Relation Personnages/Lecteur : bonbons et épinards

« Tiens, goûte !
— C’est quoi ?
— Un bonbon aux épinards. »


Sur le blog de la plateforme Scribbook, j’adapte en français des articles du site anglais Mythcreants (des professionnels de l’édition). Chez eux, un concept revient très souvent quand il s’agit du traitement des personnages : celui des bonbons et des épinards (candy and spinach). Comme je le trouve très pertinent et que je n’en trouve pas trace en français, je te présente ça ici.

Vocabulaire

Ce que nous appellerons « bonbons » sont les éléments d’une histoire qui agissent favorablement sur l’image du personnage auprès du public. Ce sont toutes les choses  qui le glorifient : ses réussites et ses victoires, tout ce qui le valorise dans l’imaginaire du lecteur. Cela peut aller d’une réplique qui claque à une description badass, d’un duel remporté avec brio à la mise en scène d’un talent particulier.

Ex : le personnage acquiert un nouveau pouvoir ou un objet magique, remporte un combat difficile, réussit une action d’éclat, embrasse *enfin* l’élu(e) de son cœur, s’évade d’une prison à force d’efforts et d’ingéniosité, etc.

Ce que nous appellerons « épinards » sont des éléments qui, à l’inverse, dévalorisent le personnage, le rabaissent. Ce sont ses échecs, ses coups durs, ce qui l’envoie au tapis, tout ce qui rappelle au public que le personnage a ses propres faiblesses et n’est pas infaillible.

Ex : le plan d’évasion du personnage échoue lamentablement, il se fait tabasser ou humilier, son meilleur ami est assassiné devant ses yeux, nous sommes témoin d’une scène dans laquelle ses amis le critiquent derrière son dos, etc.

Une grande partie de ce qui arrive à un personnage peut être classé dans la catégorie bonbon ou dans la catégorie épinard, de ses actes à ses paroles, en particulier lorsqu’il interagit avec les autres (c’est même un indicateur de la force de ton récit : si les événements ne se classent ni dans l’une ni dans l’autre, c’est probablement que ton récit est en demi-teinte et que le personnage est un peu trop neutre). La quantité de chaque élément et leur enchaînement tout au long du récit influent sur la façon dont le personnage sera perçu par le lecteur au fil de l’histoire. C’est ça qui construit son image.

Sucre Vs Amertume

Les bonbons sont importants, car comme les véritables sucreries ils apportent du plaisir au lecteur : le personnage fait des trucs cool et cela est satisfaisant ! Mais les épinards sont importants aussi car ils rappellent que le personnage est imparfait, ce qui permet d’ajouter de la tension et d’espérer qu’il évolue.

  • Si un personnage enchaîne bonbon sur bonbon, le sucre prend l’ascendant jusqu’à un moment où cela fera « trop » pour une partie des lecteurs. Le personnage devient grotesque, surréaliste ou agaçant. Un personnage qui ne reçoit que des bonbons devient sur-valorisé : il ne lui arrive jamais rien de grave, il ne se trompe jamais, gagne toujours, a toujours raison. On parle parfois du syndrome Mary-Sue.
  • Si le personnage enchaîne les épinards sans arrêt, l’amertume prend l’ascendant, rendant le personnage pénible, rebutant ou sans intérêt. Un personnage qui ne reçoit que des épinards devient un loser dévalorisé : il ne lui arrive toujours que des problèmes, ne fait jamais les bons choix, ne réussit jamais rien. Il provoque alors en nous un sentiment de pitié.
  • En revanche, si les deux sont présents, nous avons un personnage capable de nous enthousiasmer MAIS que nous savons aussi faillible et capable de perdre. Son profil devient une succession de pics et de creux – il se passe quelque chose, le personnage n’est pas plat.

L’image du personnage dans la tête du lecteur dépend de la force des bonbons et épinards, mais surtout de l’alternance et des enchaînements entre les deux.

Ex : Dans la série Gotham, la première saison est centrée autour de rivalités entre plusieurs chefs de gangs mafieux. Les scénaristes ont décidé de ne pas en favoriser un plutôt que l’autre. En conséquence ils ont veillé à un équilibre et une alternance entre bonbons et épinards pour chacun d’eux. Tous les personnages sont doués (ce qui justifie leur position respective) et chacun d’eux remporte de belles victoires tout en subissant aussi des revers et de vrais coups durs. C’est si bien dosé et alterné qu’en tant que spectateur on ne peut s’empêcher d’adorer TOUS ces personnages parce qu’ils sont TOUS enthousiasmant à un moment ou un autre ; et en même temps on les aime aussi pour leur côté humain parce qu’ils sont TOUS faillibles. Cerise sur le gâteau : l’équilibre rend le destin de chacun d’eux incertain. On sent qu’ils peuvent tous gagner, mais qu’ils peuvent aussi tous mourir, ce qui renforce la tension.

Intérêt de l’outil

Lorsqu’on étudie la création de personnages, beaucoup de techniques ou méthodes évoquent la conception des personnages avant que le récit ne commence. Certes, les auteurs les plus architectes envisagent aussi l’évolution du personnage sur la durée (son arc narratif), mais jusqu’ici j’ai lu bien peu d’articles ou livres qui s’intéressent à la façon dont le personnage sera perçu par le lecteur au fil du récit. Cette notion de bonbons/épinards sert justement à cela, et c’est beaucoup moins anodin qu’il y paraît puisque l’implication du lecteur dans la suite de l’histoire (son envie de continuer à tourner les pages et de rester en compagnie des personnages) va dépendre de la façon dont il va apprécier ces personnages.

La gestion de l’équilibre entre bonbons et épinards pour un personnage donné permet de faire évoluer son image dans la tête du lecteur de façon plus réfléchie et rationnelle. Si tes bêta-lecteurs n’aiment pas un personnage, peut-être as-tu exagéré sans le vouloir sur les bonbons ou les épinards ?

Comment s’en servir ?

