Utiliser le narrateur omniscient… à bon escient

« Tu es omniscient toi ?
— Je n’en sais rien.
— Du coup, je suppose que non ? »


Je parle souvent de l’avantage d’écrire avec une narration en focalisation interne quand on vise l’immersion du lecteur, et je critique souvent la distance narrative liée à l’emploi d’un narrateur omniscient. Pourtant, il existe d’excellentes histoires rédigées avec l’omniscient, et ce n’est pas un choix « mauvais » par principe !

Hélas ! Beaucoup d’auteurs l’emploient sans le comprendre, le mélangent avec la narration focalisée sans faire exprès, et ne savent pas utiliser ses avantages – pas assez, en tout cas, pour compenser sa fameuse distance narrative. Or, pour lutter contre cette faiblesse, l’auteur a tout intérêt à connaître les points forts de l’omniscient, et à les exploiter à leur plein potentiel.

1) Le caractère du conteur

Un narrateur omniscient est un conteur, dans la plus pure tradition du genre. Si tu as déjà assisté à des contes oraux, tu dois savoir que la personnalité du conteur a une grande importance dans le succès de l’histoire auprès de l’auditoire.

Dans un livre, c’est pareil : l’auteur a tout à gagner à ce que son narrateur omniscient ait une façon de s’exprimer bien à lui, un « style », et pas la langue dans sa poche.

Cela peut se faire dans la veine humoristique :

« Les Vogons. Une des races les plus antipathiques de la galaxie. Pas méchants mais caractériels, bureaucrates, psychorigides au cœur de marbre. Un Vogon ne lèverait pas le petit doigt pour sauver sa propre grand-mère au prise avec une blatte à griffes, la féroce bête de Thral, sans une autorisation en trois exemplaires, signée, transmise, approuvée, rediscutée, perdue, retrouvée, soumise au vote populaire, reperdue et finalement enterrée sous un amas de compost pendant trois mois et recyclée en allume feu. »

H2G2, tome 1 : Le Guide du voyageur galactique (Douglas Adams)

Mais cela peut aussi être plus sérieux, par exemple avec des éléments didactiques :

« Il y avait de nombreux Sacquet et Bophin, et aussi de nombreux Touques et Brandebouc ; il y avait divers Fouille (parents de la grand-mère de Bilbon Sacquet) et divers Boulot (alliés de son grand-père Touque), et une sélection de Fouine, Bolger, Sanglebuc, Trougrisard, Bravet, Sonnecor et Fierpied. Certains n’étaient que de très lointains parents de Bilbon, et d’aucuns qui vivaient dans des coins retirés de la Comté n’étaient à peu près jamais venus à Hobbitebourg. Les Sacquet de Besace n’avaient pas été oubliés. Othon et sa femme Lobelia étaient présents. Ils n’aimaient pas Bilbon et détestaient Frodon ; mais si magnifique était la carte d’invitation, écrite à l’encre d’or, qu’ils avaient trouvé impossible de refuser. Du reste, leur cousin Bilbon s’était spécialisé depuis bien des années dans la bonne chère, et sa table était hautement réputée. »

Le Seigneur des anneaux, Tome 1 : La Communauté de l’Anneau (JRR Tolkien)

Si ton texte se veut neutre, si le lecteur ne « ressent » pas le conteur derrière le narrateur, est-il bien utile que tu écrives en omniscient ? Le narrateur omniscient a tout à gagner à affirmer sa présence. Cette narration devrait te pousser à utiliser un style marqué : flamboyant, sophistiqué, poétique, humoristique ou décalé ? Fais ton choix.

Faire de même en narration focalisée sonnerait faux : la narration focalisée cherche à être la plus transparente possible et à donner l’illusion qu’il n’y a pas de narrateur. L’auteur a alors intérêt à adopter un style proche du personnage et à éviter de faire des vagues stylistiques qui nous sortiraient de sa personnalité. C’est pour cela que l’on dit souvent que la narration focalisée est « moins littéraire ».

Donc si tu aimes faire de la prose et mettre ta patte au niveau de la forme, l’omniscient est très pratique. Mais alors, assume-le, soit un vrai conteur, et déploie un véritable style ! C’est l’un des éléments qui te permettra d’agripper le lecteur en dépit de la distance narrative.

2) Entrer dans les pensées de plusieurs personnages en même temps

Le narrateur omniscient n’est pas limité au point de vue du protagoniste. Voltiger d’un personnage à un autre est clairement un désavantage en termes d’immersion, mais l’omniscient peut compenser cette distance en tirant avantage de la multiplicité des points de vue : le lecteur survole les personnages, certes, mais en zoomant régulièrement et alternativement sur l’un ou l’autre.

