servir d’analogie sur le passage à l’âge adulte et la maturité.


« Qui aurait pu croire que cet article se terminerait sur une conclusion aussi vide d’intérêt ?
— Hum… à peu près tous les habitués du blog ? »
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Réussir sa phase de bêta-lecture

« Ton lecteur là, il m’a tout l’air d’un gros bêta.
— En effet. »


[Article publié dans sa première version le 11/01/2016, complété le 09/12/2016]

J’ai déjà cité ici mes bêta-lecteurs. Ou sur ma page FB. Ou sur Twitter. Mais je n’ai pas expliqué ce qu’ils sont, à quoi ils me servent, et pourquoi je leur dois tant. Il est l’heure de leur rendre hommage… et d’en profiter pour te donner quelques conseils pour faire de ta bêta-lecture un exercice vraiment profitable.

QUOI ?

Un bêta-lecteur est une personne à qui l’auteur envoie une « bêta » de son livre (une version non définitive, mais très avancée) afin qu’il le lise et en fasse un retour. C’est un « lecteur test ».

POURQUOI ?

Pour la même raison qu’on teste n’importe quel produit avant de le mettre sur le marché : pour vérifier qu’il « fonctionne » comme on l’espère. Ce principe de lecteur test ne se limite pas aux auteurs débutants ou amateurs : la plupart des écrivains ont recours à un ou plusieurs bêta-lecteurs.

QUI ?

La plupart des auteurs conseillent d’éviter de les choisir parmi les amis ou la famille ; la plupart des auteurs le font pourtant. Le fait est qu’un bon bêta-lecteur est avant tout une personne en qui on a confiance et qu’on connaît assez pour savoir qu’on est « sur la même longueur d’onde » : pas étonnant alors que plusieurs auteurs célèbres reconnaissent se faire relire par leur conjoint(e).

Pourtant, il y a de bonnes raisons d’éviter de faire appel à des proches : malgré toute leur bonne volonté, ils ne seront jamais objectifs, et seront soit complaisants, soit au contraire signaleront des « erreurs imaginaires » (des erreurs qu’ils n’auraient jamais considérées comme telles si l’auteur leur avait été inconnu).

Le mieux est encore de traîner dans des cercles d’écriture ou de lecture (réels ou en ligne) et de sympathiser avec d’autres auteurs avec qui on se sent bien : cela permet d’envoyer son manuscrit à des gens :
— bienveillants ;
— assez éloignés de nous pour qu’ils restent objectifs, et osent dire ce qui doit être dit ;
— ayant une compétence minimale en écriture pour faire des remontées utiles.

COMBIEN ?

À brûle-pourpoint, je serai tenté de dire qu’on n’en a jamais trop. Les bons bêta-lecteurs ne courent pas les rues, et rares seront les fois où un auteur sera amené à refuser d’aussi bonnes et généreuses volontés. Évidemment, questionner des lecteurs signifie « prendre le temps d’étudier leurs réponses » : avoir vingt bêta-lecteurs, c’est accepter d’étudier vingt retours. Autant dire que, si on a la chance de pouvoir choisir, mieux vaut sélectionner ses bêta-lecteurs de façon stricte. Le but est tout de même de pouvoir croiser des retours multiples. Au moins quatre ou cinq me semblent un minimum.

COMMENT ?

La plupart des auteurs se contentent d’envoyer leur manuscrit à leurs bêta-lecteurs, leur demandant de faire remonter tout type de remarques (sur le fond, sur la forme). En général, c’est déjà tellement sympa qu’un bêta-lecteur fasse ce travail qu’on ne lui impose rien sur la méthode ou le résultat. Certains répondent en une impression générale de quelques lignes ; d’autres annotent tout le manuscrit.

Pourtant, ce n’est pas la meilleure façon de procéder. À ton avis, qu’est-ce qui est le plus efficace pour tester un logiciel : un kit de vérification listant les principaux points à checker ? Ou lâcher un utilisateur devant en disant « dis-moi ce que tu en penses ? ».