De mon point de vue, c’est essentiellement un outil d’analyse. Il permet d’étudier de façon factuelle un personnage dont on doute, qu’on n’apprécie qu’à moitié où que nos bêta-lecteurs critiquent. C’est d’autant plus utile pour les personnages qui gravitent autour du héros : concentré sur son personnage de point de vue, l’auteur ne réalise pas toujours les enchaînements malheureux qu’il peut créer pour certains personnages.

Imaginons qu’on attribue le symbole O pour les bonbons et X pour les épinards : en relisant ton histoire tu peux noter la « séquence » bonbons/épinards d’un personnage en particulier.

Imaginons le début de récit suivant : le personnage perd son travail (épinard), refuse de prendre au sérieux un symptôme de maladie (épinard), trompe sa femme pour refouler ses propres inquiétudes (épinard). Si cela continue et que la séquence du personnage ressemble à XXXXXX, sans aucun bonbon, alors tu as peut-être soulevé un problème. Ne sois pas surpris si tes bêta-lecteurs méprisent ton personnage et n’ont plus envie de suivre son histoire.

Parfois, au contraire, l’auteur ne réalise pas qu’il a la main lourde sur le sucre : le personnage rencontre une jolie fille dont il tombe amoureux (bonbon), a été confronté à un gros problème au boulot mais dont il s’est tiré avec brio (bonbon), et une grenouille magique lui est apparue pour lui dire qu’il sera le sauveur de l’humanité (bonbon). Si tu continues cette séquence avec d’autres O sans intercaler d’épinards, ton protagoniste risque de passer pour un privilégié aux yeux du lecteur. Selon les cas le personnage peut alors perdre son intérêt ou devenir agaçant.

Équilibre

À toi de gérer les choses pour rétablir l’équilibre. Cet équilibre à trouver peut se faire de différentes façons : au sein d’un même chapitre (équilibre bonbon/épinard dans une même scène), au fil de ceux-ci (un chapitre très bonbon, puis un chapitre très épinard) ou de façon plus large à l’échelle du livre (surabondance d’épinard sur la première moitié du livre pour finalement aboutir à une majorité de bonbons sur la seconde moitié). Etc.

Ex : dans le premier chapitre de Harry Potter à l’école des sorciers, bébé Harry est glorifié. Il n’est encore que nourrisson mais il a déjà vaincu le seigneur des ténèbres, il focalise l’attention de personnes puissantes et mystérieuses, il possède une marque distinctive plutôt classe sur le front, et est destiné à devenir un grand sorcier. Il reçoit là un sacret paquet de bonbons ! Mais Rowling joue ici le contraste. Dès le chapitre suivant, Harry (devenu adolescent) doit avaler sa portion d’épinards : il vit une enfance opprimée chez des gens odieux, dort dans un placard et n’a pas d’amis.

Ex : toujours dans la série Harry Potter, le personnage de Neville Londubat est un bel exemple de jeu en déséquilibre bonbons/épinards. Rowling lui donne bien plus d’épinards que de bonbons, et ne lui accorde une sucrerie que quand le jeune homme est sur le point de devenir vraiment pitoyable. C’est bien peu (un geste de franche amitié envers Harry, ou son talent manifeste pour la botanique) mais cela suffit à faire ressentir aux lecteurs qu’il peut (qu’il va !) grandir. Plus on avance dans l’histoire, plus le dosage en bonbons évolue de façon subtile. Lors du combat final, l’épée de Griffondor vient à lui et il détruit l’horcruxe Nagini : ce moment sonne comme une énorme récompense méritée dans la tête du lecteur. 

Cet outil permet de dresser une cartographie plus objective de la perception d’un personnage au lieu de ne se baser que sur un ressenti personnel, forcément biaisé lorsqu’on est l’auteur dudit personnage.

À méditer

Le sucre tend à écœurer, à la longue : pour un personnage principal, l’idéal est que le cumul global reste toujours légèrement en faveur des épinards. C’est peut-être parce que les auteurs donnent trop de bonbons à leurs héros que les lecteurs préfèrent parfois certains personnages secondaires (quand ils ne préfèrent pas carrément l’adversaire).

Si tu souhaites un bel happy end, un bon gros bonbon final peut faire l’affaire, mais seulement si tu forces un peu la dose sur l’épinard avant le climax – sinon, hé, ça risque d’être bien trop sucré.

À noter que l’impact (la taille, la force) d’un bonbon ou d’un épinard dépend en grande partie du mérite du personnage. Glorifier un personnage qui ne le mérite pas aura un effet néfaste sur son image auprès du lecteur. Idem si tu rabaisses trop (ou trop souvent) un personnage qui ne semble pas le mériter. Plus un bonbon découle des actions directes du personnage et plus son effet sera puissant (s’il s’évade de prison après avoir franchi de nombreuses difficultés, ça a plus de force que si un personnage secondaire vient le libérer). De même, un élément négatif aura plus d’impact s’il découle clairement des actions du personnages (s’il perd une bagarre qu’il a lui-même cherché et déclenché, ça a plus de force que s’il a un accident de voiture lié au hasard).

À noter aussi que les bonbons des uns font parfois les épinards des autres : si deux personnages majeurs s’affrontent, celui qui gagnera recevra un bonbon, le perdant recevra des épinards. La façon dont le combat se déroule influe sur l’impact : si l’un des personnages gagne très facilement, son bonbon est important et l’autre reçoit des épinards en proportions ; si le duel est acharné et remporté de justesse, le butin bonbons/épinards est réparti de façon plus équitable. Comme dans l’exemple de Gotham pris plus haut, la tension qui découle de rivalités entre personnages dépend du fait que ce ne soit pas toujours les mêmes personnages qui remportent les bonbons (ou les épinards).

À noter enfin que bonbons et épinards peuvent provenir d’un nombre infini de situations. Si tu veux faire d’un personnage un excellent guerrier, tu peux faire en sorte qu’il n’obtienne que des bonbons dès qu’il se trouve en situation de conflit armé. Mais tu peux (tu devrais ?) compenser par des épinards dans d’autres types de situations.