L’auteur a donc intérêt à se servir de cette possibilité autant que possible pour mixer les points de vue, dresser des parallèles, utiliser l’ironie dramatique. Si c’est pour rester concentré sur le héros seul, tu t’es trompé de narration : autant écrire en focalisé. Plus tu as de personnages importants dans ton récit, plus le narrateur omniscient peut t’être utile.

« Pete eut l’impression de passer un examen. Il savait qu’il n’était pas bon, mais il ignorait pourquoi. Il bafouilla, tenta de l’impressionner par sa sensibilité alors que Nora se serait parfaitement accommodée d’un gars qui regarde le foot en buvant de la bière. Elle avait grandi avec des frères qui ne savaient pas s’amuser autrement qu’en se faisant des bleus. Elle aimait bien chahuter, rire grassement et faire l’idiote. Elle s’imaginait que Pete lui ressemblait, car il rigolait bien avec ses collègues de bureau. Aussi, son discours sur les mérites relatifs des visions comiques de Woody Allen et Groucho Marx eurent pour effet de la mettre mal à l’aise. Pourtant, il s’agissait bien du même Pete qui avait traversé le bar de hockey complètement nu lorsque Walter Payton avait raté son touchdown lors du vingtième Super Bowl. Si seulement ils avaient su que ni l’un ni l’autre n’avaient réussi à regarder Tess sans piquer du nez au milieu du film ! »

Exemple extrait de « Personnages et points de vue » (Orson Scott Card)

En narration focalisée, l’histoire ci-dessus aurait dû choisir entre le point de vue de Pete ou le point de vue de Nora. L’omniscient, lui, nous montre les deux à la fois et les mets en parallèle. Il y a beaucoup de distance narrative (donc moins d’immersion du lecteur dans les personnages), mais cela est compensé par la mise en comparaison de leurs pensées et l’ironie dramatique qui en découle (le lecteur obtient beaucoup d’informations dont les personnages n’ont pas conscience, et en conséquence la scène est savoureuse).

Donner l’impression au lecteur qu’il maîtrise l’histoire bien mieux que les personnages est un atout pour conserver son intérêt, et une façon d’utiliser la distance narrative à son avantage.

3) Se focaliser sur l’histoire plutôt que sur les personnages

La narration focalisée n’a pas le choix : elle est intrinsèquement liée aux personnages. Le texte se concentre sur ce qui leur arrive, et ne peut pas raconter des faits auxquels ils ne participent pas. L’omniscient n’a pas cette limite et peut parler de ce qu’il veut. Cela rend la scénarisation plus facile, permet d’ajouter des scènes qui se déroulent chez l’adversaire, dans un autre lieu ou à d’autres moments. Le narrateur omniscient est même le seul capable de raconter des événements qui se déroulent dans un lieu vide de tout personnage !

Exemple : Dans le bureau désert, tout semblait calme. Pourtant, une brise venue de l’extérieur s’insinua par la fenêtre entrouverte. Elle fit frissonner le post-it que Julien avait rédigé et collé en évidence sur le clavier de Nathalie. Le papier se détacha, glissa jusqu’au rebord du poste de travail. Hésita. Bascula. Et tomba directement dans la poubelle.

« Dans un ultime sursaut d’énergie, elle étincela, parut catapultée vers le clocheton, coucha ses ailes, échappa aux serres, traversa la grille comme une flèche… et heurta de plein fouet, à l’intérieur du beffroi, une vieille cloche oubliée. Un misérable bong retentit quand la petite fée rencontra le bronze centenaire. »

Les ombres de Wielstadt (Pierre Pevel)

C’est aussi un excellent moyen pour l’omniscient de créer de la tension, car il peut facilement montrer que certains personnages se trompent, échouent à voir ou comprendre quelque chose, mentent, etc.

Exemple 1 : John regarda par la fenêtre, appréciant le calme de la grande forêt qui s’étendait de ce côté-ci de la maison. Il ne remarqua pas la silhouette de la femme, dissimulée dans l’ombre d’un grand chêne, qui l’observait à la dérobée.

Exemple 2 : Le maire avait un air benêt et naïf, et n’avait visiblement aucune information utile. Sophie comprit qu’elle n’obtiendrait rien de plus de lui. Frustrée, elle sortit en claquant la porte. Dès qu’elle fut partie, le maire eut un grand sourire carnassier et se frotta les mains de satisfaction.