Évidemment, la première solution est de loin la plus pertinente : je laisse mes bêta-lecteurs libres de me dire ce qu’ils veulent, mais j’exige aussi d’eux qu’ils répondent à un « questionnaire de lecture » spécialement créé pour l’occasion. J’y aborde différents sujets : des points clefs de l’histoire, des personnages majeurs. Je leur pose des questions pour vérifier qu’ils ont bien compris l’intrigue, ou les motivations du héros, ou certains aspects de l’univers. Cela me permet de croiser les réponses. Ainsi, même si tu n’as que trois bêta-lecteurs, tu auras clairement trois avis sur chacun des sujets qui te semblent importants… alors que si tu ne demandes rien, peut-être qu’aucun d’eux n’abordera les points qui te tiennent à cœur. Pouvoir croiser des réponses multiples sur des thèmes précis n’a pas de prix. Et si certains bêta-lecteurs soulignent d’autres choses « en plus », c’est du bonus.

POUR QUEL RÉSULTAT ?

La bêta-lecture apporte des commentaires, qui doivent permettre à l’auteur de prendre du recul sur son texte, chose qu’il a bien du mal à faire tout seul alors qu’il bosse dessus depuis des mois. Ce que j’attends surtout de mes testeurs, c’est qu’ils m’indiquent où ils ont été gênés, et m’obligent ainsi à m’interroger. Cela apporte de la remise en question, et j’ai systématiquement des remarques sur des éléments qui me semblaient limpides et immuables.

Souvent, les bêta-lecteurs ne peuvent s’empêcher de faire des suggestions de changements : c’est toujours intéressant à lire, même si la plupart du temps je les trouve hors de propos. J’ai lu un jour une citation d’un auteur américain qui disait en substance : « si un lecteur te signale qu’il y a un problème à un endroit de ton livre, neuf fois sur dix il aura raison ; s’il te suggère une solution pour remédier au problème, neuf fois sur dix il aura tort ». D’expérience, je trouve cela très vrai.

Voilà à quoi me servent mes bêta-lecteurs : non pas à savoir s’ils ont « aimé » ou pas, ni à me donner des idées de modifications… mais savoir si mon texte a produit les effets désirés aux endroits désirés ; s’ils ont apprécié les personnages que je voulais qu’ils apprécient ; s’ils ont compris le message que je voulais faire passer ; s’ils ont été surpris quand je voulais les surprendre ; s’ils ont compris mes descriptions. Bref : si le livre « fonctionne ».

On a construit la machine : il est temps d’effectuer les réglages avant publication. On comprendra donc qu’une bonne bêta-lecture oblige presque toujours l’auteur à une profonde remise en question de son texte. C’est le point de départ de la phase de réécriture la plus importante du job d’auteur… qui peut aussi être la plus longue.

RÉCAPITULATIF

Les six clefs d’une bonne bêta-lecture :

1) de « bons » bêta-lecteurs : bienveillants, pas trop proches, si possible avec des compétences liées à l’écriture (*) ;
2) en quantité suffisante : la principale utilité est de croiser les avis. Je pense qu’on n’en a jamais vraiment trop (tant qu’on est un peu organisé).
3) avec un temps suffisant : à évaluer en fonction du texte. Personnellement, pour un roman, je laisse au moins 3 à 4 semaines aux lecteurs : il faut du temps pour faire du bon boulot.
4) avec un texte bien abouti : si c’est pour qu’ils signalent des choses que l’auteur sait déjà et a déjà l’intention de modifier, ce n’est pas la peine, tout le monde perd son temps. On n’envoie donc pas un « premier jet », mais un manuscrit bien travaillé.
5) avec un questionnaire précis : surtout ne pas être feignant en voulant rédiger un questionnaire générique réutilisable (les questions posées auraient peu d’intérêt). Prendre le temps de rédiger un questionnaire spécifique au texte. Les miens font plusieurs pages, et comportent toujours de gros spoilers : j’avertis bien mes bêta-lecteurs de ne les ouvrir qu’après avoir terminé le livre.
6) avec du temps de réécriture prévu ensuite : si l’auteur demande aux bêta-lecteurs de rendre leur avis pour le 15 du mois parce qu’il publie le 30, il leur fait perdre leur temps. Cela signifie qu’il n’a pas l’intention de modifier son livre de façon profonde, et c’est leur demander beaucoup de boulot pour rien. Une bonne bêta-lecture (qui respecte tous les critères ci-dessus) pousse presque toujours à de profondes modifications. Il faut avoir conscience qu’après la bêta-lecture débute la partie la plus importante de la réécriture, qui peut vite se révéler la plus longue : mieux vaut prévoir plusieurs semaines voire plusieurs mois entre la bêta-lecture et la sortie du livre ! (**)