***

L’intérêt de l’outil pour l’auteur est de prendre conscience de l’impact des événements liés au personnage sur le lecteur. Ce que le personnage est n’est pas la seule cause de l’amour ou du désamour du lecteur : ce qu’il fait ou ce qui lui arrive compte pour beaucoup. Or, c’est le lecteur qui ressent le goût du texte ; lui qui sourit de plaisir à chaque bonbon, lui qui grimace à chaque bouchée d’épinards. Et il associe ce goût au personnage en question.

Tu te doutes bien qu’il n’y a pas de règle mathématique ou de formule toute faite. Tout ce qui est sûr, c’est qu’il faut les deux – bonbons ET épinards – pour qu’un personnage reste dans les mémoires et gagne les faveurs du publics. Penser en ces termes peut t’aider à mieux visualiser ces relations de causes à effets, et ce pour chacun des protagonistes.

M’enfin, ce n’est que mon avis.
(Et celui de Mythcreants).


Voici deux exemples de personnages trop gâtés en bonbons ou trop chargés en épinards. Ils sont pourtant les héros de séries de fantasy très populaires.

Trop de bonbons : Kvothe (Le Nom du Vent – Patrick Rothfuss)
Oren Ashkenazi, éditeur chez Mythcreants, présente Kvothe comme le personnage le plus chargé en bonbons qu’il ait jamais vu. Glorifié à l’excès, ce personnage excelle à tout ce qu’il fait. Un prince fae étudie auprès de lui, un scribe vient recueillir son histoire (en trois jours, alors que les scribes ne passent qu’une journée maximum avec les gens ordinaires). Kvothe apprend le langage du scribe en une heure (!), puis lui raconte son histoire. Il est un maître en musique, en magie (le plus doué de l’école, bien qu’aussi le plus jeune des étudiants)… Etc. Le livre est rédigé à la première personne et Kvothe est tout sauf modeste. Il n’a aucune gêne à exprimer à quel point il est doué. En dépit de l’immense popularité de la série, Kvothe est aussi réputé pour être un cas d’école de Mary Sue (tapez donc « Kvothe Mary Sue » sur Google).

Trop d’épinards : Fitz Chevalerie (L’Assassin Royal – Robin Hobb)
Je suis moi-même un grand amateur de cette série de Robin Hobb, que j’ai adorée. Mais quand on discute de cette histoire entre fans, une remarque revient encore et toujours : ce Fitz, quand même, quelle tête à claques ! Pourtant à première vue, il semble bien garni en bonbons. Après tout, il est entraîné à devenir un assassin doué (classe !), possède non pas une mais DEUX magies (ce qui le rend unique). Hélas ces éléments de glorification sont atténués par le fait qu’il en hérite sans le vouloir et qu’ils sont présentés comme des malédictions (il est élevé en assassin parce qu’il est un bâtard renié et mal-aimé, son pouvoir du Vif est très mal vu, son pouvoir de l’Art provoque des jalousies et un apprentissage forcé difficile). Et puis, surtout, Fitz s’en prend plein la figure à longueur de temps et enchaîne les échecs douloureux (il échoue à peu près à toutes les choses qui lui tiennent à cœur et on attend en vain que l’auteur lui accorde son quart d’heure de gloire). Conjugué au fait que le récit est à la première personne et qu’il passe beaucoup de temps en complaintes à ruminer sa culpabilité et ses échecs, vous obtenez un personnage parfois pénible. Pas étonnant qu’on lui préfère le Fou ou Umbre.

Pour aller plus loin, articles (en anglais) sur le site de Mythcreants :
– Cinq personnages avec trop de bonbons,
– Sept personnages de plus avec trop de bonbons,
Cinq personnages avec trop d’épinards.


« Alors, c’est bon ?
— De façon assez surprenante, le mélange marche assez bien ! »


Blog_pied

Tu trouves les articles de Stéphane utiles ? Paie-lui donc un café !

don_tipeee don_paypal

Publicités

La compétence des personnages

« Tu es compétent en quoi, toi ?
— En introduction.
— …
— Non ? »


Dans l’un de ses cours d’écriture créative, l’auteur de fantasy Brandon Sanderson rappelle qu’un bon protagoniste répond le plus souvent à au moins deux des trois points ci-dessous :
1) c’est quelqu’un qu’on apprécie, voire qu’on aime (c’est « quelqu’un de bien »).
2) c’est un personnage actif (ses décisions et ses actions impactent l’histoire, il est le moteur de l’intrigue).
3) il est compétent dans au moins un domaine d’activité (il est doué et capable sur ce sujet précis).

Sur ce blog, nous avons déjà abordé le premier point à de nombreuses reprises (ICI ou encore ). Nous avons aussi expliqué comment faire pour qu’un personnage ne soit pas passif. Mais nous avons peu parlé de compétence.

Compétent pourquoi ?

Dans la vie, quelqu’un d’incompétent est qualifié de « bon à rien » et provoque autour de lui une réaction de mépris et de rejet. Il en va de même pour un personnage de fiction : si le personnage ne semble pas doué, il risque fort de ne pas remporter l’adhésion du public, ou – pire – d’inspirer la pitié.

Même s’il n’est pas « nul », un personnage incompétent paraît fade. Beaucoup d’auteurs novices veulent que leur héros soit une personne « normale », et font ainsi l’erreur de choisir un protagoniste banal, sans défaut ni sans talent particulier. Or, un personnage se construit en creux : sans haut et sans bas, il est plat.

Dans une soirée, qui attire les regards ? Celui qui joue de la guitare, danse super bien, sait jongler, gère avec brio la table de mixage, raconte des blagues hilarantes, ou encore a préparé ce succulent repas.

Quelqu’un de très compétent sur un sujet donné – même s’il est antipathique – inspire au moins une chose : le respect. Et ça, c’est définitivement un élément utile à tout personnage. Tout le monde peut faire avec un peu de respect.

Compétent sur quoi ?

L’auteur dispose d’un très large choix pour attribuer des compétences à son personnage. L’important, c’est que le personnage soit capable de réaliser des trucs cool (sous-entendu : que le lecteur aimerait bien être capable de maîtriser lui-même). Si il est vraiment bon dans ce qu’il fait, il peut presque s’agir de n’importe quoi.