L’auteur a tout intérêt à exploiter au mieux ces possibilités pour rendre la narration attractive et dynamique, centrée sur l’intrigue plus que sur les protagonistes, et à utiliser l’ironie dramatique à son maximum (= montrer des choses au lecteur dont ses personnages  principaux n’ont pas conscience).

Le roman d’Estelle Faye « Les Seigneurs de Bohen » use avec subtilité de cette narration. La plupart des personnages principaux ne se connaissent pas. Fait assez rare pour être mentionné : une grande partie ne se croiseront même jamais de tout le récit ! Pourtant, grâce à cette narration, l’autrice passe de l’un à l’autre en tissant entre leurs actions des liens temporels et de causalité. Nous avons donc bel et bien l’impression que les personnages participent à un seul et même récit, une seule et même grande fresque historique. Nous, lecteurs, en avons une conscience bien plus claire que les personnages eux-mêmes.

4) Maîtriser le temps

L’un des défauts de la narration focalisée est que, pour conserver l’immersion, l’auteur doit montrer au lieu de raconter, et que cela prend du temps. L’omniscient est par nature une narration de présentation, qui est dans le raconté « par défaut », donc un peu plus ou un peu moins n’a pas d’importance. L’auteur peut donc se sentir libre de raconter à sa guise, et gagne ainsi la possibilité d’accélérer et ralentir le temps comme il le souhaite sans être limité par les perceptions de son personnage. Cela facilite les ellipses, l’usage de flash-back ou flash-forward, les résumés narratifs. Cela permet à l’auteur de raconter une histoire qui se déroule sur des périodes de temps très vastes, des territoires immenses et avec plein de personnages, sans pour autant écrire une saga en 9 tomes de 500 pages.

« Les sabbats des sorcières secouaient plus que de coutume les forêts des Sicambres, et des démons à la peau rubescente entraînaient hors des vallées les filles un peu trop sages pour les rendre au monde sauvage, au royaume des bois, des brumes et des eaux. Cet hiver-là, les manifestations étranges, ou du moins inhabituelles, se multiplièrent dans l’Empire. Certains, après coup, déclarèrent avoir vu là des signes avant-coureurs des événements à venir. »

Les Seigneurs de Bohen (Estelle Faye)

***

J’ai déjà tenté de t’en convaincre dans mes articles Choisir sa narration : une narration est un outil, et tu as tout intérêt à choisir ton outil en fonction de l’histoire que tu veux raconter – si tu comptes planter des clous, choisis un marteau ; si tu t’apprêtes à utiliser des vis, prends un tournevis (la synthèse des avantages/inconvénients de chaque narration se trouve ICI).

La grande distance narrative et le manque d’immersion de l’omniscient sont de sacrés handicaps. En conséquence, pour rendre ce genre de récit dynamique et captivant, il est indispensable :

  • d’avoir conscience qu’on écrit en omniscient ;
  • de savoir pourquoi on le fait ;
  • de connaître ses points forts et de les utiliser du mieux possible, afin de compenser ses défauts.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


L’article se terminait et les voix off entraient en scène pour s’atteler à une conclusion, mais elles furent déstabilisées par un commentaire omniscient.

« Hey ? C’est quoi ça ? » s’étonna la première, qui visiblement ne savait pas lire puisque la phrase précédente répondait à sa question.

« Je ne sais pas mais j’aime bien ! » dit la seconde, qui n’avait rien contre le fait qu’un commentaire issu de nulle part s’occupe de la conclusion à sa place.


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[CAS PRATIQUE] Narrateur omniscient Vs 3ème personne focalisée (2ème partie)

« Je suis perdu, du coup : suis-je un narrateur omniscient ou un personnage ?
— Tu es une voix off…. »


Dans un précédent article, j’ai entamé un face à face entre deux narrations à la troisième personne. Objectif : t’aider à ne pas les mélanger dans tes textes, sous peine de cumuler leurs défauts tout en perdant leurs avantages. Approfondissons encore via d’autres exemples et extraits.

Étudions un nouvel extrait

 Vlad tenta de saisir les rênes, mais le cheval s’écarta d’un bond.
— Saleté de canasson ! cracha le mercenaire, donnant un coup de botte rageur que le noble destrier esquiva avec élégance.
Vlad se renfrogna, essoufflé. Ce n’était pas la peine d’insister : la bête n’avait jamais fait une monture décente. Le rassemblement avait lieu dans deux jours, et il n’avait pas le temps de mater l’animal. Mieux valait sans doute chercher à en voler un autre. Il avait entendu dire que Mansen avait agrandi son troupeau récemment. Avec un peu de chance, si le vieux grincheux n’avait pas encore marqué toutes ses nouvelles acquisitions, il y avait moyen d’en dérober une, ni vu ni connu.
À cette idée, Vlad sourit.