M’enfin, cela ne reste que mon avis   😉

PONCIF

Mes livres n’auraient pas été ce qu’ils sont sans leur travail : oui, c’est un poncif, mais c’est « vraiment vrai ». C’est une tâche ingrate, car on demande aux bêta-lecteurs de lire un texte non définitif ; ils font des remarques dont on ne promet pas de tenir compte ; et même si c’est le cas, personne ne saura jamais quel impact ils ont vraiment eu. Ils sont des « lecteurs de l’ombre ». Merci à eux.


(*) Sur mon roman « La colère d’une mère » (460 pages — fantasy), ma team de bêta-lecteurs était composée de 8 personnes : 5 membres de la communauté DraftQuest (rencontrés lors du MOOC « Écrire une œuvre de fiction », dont la saison 5 débute en 2017) ; 1 autrice autoéditée de fantasy ; 1 blogueuse littéraire ; 1 amie proche très douée en orthographe.

(**) Le livre, parti en bêta-lecture le 06 août 2016, est paru au mois de décembre de la même année.

Le début de la fin

« Je suis en train d’écrire le dernier chapitre.
— Ah, tu as bientôt fini alors !
— Ah ah ! »


Ces derniers mois, je me suis rendu compte que le grand public a une vision très linéaire du métier d’auteur : on nous imagine devant une feuille blanche, commençant la rédaction du premier chapitre, puis continuant page après page jusqu’au point final.

The end.

Or, l’écriture d’un roman, c’est plutôt comme de la peinture d’intérieur. Mes amis récemment emménagés vous le diront : ce n’est pas parce qu’on a recouvert tous les murs d’un joli enduit coloré qu’on a « fini ». Pire : on vient d’en chier, et on mesure seulement alors l’effort qu’il nous reste à fournir (« quoi ? Comment ça il faut passer trois couches plus une laque ? »). On contemple ses mains pleines de peinture bleue (1), et on a envie de pleurer.

Après la phase d’écriture (tadam !) arrive celle de la réécriture (tadadaaaam !).

Je ne suis pas dessinateur, mais je suppose que la rédaction de ce premier jet pourrait se comparer à l’étape du crayonné en BD : on a quelque chose qui ressemble au produit final désiré, affichant une bonne image de ce vers quoi on tend, mais qui est loin d’être propre. On ne le donnerait jamais à lire au public tel quel. Les diverses réécritures sont autant de relectures/reprises/corrections du texte initial, qui serviront à le rendre plus solide, net et tangible (encrage des traits), et à lui fournir épaisseur et texture (mise en couleurs).

L’écriture, telle que le grand public l’imagine, ne représente qu’une partie du métier, et ne fournit qu’un brouillon. Contrairement à ce qu’on croit, rédiger 400 pages, ce n’est pas si long. Mais scénariser en amont un tel récit (cf. post précédent), puis retravailler en détail et plusieurs fois ce pavé, ça peut vite prendre certaines proportions. Autant aimer la peinture murale — ou alors, se faire une cabane dans la forêt (comme dans Avatar).


(1) Non, pas de running gag ici.