Il est intéressant de noter que le personnage n’a pas forcément besoin d’être compétent sur un sujet central de l’histoire : si c’est un récit de guerre, il n’a pas besoin d’être un bon combattant, par exemple. Pour ton histoire, tu peux vouloir justement qu’il ne soit pas compétent sur ce thème (soit parce que tu souhaites qu’il acquiert cette compétence via l’histoire, soit parce que tu ne souhaites pas qu’il développe ce sujet). Néanmoins, lui adjoindre un autre talent – montrer qu’il est doué en quelque chose d’autre – aura toujours une conséquence très positive sur son image.

Ex : imagine que pour ton récit de guerre, tu souhaites un protagoniste incompétent en combat. Il peut ne pas aimer ça, ne pas savoir faire, voire même devenir un poids pour son escouade. Mais tu peux en faire un cuisinier talentueux, si compétent en vérité qu’il améliore le quotidien de ses frères d’armes le soir quand vient l’heure de la soupe.

Le montrer, et le montrer vite

Comme mentionné plus haut, montrer la compétence du personnage permet de créer pour lui du respect, et cela concoure à l’intérêt et l’attachement qu’éprouvera le lecteur. Il vaut donc mieux le faire au plus tôt.

Ex : les scènes d’ouverture des films James Bond servent en partie à cela, et mettent en exergue l’extrême compétence de l’agent 007.

Comme d’habitude, il vaut mieux montrer la compétence du personnage que se contenter de le raconter : dire qu’un personnage policier est un bon flic, c’est bien ; le montrer gérer une situation difficile sur le terrain avec brio, c’est mieux.

Attention : ce n’est pas aussi facile qu’on le croit, en partie parce que les débuts de récits confrontent souvent le protagoniste à ses premières difficultés ou de solides obstacles. Or, si la première scène montre le héros échouer sur un sujet en lien avec sa compétence, on obtient le résultat inverse de celui recherché.

Ex : si ton personnage de flic se plante dans ses déductions ou ses actions lors du premier chapitre (pour les besoins de ton intrigue), tu auras beau souligner ses excellents états de service autant que tu voudras : le lecteur retiendra qu’il n’est pas si doué que ça, et pourrait penser que le personnage ne mérite pas sa bonne réputation.

Quelques pistes :

  • faire en sorte que les difficultés rencontrées n’aient pas de rapport direct avec la compétence du personnage ;

Ex : dans la série La Voie des Rois de Brandon Sanderson, Shallan est une dessinatrice de grand talent, particulièrement douée. Mais au début du récit, alors qu’elle voudrait devenir l’apprentie de la réputée Jannah (un objectif qui n’a rien à voir avec son don pour le dessin), elle peine à convaincre cette dernière parce que ses connaissances de base en histoire ou en philosophie sont trop faibles.

  • faire en sorte que ce soit justement la grande compétence du personnage qui lui attire des ennuis.

Ex : toujours dans la série La Voie des Rois de Brandon Sanderson, Kaladin est un soldat très compétent. Si doué, même, qu’il sort victorieux d’un combat qu’il n’aurait jamais dû remporter. C’est alors le début de ses tourments…

La compétence, ce n’est pas que pour les héros

Cette réflexion sur la compétence est intéressante à mener sur la plupart des personnages du récit. Elle requiert même une attention particulière pour l’adversaire du protagoniste, qui a absolument besoin d’être compétent dans sa lutte contre le héros (sinon, il n’y a pas de tension et l’antagoniste ne peut pas faire correctement son job).

Le listing en trois points mentionné dans le cours de Sanderson est un triptyque facile à garder en tête et à évaluer pour l’ensemble des personnages majeurs de ton roman. S’il n’est pas forcément souhaitable que tous les personnages complètent les trois points, t’assurer qu’ils en valident au moins deux peut devenir une bonne habitude à prendre. N’hésite pas à rendre tes personnages compétents : tu n’as jamais rien à y perdre.

Quant aux personnages « bons à rien », à part dans le registre humoristique, satirique ou potache, tu ferais sans doute mieux de les éviter dans les rôles principaux de ton récit.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« Et en conclusion, tu te défends ?
— Seulement si on m’attaque. » 


Blog_pied

Tu trouves les articles de Stéphane utiles ? Paie-lui donc un café !

don_tipeee don_paypal

Au secours, mes lecteurs n’aiment pas mon personnage !

« Tu ne m’aimes pas ?
— Non.
— Pourtant je me trouve super !
— On ne doit pas parler de la même personne… »


Une bonne histoire n’accroche le lecteur que si elle concerne un bon personnage. Et un bon personnage, c’est un personnage auquel on s’attache, d’une façon ou d’une autre. Hélas, parfois, nos lecteurs n’ont pas le même coup de foudre que nous pour notre protagoniste. Bien sûr, tes lecteurs n’ont pas besoin d’être raides dingues de ton personnage pour apprécier l’histoire, mais imagine : tes bêta-lecteurs te disent que ton héros est agaçant voire insupportable ! Là, c’est le drame. Comment est-ce possible ? Que dois-tu changer pour remédier à la situation ? Voici quelques pistes de réflexions.

« Mes lecteurs sont nuls : ils n’ont rien compris. »

J’ai récemment adapté en français un excellent article de Chris Winkle pour la plateforme Scribbook. Le post évoque (entre autres) un principe intitulé « l’auteur est mort », qui dit que l’avis de l’auteur n’a plus d’importance une fois le livre publié. L’auteur ne peut pas être derrière l’épaule de chaque lecteur pour lui expliquer le livre, et l’histoire est obligée de parler pour elle-même. Si ton lecteur pense que ton personnage est agaçant, argumenter du contraire et prétendre « qu’il n’a pas compris » est vide de sens. S’il a mal compris, c’est que tu t’es mal exprimé, point.

« Il est hors de question que je modifie mon personnage ! »

Dans cette situation, l’auteur se braque souvent car il a la sensation qu’on lui demande de changer son personnage pour faire plaisir à ses lecteurs. Pourtant, ce n’est pas vraiment ce qu’il se passe.