À ton avis, dans cet extrait, dans quel type de narration sommes-nous ?

Difficile à dire : dans la première partie, nous sommes clairement avec un narrateur omniscient. L’incise « cracha le mercenaire » est un point de vue externe (il est peu probable que l’homme se désigne et pense à lui-même ainsi). Les termes « noble destrier » et « élégance » ne sont clairement pas issus du personnage : Vlad déteste ce canasson, et pour lui l’animal n’a rien de noble. Pourtant, toute la seconde partie est au contraire très focalisée. Vlad n’est plus mentionné que par son prénom et le pronom « il », nous avons accès au cheminement de sa pensée en direct, sans même des tournures du genre « il réalisa que » ou « il comprit que ». C’est un paragraphe typique d’un récit à la 3ème personne focalisée. En quelques lignes, nous avons donc droit à un grand écart stylistique. Ce texte n’est pas « juste » ou « faux », il n’est pas « bon » ou « mauvais », il est juste incohérent dans sa forme :

> si l’auteur visait l’immersion, ses deux premières phrases sont maladroites, car non focalisées : elles repoussent le lecteur hors de Vlad. Pour y remédier, il faudrait épurer les éléments qui ne sont pas du point de vue de Vlad. Par exemple :

 Le cheval s’écarta d’un bond quand Vlad tenta d’en saisir les rênes.
— Saleté de canasson ! cracha-t-il, donnant un coup de botte que l’animal évita d’un second pas sur le côté.

> si l’auteur utilise la narration omnisciente à dessein, il en fait un usage bien timoré dans son second paragraphe : le texte reste trop « dans la tête » de Vlad, et l’auteur de profite pas de son outil. Bien sûr, sur quelques lignes comme ici, c’est peut-être un choix conscient de l’auteur que de se limiter à Vlad… mais il pourrait aussi utiliser l’humour en nous faisant partager l’avis du cheval, ou en profiter pour commenter les actions du personnage, ou tout autre chose. Par exemple :

Vlad tenta de saisir les rênes, mais le cheval s’écarta d’un bond.
— Saleté de canasson ! cracha le mercenaire, donnant un coup de botte rageur.
Le noble destrier esquiva le coup avec élégance : l’animal avait été élevé chez le Duc de Martigny, et il était hors de question qu’il se laisse monter par un rustre pareil.
Ledit rustre se renfrogna, essoufflé, et comprit que ce n’était pas la peine d’insister : d’aussi loin qu’il se souvienne (et Vlad avait une bonne mémoire), la bête n’avait jamais fait une monture décente. Le fait que Vlad lui-même ne fasse pas un cavalier décent ne lui effleura pas l’esprit.
Le rassemblement avait lieu dans deux jours, et l’homme réalisa qu’il n’avait pas le temps de mater l’animal. Alors, parce que c’est ainsi que pensent les mercenaires, il songea qu’il serait plus facile d’en voler un autre…

Volontairement caricatural, l’exemple ci-dessus donne néanmoins une idée de ce qu’il est possible de faire avec un narrateur omniscient (les possibilités sont immenses, et pas seulement dans la veine humoristique). Alors oui, on perd en immersion, mais on peut – si on s’en donne la peine – compenser par une prose savoureuse pour d’autres raisons. Tu remarqueras par exemple que le narrateur omniscient permet de glisser bien plus d’informations en peu de phrases (on apprend l’origine du cheval, on précise que Vlad a une bonne mémoire mais n’est pas du genre à se remettre en question, etc.).

Dans l’exemple suivant tiré de l’un de ses guides d’écriture, Orson Scott Card utilise le narrateur omniscient pour nous faire savourer un rendez-vous amoureux raté : nous savons ce que pense chacun des protagonistes, alors qu’ils se trompent l’un sur l’autre. Il serait impossible de raconter une telle scène avec une narration focalisée (ou alors il faudrait écrire un chapitre avec un point de vue, puis un autre chapitre avec l’autre, ce qui serait long et fastidieux, aussi bien à écrire qu’à lire).