Pourquoi ce personnage est-il ton personnage principal ? Sans doute parce qu’il te touche, que tu y es attaché(e). Cela signifie que ce personnage possède des qualités et des bons côtés qui le rendent appréciable à tes yeux.
Pourquoi tes lecteurs ne l’aiment-ils pas, en ce cas ? Il n’y a qu’une seule réponse possible à cette question : c’est parce que le personnage qui est dans le livre n’est pas le même que celui qui se trouve dans ta tête.

Neuf fois sur dix, le problème est un problème de représentation.

representation

Ainsi, la question « dois-je modifier mon personnage ? » est ambiguë. En fait, tu n’as pas forcément à modifier le personnage que tu as en tête, mais à modifier celui qui se trouve dans ton livre afin que les deux correspondent. Cela passe par l’acceptation du fait que, si tes lecteurs n’aiment pas ton personnage aujourd’hui, c’est que (pour le moment) tu n’as pas su le représenter dans ton texte tel qu’il est dans ta tête. Sinon, tes lecteurs l’apprécieraient autant que toi.

« Je ne veux pas lui retirer ses défauts ! »

Tu penses que tes lecteurs rejettent ton personnage pour ses défauts ? C’est possible, mais c’est peu probable. D’abord parce que les lecteurs n’aiment pas les personnages lisses et « parfaits » ; ensuite parce que ce sont les défauts qui caractérisent le mieux un personnage ; enfin parce que quand tu aimes quelqu’un, ce n’est pas pour « son absence de défauts » mais pour ses qualités. Si tes lecteurs n’aiment pas ton personnage, c’est peut-être parce que tu n’as pas su mettre en avant ses bons côtés (les raisons pour lesquelles le lecteur devrait l’apprécier en dépit de ses défauts). C’est fréquent : on est si accaparé par l’intrigue, par l’écriture du drame, par la mise en scène des obstacles, qu’on oublie de souligner les qualités du personnage. Si tu l’aimes, c’est qu’il en possède. Alors montre-les.

Exercice : liste trois qualités de ton personnage qui font que toi, tu l’aimes. Vérifie alors ton texte : à quels moments voit-on ces qualités ? Est-ce qu’elles sont bien mises en avant ? Est-ce qu’elles sont montrées, plutôt que racontées ? Est-ce qu’on les voit à l’œuvre à plusieurs reprises, ou est-ce qu’on n’en a qu’un bref aperçu en une phrase et puis plus rien ?

PS : si à ce moment-là tu réalises que ton personnage a plein de qualités et qu’elles figurent bien dans le livre, fais le même exercice avec les défauts : si le personnage est bourré de qualités et qu’on ne l’aime pas, c’est peut-être parce qu’il n’a aucun défaut (et oui, c’est tout aussi agaçant).

Quelles sont les traits qui font aimer un personnage, et lesquels provoquent l’effet inverse ? J’en ai déjà parlé sur ce blog ici et .

Neuf fois sur dix

Neuf fois sur dix, un lecteur qui va te dire qu’il y a un problème avec ton personnage aura raison.
Neuf fois sur dix, un lecteur qui va t’expliquer quel est le problème et comment le résoudre aura tort.

Si plusieurs lecteurs se plaignent de ton personnage, c’est que le problème est réel et que tu dois absolument apporter des modifications (pas forcément à ton personnage, mais en tout cas à ton texte).

Interroger tes lecteurs peut se révéler instructif, mais seulement si tu sais lire entre les lignes et si tu te méfies des solutions toutes faites qu’ils vont te suggérer. Dans la vie, les gens sont très peu lucides sur ce qu’ils aiment chez les autres ou pas. Quand on n’aime pas quelqu’un, on se contente souvent de jugements vagues du genre « c’est un con » ou « elle est chiante ». Ce n’est pas « la vérité » : c’est uniquement ce qu’on ressent en fonction de ce qu’on connaît d’eux. N’as-tu jamais vécu le cas où ton meilleur ami a une nouvelle amoureuse que tu ne peux pas supporter ? Pourtant, lui, il l’aime. Tu peux toujours partir du principe que vous n’avez pas les mêmes goûts, mais il est plus probable que vous ne connaissiez pas les mêmes facettes de cette personne. Elle est toujours la même. La perception que vous avez d’elle, non.

En conséquence, ton travail d’auteur consiste à trouver ce que tu n’as pas mis dans ton texte, ou ce que tu as mal exprimé, et qui fait que tes lecteurs ont une perception différente de la tienne.

De mon expérience, les deux axes principaux à étudier sont :

– de vérifier que ton personnage n’inspire pas la pitié (la plupart du temps, les personnages jugés « agaçants » tombent dans cette catégorie, cf. article Pas de Pitié pour les Personnages) ;

– de vérifier que les qualités de ton personnage sont bel et bien mises en avant (cf. exercice ci-dessus). Sur le même sujet, je te conseille la lecture d’un autre article de Chris Winkle 12 Traits pour faire aimer votre héros, qui explique bien ces mécanismes et souligne quels traits sont valorisants pour un personnage.

Le reste ? Eh bien c’est du travail d’écriture. Ce qui est vrai pour un dessinateur l’est pour un auteur, et toute la compétence d’un artiste est là : savoir reproduire et transmettre ce qu’il a dans la tête. Si ton lecteur ne voit pas ton personnage comme toi tu le vois, il n’y a qu’une façon d’y remédier, à savoir par les mots.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« Donc si tu ne m’aimes pas, c’est juste parce que tu n’as pas vu mes bons côtés ?
— Quels bons côtés ? »

Blog_pied

Tu trouves les articles de Stéphane utiles ? Paie-lui donc un café !

don_tipeee don_paypal

[SCRIBBLOG] 12 traits pour faire aimer votre héros

[Que sont les articles du Scribblog ? C’est expliqué ICI]

Nouvelle adaptation française d’un article Mythcreants posté sur le blog de la plateforme Scribbook : si tu te souviens bien, j’ai déjà rédigé un article sur les qualités à attribuer à un personnage pour que ton lecteur l’apprécie. Dans une veine parallèle, Chris Winkle te propose une approche complémentaire.

scribbook-blog-12-traits-pour-aimer-heros

Un héros qu’on apprécie est l’ingrédient indispensable d’une bonne histoire. Malheureusement, aimer le personnage en tant qu’auteur ne garantit en rien qu’il sera aimé de votre lectorat. Afin de favoriser l’attachement d’un large public, donnez à votre protagoniste quelques traits qui le rendront appréciable. Montrez ces traits dès le début de votre histoire : cela permettra au personnage de faire une première bonne impression.