Pete eut l’impression de passer un examen. Il savait qu’il n’était pas bon, mais il ignorait pourquoi. Il bafouilla, tenta de l’impressionner par sa sensibilité alors que Nora se serait parfaitement accommodée d’un gars qui regarde le foot en buvant de la bière. Elle avait grandi avec des frères qui ne savaient pas s’amuser autrement qu’en se faisant des bleus. […] Elle aimait bien chahuter, rire grassement et faire l’idiote. Elle s’imaginait que Pete lui ressemblait, car il rigolait bien avec ses collègues de bureau. Aussi, son discours sur les mérites relatifs des visions comiques de Woody Allen et Groucho Marx eurent pour effet de la mettre mal à l’aise. […] Pourtant, il s’agissait bien du même Pete qui avait traversé le bar de hockey complètement nu lorsque Walter Payton avait raté son touchdown lors du vingtième Super Bowl. […]
Si seulement ils avaient su que ni l’un ni l’autre n’avaient réussi à regarder Tess sans piquer du nez au milieu du film…

extrait de Personnages et points de vue / Orson Scott Card

Non, cet extrait n’est pas un modèle d’immersion : nous sommes bien en retrait, spectateurs, « au-dessus » des personnages. En revanche, nous avons l’énorme avantage d’accéder à leurs pensées respectives en parallèle. Les autres informations caractérisent les personnages en quelques traits bien choisis, et qui ne se limitent pas à leurs pensées lors de l’entretien : Pete ne se remémore pas la soirée Super Bowl, c’est juste le narrateur qui choisit de nous parler de cette anecdote pour nous faire comprendre qui est Pete. De même, la phrase « Elle aimait bien chahuter, rire grassement et faire l’idiote » ne provient pas de Nora : même si elle est peut-être capable d’autodérision, elle ne se décrirait certainement pas en ces termes. En revanche, cela nous éclaire beaucoup, nous lecteurs, et ce en quelques phrases. Bref, c’est du narrateur omniscient… utilisé à très bon escient.

Des références

Les exemples de narration à la troisième personne focalisée sont légions : c’est le mode de narration le plus répandu aujourd’hui. Histoire de te citer au moins un modèle à suivre, mentionnons Le cycle d’Ender d’Orson Scott Card. Le livre de Card intitulé Personnages et points de vue est l’une des meilleures références techniques que tu puisses trouver sur la gestion des points de vue de narration. Les ouvrages de fiction de cet auteur – éminent professeur de littérature – sont donc de bons modèles à étudier.

Ender se tut et mangea. Mick ne lui plaisait pas. Et il savait qu’il ne risquait pas de finir de la même façon. C’était peut-être ce que les professeurs avaient prévu, mais Ender n’avait pas l’intention de se conformer à leurs projets.
Je ne serai pas le doryphore de mon groupe, se dit Ender. Je n’ai pas quitté Valentine, Mana et Papa pour venir ici et être gelé.
Lorsqu’il porta sa fourchette à sa bouche, il sentit sa famille autour de lui, comme elle l’avait toujours été. Il savait exactement de quel côté tourner la tête pour vois sa Mère, essayant d’empêcher Valentine de faire du bruit en mangeant sa soupe. Il savait exactement où se trouvait son Père, fixant les nouvelles, sur la table, tout en feignant de prendre part à la conversation. Peter, feignant de sortir un petit pois écrasé de son nez – même Peter pouvait être drôle.
Penser à eux était une erreur. Un sanglot lui serra la gorge et il le ravala ; il ne voyait plus son assiette.

extrait de La Stratégie Ender / Orson Scott Card

Les exemples de narrateurs omniscients sont plus rares de nos jours, mais en fantasy française nous avons la chance d’en avoir un exemple brillant : La trilogie de Wielstadt de Pierre Pevel. Ce roman de cape et d’épée à la sauce dark fantasy est certes centré sur le personnage du chevalier Kantz, mais nous ne sommes pas cantonnés à ses pensées et perceptions. Pevel utilise tous les avantages de cette narration : humour, ironie dramatique, mystère et suspens, ou encore capacités didactiques (il en profite pour nous faire partager ses connaissances en histoire). Il compense la perte d’immersion par une plume enlevée et un récit plein de panache. Nous ne comprendrons jamais le personnage de Kantz aussi bien que le personnage d’Ender, mais le plaisir ici est ailleurs : nous ne sommes que spectateurs, certes, mais spectateurs d’une palpitante pièce de théâtre. 