Quels sont les traits qui font aimer un personnage ? En voici une douzaine. Afin de mieux comprendre pourquoi et comment ils fonctionnent, ils sont regroupés en trois catégories : compassion, altruisme et divertissement.

[Lire la suite >>>]

<< Retour à la liste des articles [SCRIBBLOG]


Blog_pied

Tu trouves les articles de Stéphane utiles ? Paie-lui donc un café !

don_tipeee don_paypal

Règle Pixar [13] : L’opinion des personnages

Give your characters opinions. Passive/malleable might seem likable to you as you write, but it’s poison to the audience.

Donne des opinions à tes personnages. Des personnages passifs ou malléables peuvent te sembler préférables et pratiques en tant qu’auteur, mais pour ton lecteur ce sont des plaies.


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Ce conseil Pixar revient sur le sentier du storytelling pur et dur, avec un conseil simple et bien connu, hélas souvent oublié.

Il rappelle que les personnages (TOUS les personnages) devraient être dotés d’opinions claires.

Une opinion sur quoi ? Une opinion pour quoi faire ?
Passons cela en revue.

Une opinion sur quoi ?

J’ai envie de répondre en deux fois.

Premièrement, j’ai envie de dire que le plus important lorsque tu crées un personnage est de définir ce qu’il pense du thème que tu abordes dans ton histoire. Imagine que ton récit parle de racisme : tu devrais dès le début te poser la question – pour CHAQUE personnage – de sa relation au thème. Est-il lui-même raciste ? En a-t-il conscience ? En est-il victime ? Etc. Si tu disposes d’un thème dans ton histoire, il est capital que tu définisses au plus tôt les opinions de chaque personnage sur ce thème… tout simplement parce que l’histoire va parler de cela, et qu’un personnage qui n’a pas d’opinion sur le sujet ne te servira à rien dans le développement de ton récit. Comment développer un débat moral avec des personnages sans opinions ?

Exemple : le film Tootsie est bâti sur un débat moral clair, à savoir la façon dont un homme doit se comporter avec les femmes. Mais il n’y a pas que le protagoniste Michael qui alimente ce débat, car tous les personnages (hommes comme femmes) représentent une déclinaison du thème et expriment des opinions différentes sur ce sujet central.

Secondement, je pense qu’un personnage devrait avoir des opinions… sur tout. Je veux dire : il suffit de faire un tour sur les réseaux sociaux pour se rendre compte que tout le monde a un avis sur tout (y compris « ce sujet ne m’intéresse pas et je n’y connais rien »). Le but n’est pas d’avoir des personnages qui parlent de tout à tort et à travers ; l’intérêt est d’éviter d’avoir des personnages qui n’ont rien à dire, aucune position à défendre, aucun intérêt à l’action. Tu sais, ces gens qui, quand tu veux aller au resto, te disent : « on va où tu veux, je n’ai aucune préférence, je te suis. » Ils sont pénibles, pas vrai ? Eh bien en fiction c’est pareil : les personnages qui ne font que suivre sans jamais donner leur avis sont simplement irritants. Tu as le droit de créer un personnage qui n’ose pas exprimer ses opinions ; mais ce n’est pas pour cela qu’il ne doit pas en avoir (les gens mentionnés plus haut et qui te disent « on va où tu veux », ils ont des préférences, même s’ils ne le disent pas).

Note : ce risque est d’autant plus prégnant sur les alliés des personnages principaux (alliés du héros et de l’adversaire). On les oublie facilement, or leur opinion compte aussi ! Ce n’est pas parce qu’un ami du héros lui est fidèle qu’il est toujours d’accord avec lui. Même un personnage aussi loyal que Sam peut s’opposer à Frodon.

Exemple : dans le film d’animation Les Indestructibles, Mirage est l’alliée de l’adversaire, mais elle réalise elle-même en cours d’histoire que leurs opinions divergent.

Nos opinions, nos valeurs, nos croyances, nos goûts et préférences : ce sont ces éléments qui définissent notre personnalité, qui nous sommes. Un personnage qui n’a rien de tout cela est une coquille vide. Donc à chaque scène, pour chaque conflit de ton histoire, demande-toi quel est l’avis de chaque personnage présent, et fais en sorte que chacun agisse en fonction.

Les opinions, outils narratifs

Nos opinions, nos valeurs, nos croyances, nos goûts et préférences : ils définissent ce que nous sommes, mais sont aussi la plus puissante source de conflit qui existe au monde. Quasiment tous les conflits reposent sur des divergences d’opinions. Cela signifie que les opinions de tes personnages représentent ton outil narratif le plus important.

Les conflits font l’histoire, et les opinions d’un personnage vont le pousser à prendre parti, pour un camps ou un autre.

Exemple : dans le film La communauté de l’anneau, le Conseil d’Elron réunit tout un tas de personnages qui ont un même but (vaincre Sauron) mais qui ont un avis différent sur la façon d’utiliser l’anneau unique. Aragorn suit Frodon par honneur et sens du devoir ; les elfes comprennent mieux que les autres la menace absolue que représente Sauron ; les nains n’ont pas l’air de prendre le danger au sérieux, mais suivent le mouvement pour ne pas perdre la face devant les elfes ; quant à Boromir, son désaccord est palpable et préfigure des conflits à venir…

Un personnage sans opinion est un personnage neutre. Cela peut sembler pratique à un auteur : cela laisse des portes ouvertes à la narration, et l’auteur se dit que ce personnage pourra basculer dans un camps ou un autre selon les besoins du scénario. Si le personnage est un peu flou, ne veut rien de spécial, n’est pas motivé par des valeurs fortes, l’auteur se dit qu’il peut s’en servir tantôt pour aider le héros, tantôt pour lui mettre des bâtons dans les roues. Surtout, il se dit qu’il peut le laisser de côté quand il n’en a pas besoin. Hélas pour l’auteur, cela ne fonctionne pas : ces personnages deviennent vite insupportables car le lecteur ne les comprends pas. Ils apparaissent comme incohérents, mal construits, ou carrément comme des marionnettes entre les mains de l’auteur (une marionnette aux fils grossiers).

Exemple : pour poursuivre sur le l’exemple du Seigneur des anneaux, même les amis hobbits de Frodon ne le suivent pas pour les mêmes raisons. Sam n’a pas les mêmes opinions et valeurs que Merry et Pippin…

Mais surtout, des personnages sans opinion rendent tes conflits artificiels ! S’ils sonnent faux, ne cherche pas bien loin : neuf fois sur dix, ça vient de là. Si tes personnages n’ont pas de réelles opinions, celles-ci ne peuvent pas entrer en conflit. Les auteurs en sont alors réduits à créer des disputes ou des batailles qui manquent de sens. Les personnages haussent le ton, en viennent aux mains, mais tout sonne creux. Le lecteur ne comprend pas vraiment pourquoi les personnages se dressent les uns contre les autres ou agissent de telle ou telle façon.

Exemple : dans StarWars épisode 8 Les derniers Jedi, l’opposition entre Poe et l’Amiral Holdo atteint des extrêmes absurdes. Leur désaccord ne repose sur rien de concret, et leur conflit est forcé par les scénaristes. Ces deux personnages sont très semblables et ont, au fond, les mêmes opinions. Tout n’est en fait qu’un énorme malentendu, et il aurait suffit que l’Amiral Holdo expose son plan à son subalterne pour désamorcer tout ça…

N’aie pas peur d’attribuer des opinions claires à tes personnages (TOUS tes personnages). Si tu fais en sorte de les varier, tu t’ouvriras naturellement le champ des possibles. Tes dialogues sonneront plus justes car les arguments seront prononcés de façon convaincantes ; tes conflits noueront les tripes car ils auront du sens ; tes personnages seront compréhensibles et tu faciliteras l’identification, car nous comprendrons ce qui les anime.

M’enfin, ce n’est que mon avis…


« Quelle est ton opinion sur cet article ?
— Euh… je n’en ai pas vraiment.
— T’es vraiment chiant, tu sais ? »

<< Retour vers le sommaire des Règles Pixar

Soutenez_sarnier_blog

Règle Pixar [6] : Le challenge du protagoniste

What is your character good at, comfortable with ? Throw the polar opposite at them. Challenge them. How do they deal ?

En quoi ton personnage est-il doué, avec quoi se sent-il à l’aise ? Confronte-le à des situations opposées. Mets-le à l’épreuve. Comment s’en sort-il ?


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Nous avons déjà parlé des obstacles. Nous avons vu que pour fonctionner, une histoire a besoin de confronter un protagoniste à des difficultés :
– réelles,
– avec de l’enjeu,
– qu’il devra franchir par lui-même.

Cette règle Pixar nous donne des pistes à creuser pour trouver « les bons obstacles » à opposer à son personnage.

Bien connaître son personnage

Je t’ai déjà parlé du concept de personnage spécifique : ton histoire devrait être conçue sur mesure pour ton personnage, ou ton personnage conçu sur mesure pour ton histoire : ils doivent être indissociables. Cela induit que pour bâtir de bons obstacles, la meilleure idée est de partir de ton personnage, et de choisir des obstacles spécifiques à ce dernier (càd que si tu peux changer de protagoniste sans changer les obstacles, il y a un souci quelque part). De façon intéressante, Pixar nous incite – non pas à nous intéresser à ses faiblesses, comme nous le faisons souvent – mais bien à nous pencher sur ses points forts.

Contre-pied

Pour secouer un personnage sur ses bases, une bonne tactique est de le placer dans des situations dans lesquelles ses plus grands talents ne l’aideront pas. Un personnage qui dispose d’un point fort va avoir tendance à vouloir s’en servir pour résoudre tous ses problèmes. Le confronter à des situations opposées à ses compétences va l’obliger à évoluer et à changer.

Ex : c’est un baratineur de génie ? Imagine des situations où il ne pourra pas mentir. C’est un meneur d’hommes, habitué à commander ? Place-le là où il n’aura aucune autorité. C’est un hacker spécialiste en nouvelles technologies ? Trouve des situations où ses gadgets ne lui serviront à rien.

Bien sûr, en terme d’obstacle, s’attaquer à ses faiblesses fonctionne aussi… mais cela n’a pas le même effet sur son mental ou son moral : échouer à une épreuve de force si tu es un gringalet, c’est frustrant ; mais pas autant que de posséder une force extrême et d’affronter une épreuve où elle ne t’est d’aucun secours.

Exactement pour cette raison, il est plus efficace de trouver une situation dans laquelle le talent du personnage ne pourra s’exprimer que de supprimer le talent du personnage. L’idée n’est pas qu’il regrette son talent perdu : le principe est au contraire qu’il comprenne que ce talent seul ne peut pas tout accomplir et qu’il doit évoluer.

Ex : si ton personnage est doté d’une force surhumaine, mieux vaut trouver des situations où sa force ne lui servira à rien, plutôt qu’une astuce scénaristique qui le privera de sa force (ce qui sous-entendrait que, s’il était toujours fort, il s’en sortirait sans problème).

Enfin, toujours pour la même raison, il est assez peu pertinent de créer un héros sans réel talent. Certains auteurs se croient malins à créer des anti-héros qui ne sont bons à rien, mais – outre que ces personnages ont tendance à inspirer la pitié – l’auteur se ferme surtout des portes pour l’évolution de ce dernier. Souviens-toi qu’un bon personnage est bâti en nuances, en pics et en creux. Sans talent, il n’a pas de pic (= il est plat).