Quelques jours de promiscuité avaient permis à Kantz d’apprendre deux choses concernant Chandelle. Premièrement, si elle se levait tôt et se couchait tard, elle n’en passait pas moins l’essentiel de son temps à dormir, à la manière des chats. Deuxièmement, elle débordait d’énergie pendant son temps de veille, une énergie qu’elle voulait employer à se rendre utile : de fait, Heide n’avait de cesse de lui trouver de menus travaux à sa mesure pour l’occuper.
Passé la surprise qu’elle provoquait toujours, la fée avait été adoptée par toute la maisonnée et il ne fut jamais question de la rendre à Feodor. Adorée par Stefan, choyée par Heide dont elle chatouillait la fibre maternelle, Chandelle faisait la joie du foyer.
Kantz l’avait pour sa part acceptée de bonne grâce. Il exigea simplement qu’elle ne se montre pas aux étrangers et que les autres gardent le secret de sa présence. « Que ma maison devienne le rendez-vous d’une foule de curieux est bien ce que je souhaite le moins », avait dit le chevalier qui se méfiait surtout des sombres convoitises que ne manquerait pas de susciter une fée. Quand il avait trouvé Chandelle dans son lit, il ne plaisantait qu’à moitié en disant qu’on pouvait vouloir la mettre sous cloche, ou pire, à fin d’étude. Il savait que son seul petit cadavre se négocierait une fortune – et au détail – chez les alchimistes de tout poil dont Wielstadt regorgeait.
Après avoir fait un rien de vaisselle et passé un coup de balai superflu, Heide s’occupa encore inutilement en attendant que son maître échappe à ses rêveries. Puis, n’y tenant plus, elle se planta devant lui et se racla la gorge.
« Qu’y a-t-il, Heide ? » fit Kantz en séchant son verre.
Stefan voulut le resservir mais il refusa d’un signe de tête.
« Permettez-vous que l’on vous informe du train de votre maison ? demanda Heide.
— Je t’écoute.
— Ce matin, deux mousquetaires du Temple ont frappé à l’huis.
— Voulaient-ils me voir ?
— Non pas, mais vous porter ceci… et cela. »
« Ceci » était une bourse ventrue que Heide tira de la poche de son tablier ; « cela » était un paquet oblong, jusque-là appuyé contre un mur, que Stefan dut prendre à deux mains. […]
« L’étrange épée ! fit l’adolescent en découvrant le cadeau des templiers.
—  C’est un cimeterre, expliqua Kantz. Les guerriers turcomans en manient de semblables. »
Il empoigna le sabre à large lame, en apprécia la belle facture, et découvrit un nombre gravé en chiffres romains sur le pommeau : MDXXIX.
1529…
C’était l’année du siège de Vienne par les Ottomans. En 1620 l’Empire Ottoman s’étendait […]

extrait de Les ombres de Wielstadt / Pierre Pevel

Jamais d’écarts ?

Cette notion de gestion des points de vue n’est qu’une orientation : sur un long roman, est-ce qu’on te reprochera quelques erreurs de points de vue ? Non. Pour dire vrai, la plupart de tes lecteurs ne s’en rendront jamais compte, surtout si elles ne sont que ponctuelles. La vérité est que, même chez des auteurs connus et reconnus, il est fréquent d’observer quelques écarts. Et même si je joue le donneur de leçon sur ce blog, je suis un bel exemple de « fais ce que je dis, pas ce que je fais » : dans mes romans de plus de 400 pages, je suis certain de ne pas toujours respecter ma focalisation à 100%.

Et puis, il y a parfois des cas où l’on peut avoir envie de faire un écart de façon ponctuelle et volontaire, afin d’utiliser sciemment l’un des artifices de l’autre narration :

Althéa ne se rendit compte qu’elle s’était éloignée à grands pas qu’en entamant la descente de la passerelle. Elle était passée près du corps de son père sans même le remarquer, et ce qu’elle fit alors, elle devait le regretter toute sa vie : elle quitta Vivacia […]

 extrait de Le vaisseau magique / Robin Hobb

Robin Hobb est une autrice aguerrie, et sa série Les Aventuriers de la Mer change de personnage de point de vue à chaque chapitre. La narration y est alors très focalisée. Et pourtant, que lit-on ici ? « et ce qu’elle fit alors, elle devait le regretter toute sa vie », n’est-ce pas le point de vue extérieur d’un narrateur omniscient, seul capable de connaître le futur ? Oh que si. Erreur technique ? Possible. Usage volontaire ? Bien plus probable : à ce moment du récit (1er tome d’une longue saga), le lecteur ne peut pas encore appréhender à quel point ce geste d’Althéa (quitter le navire) est fort dans cet univers. Cette petite phrase brise un instant l’immersion – certes – mais cela donne un effet d’arrêt sur image, pour souligner le drame qui se joue devant nous, pour mettre en exergue le basculement de l’histoire (d’un point de vue dramaturgique, l’aventure du personnage d’Althéa commence en cet instant précis).