L’antagoniste miroir

Un bon adversaire pour un protagoniste est donc celui qui est capable à la fois :
– de l’attaquer sur sa faiblesse ;
mais aussi (voire surtout) de demeurer insensible à ses talents.

Note : Pixar indique ici de confronter le héros « à son opposé », mais il ne faut pas l’interpréter de travers. Nous avons déjà vu que le meilleur adversaire n’est pas « le négatif » ou « le contraire » du héros, mais bien quelqu’un qui lui ressemble énormément. Son double, son miroir.

Dans ses retranchements

Enfin, le dernier mot important à retenir de ce conseil Pixar est le « challenge » : l’objectif est de pousser le personnage dans ses retranchements en le forçant à changer. Pour cela, il faut s’imaginer à sa place face aux obstacles, imaginer avec lui comment il peut les franchir… mais trouver des parades à ses premières réactions, et surtout le contrer à chaque fois qu’il cherche à utiliser ses talents habituels ou que ses solutions ne sont pas pérennes.

Ex : ton personnage est un baratineur de génie et tu as imaginé une épreuve dans laquelle il ne peut pas mentir. Comment va-t-il réagir ? Probablement en cherchant à esquiver la contrainte : mentir « seulement par omission », ou pousser quelqu’un d’autre à mentir pour lui. Cela doit échouer, ou ne fonctionner qu’à court terme (et lui revenir en pleine figure plus tard). Fais en sorte qu’il demeure au pied du mur tant qu’il n’aura pas été *vraiment* sincère et franc.

Résumé du conseil du jour : pour forcer ton personnage à regarder sa faiblesse en face, contrecarre ses talents, et pousse-le dans ses derniers retranchements jusqu’à ce qu’il change (ou échoue) pour de bon.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« En tant que personnage, l’auteur ne peut rien contre moi.
— Pourquoi ?
— Moi, je n’ai aucun talent. »

<< Retour vers le sommaire des Règles Pixar

Soutenez_sarnier_blog

Règle Pixar [5] – En quête de simplicité

Simplify. Focus. Combine characters. Hop over detours. You’ll feel like you’re losing valuable stuff but it sets you free.

Simplifie. Recentre le propos. Regroupe des personnages. Évite les détours. Tu auras l’impression de perdre des éléments importants, mais au contraire cela te libérera.


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Cette règle Pixar rassemble des conseils orientés dans la même direction : elle incite les auteurs à ne pas être fouillis, à rechercher simplicité et clarté, et à élaguer tout ce qui n’est pas indispensable à leur histoire.

Les auteurs de romans sont particulièrement sujets à ce type de défaut, parce qu’ils pensent avoir le temps et toute la place qu’ils veulent (on peut en caser des choses, en quelques centaines de pages). Beaucoup d’auteurs travaillent en improvisation, et leur cheminement est loin de la ligne droite entre leur point de départ et leur conclusion. Pourtant, ce n’est pas parce qu’on écrit un pavé qu’on peut se permettre de digresser.

Simplifie

Une histoire n’a pas besoin d’être compliquée pour être profonde. Une histoire simple est plus claire, sonne plus vraie, est plus immersive qu’un récit tarabiscoté. En faisant simple, tu limites les risques d’incohérences et d’invraisemblances. Une histoire touche quand elle recèle une vérité, pas quand elle est compliquée. Mais surtout, une histoire touche quand elle est comprise : à méditer !

« La simplicité est la sophistication suprême. »
Léonard de Vinci

Recentre ton débat

Tu peux avoir plusieurs lignes d’intrigues dans ton histoire, mais évite d’avoir plusieurs histoires : pour que ton récit ait du poids, centre bien toutes tes intrigues sur un seul et même thème, concentre-toi sur le traitement d’un seul sujet fort, et ne t’en détourne pas. Les lignes d’intrigue sont censées se soutenir les unes les autres, s’influencer ou se répondre, aborder des facettes différentes d’un même problème. Tout ce qui dépasse appartient à un autre récit : coupe-le, tu l’utiliseras une autre fois.

Une histoire est comme une bonne sauce : elle ne doit pas être trop liquide, fais réduire pour concentrer les saveurs !

Limite le nombre de personnages

Le lecteur est rarement amateur de galeries de personnages à rallonge. Plus tu les multiplies, plus tu les dilues, et moins ils ont de force individuellement. Chacun doit avoir sa raison d’être : supprime les doublons, regroupe dans un seul personnage ceux qui ont le même rôle, qui servent à la même chose.

« Pourquoi est-ce que je créé ce personnage ? » doit être une question récurrente à ton esprit, un mantra. Ceux qui ne servent à rien ou qui font doublon devraient alors disparaître.

Pixar5

Évite les détours

Les lecteurs n’aiment pas les longueurs. Aussi, ne lambine pas en chemin. Tu es comme un organisateur de voyage : tes clients n’ont pas envie que tu leur fasses faire en deux jours un trajet qu’ils auraient pu faire en un seul. Chaque étape de ton histoire doit avoir un but clair et déterminé, un objectif dramatique à remplir, puis mener à l’étape suivante.

L’impression d’y perdre

J’ai déjà tenu ce genre de discours. En bêta-lecture, il m’arrive régulièrement de pointer certaines scènes du doigt : « je ne comprends pas à quoi sert ce passage, il n’apporte rien, tu peux le supprimer sans que ça ne change rien à ton histoire ». Et l’auteur de s’y accrocher pourtant, penaud, pour x ou y raison, souvent affective, rarement justifiée.

Pourtant, crois-le ou non, c’est l’acte de couper qui est difficile, parce qu’on a peur de perdre quelque chose… mais une fois que c’est fait, on réalise avec soulagement quel bien cela procure au texte. C’est comme aller chez le coiffeur : on a peur du résultat, mais on se sent généralement bien plus léger ensuite !

« Vous devez tuer vos petites chéries »
(William Faulkner, Prix Nobel de littérature)

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« Je me demande ce que ça donnerait s’il nous regroupait, nous.
— …
— Hey, je te parle !
— …
— Ah ah. Très drôle. »

<< Retour vers le sommaire des Règles Pixar

Soutenez_sarnier_blog