Tu l’auras compris : tout peut marcher… sauf de mélanger les deux narrations en permanence, n’importe comment et sans s’en rendre compte. Dans mes articles, je ne peux faire que des exemples très courts, or c’est sur la durée que tout se joue. Si tu vises l’immersion avec une narration focalisée, c’est sur ton chapitre entier (voire ton livre entier !) que tu devras coller à ton personnage de point de vue, en évitant le plus possible de t’en détourner. Si tu joues le narrateur omniscient, c’est en permanence que tu devras prendre du recul et avoir une vue d’ensemble de ta scène, afin de choisir les « meilleurs morceaux » à livrer à ton lecteur.

Une histoire d’interprétation

C’est inconscient de la part de celui qui te lit : après seulement quelques phrases, il enregistre mentalement quelle est la narration et s’y fie. Mélanger les narrations le perd, et donne une impression de flottement. Le lecteur ne saura jamais très bien où il se situe par rapport à l’action… et comment il doit la jauger. Car il faut que tu comprennes qu’une même phrase s’interprète différemment selon la narration employée.

John regarda par la fenêtre. Sur le trottoir d’en face, un nègre passait, déambulant d’une démarche chaloupée.
> Impossible ici de savoir en quelle narration nous sommes. Mais réalises-tu à quel point cette phrase ne résonnera pas pareil selon le cas ? En narration focalisée, la phrase induit que c’est John qui attribut le terme « nègre » au passant (ce qui caractérise fortement le personnage de John). Si c’est une histoire racontée par un narrateur omniscient, c’est le narrateur qui le qualifie de nègre. Ce n’est pas tout à fait la même chose, en particulier au sujet de la caractérisation du personnage de John.

John regarda par la fenêtre et remarqua une femme dissimulée derrière un grand chêne. Elle le fixait d’un air étrange, menaçant.
> Idem que l’exemple précédent : sans plus de contexte, cet extrait peut très bien appartenir aux deux types de narration… mais ne rend pas la même chose dans un cas ou dans l’autre. En narration focalisée, le texte induit que c’est John qui juge son air mauvais. Cela signifie que l’information est subjective, et nous pourrions découvrir plus tard que son expression de visage reflétait un autre sentiment, mal interprété par John.
Dans sa série Les aventuriers de la mer, Robin Hobb joue beaucoup sur les quiproquos et les jugements de valeurs erronés de ses personnages : un personnage en voit un autre pleurer et en conclut qu’il est triste ; puis dans le chapitre suivant, changement de personnage de point de vue, et le lecteur découvre que le personnage qui pleurait était en fait ivre de joie. L’auteur s’amuse avec la subjectivité liée à sa narration focalisée.
En revanche, si c’est un narrateur omniscient qui nous raconte l’histoire, tout change : nous savons qu’il nous affirme une vérité. Pas de subjectivité dans ce cas : nous savons que la femme fixe bel et bien John avec animosité, et nous prenons l’affirmation pour argent comptant.

En conséquence, s’en tenir clairement à un seul type de narration clarifie grandement le texte pour ton lecteur, et t’évitera des confusions parfois fâcheuses. Combiner les points de vue n’est généralement pas souhaitable, même si nous avons vu que tu peux parfois tricher un peu. L’important avec cette histoire de focalisation est surtout d’en comprendre le principe, afin de pouvoir l’utiliser ou pas en connaissance de cause.

M’enfin, ce n’est que mon avis…


« Des deux voix-off, la première était dotée d’une vive intelligence, quand l’autre était bête comme ses pieds.
— Tu m’insultes ?
— Ah non, non, c’est le point de vue du narrateur, pas le miens… »


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[CAS PRATIQUE] Narrateur omniscient Vs 3ème personne focalisée (1ère partie)

« Je suis un Dieu omniscient !
— Ҫa, c’est ce que tu crois… »


Suite à mon article sur les pièges de la narration à la première personne, cet article se concentre sur la narration à la troisième personne, et sur les conséquences d’un mélange entre l’usage d’un narrateur omniscient et l’usage d’une narration focalisée/limitée – une confusion extrêmement courante chez les auteurs novices (et chez les plus expérimentés aussi). Si tu ne sais pas de quoi je parle, je te conseille de lire ou relire la série d’articles Choisir sa narration.

Rappel

Récit à la troisième personne avec narrateur omniscient :
Les « + » : liberté narrative (temps, lieux, personnages, discours)
Les « – » : éloigne le lecteur de l’action et des personnages, perte d’immersion (car intercale un narrateur entre le lecteur et l’action)

Récit à la troisième personne avec narrateur focalisé/limité :
Les « + » : immersion, rapproche le lecteur de l’action et des personnages (donne l’illusion qu’il n’y a pas de narrateur)
Les « – » : récit « limité » aux perceptions/connaissances du personnage de point de vue

Les deux sont des récits à la troisième personne : les lecteurs n’ont aucune idée de ce qui les sépare et ne sauraient pas les distinguer, et pourtant elles ont des qualités/défauts quasiment opposées.

Que se passe-t-il si on les mélange ?

De façon naïve, on pourrait espérer tirer le meilleur de chacune, et obtenir une narration qui cumulerait les qualités des deux. Hélas, tu te doutes bien qu’il se passe exactement le contraire : elles se contrecarrent. Si tu mélanges l’usage des deux narrations, tout ce que tu cumules, ce sont leurs défauts. Tu obtiens un texte peu immersif, limité en plus au seul personnage principal.

Soyons clair : aucun de tes lecteurs ne saura te dire qu’il y a un souci de narration. En revanche, ils auront du mal à te lire (sans comprendre pourquoi), n’accrocheront pas, et ton texte ne sera pas efficace. Il est donc très important de choisir une narration et de s’y tenir, sans la parasiter par des écarts impromptus et non maîtrisés vers l’autre narration. Il n’y a qu’ainsi que tu profiteras des qualités de la narration choisie.

L’écart le plus fréquent

De très nombreux textes aujourd’hui sont rédigés à l’aide d’une narration à la troisième personne focalisée : l’auteur choisit un personnage (unique pour tout le livre, ou au moins unique pour chaque chapitre), et le texte reste focalisé sur lui. On ne sait que ce qu’il sait, on ne voit que ce qu’il voit, on se déplace avec lui.

Chaque fois, cependant, il se dégageait et retournait, souvent à un endroit différent, afin de voir le jeu sous un autre angle. Il était trop petit pour voir les commandes, la façon dont on jouait effectivement. Cela n’avait pas d’importance. Il voyait les mouvements. La façon dont le joueur creusait des tunnels dans le noir, des tunnels de lumière que l’ennemi traquait et suivait impitoyablement jusqu’à ce qu’il ait capturé le vaisseau adverse. Le joueur pouvait tendre des pièges : mines, bombes, boucles qui contraignaient l’ennemi à tourner en rond indéfiniment. Il y avait des joueurs adroits. D’autres perdaient rapidement. Ender préférait, toutefois, que deux joueurs s’affrontent. Chacun était obligé d’utiliser les tunnels de l’autre et la valeur des individus, sur le plan de cette stratégie, apparaissait rapidement.

extrait de La stratégie Ender / Orson Scott Card

La qualité première de cette narration est une rapide et profonde immersion : nous n’avons pas un narrateur en train de conter une histoire, nous avons l’impression d’être « dans le personnage », en train de la vivre. Nous sommes dans la tête d’Ender, et tout est raconté de son point de vue. Y compris la phrase « Cela n’avait pas d’importance » : ce n’est pas le narrateur qui nous dit que ça n’a pas d’importance, mais Ender qui le juge ainsi.

Le pire que tu puisses faire alors, en tant qu’auteur, est de glisser dans ton texte des phrases qui ne respectent pas cette focalisation. C’est aussi dérangeant que de mettre un film sur « pause » en pleine scène d’action, ou qu’un dézoom brutal alors qu’on était jusqu’ici en gros plan : nous étions dans le personnage, et soudain les mots nous tirent en arrière, nous arrachent à notre avatar de mots.

John regarda par la fenêtre et soupira. Il ne remarqua pas la silhouette de la femme, dissimulée dans l’ombre d’un grand chêne, qui l’observait à la dérobée.
> Une narration focalisée se limite aux connaissances et perceptions du personnage. John ne voit pas la femme, donc cette phrase n’a pas sa place dans une narration focalisée.

John regarda par la fenêtre, aperçut la femme dissimulée derrière l’arbre, et pesta. Qui était-elle ? Pourquoi l’épiait-elle ? Elle recula soudain et disparut à sa vue. Elle ne voulait pas qu’il puisse l’observer trop longtemps, car il risquait de la reconnaître.
> Si la narration est focalisée sur un personnage, on ne peut pas soudain entrer dans les pensées du personnage d’à côté : c’est comme si tu désincarnais ton lecteur d’un personnage pour le mettre dans un autre. Tu brises l’immersion. Dans cet exemple, la dernière phrase sonne faux et devrait être retirée.

John regarda par la fenêtre. Le vieux briscard avait des années de filatures à son actif, et il repéra aussitôt la femme dissimulée derrière l’arbre.
> Plus subtil, mais aussi beaucoup plus courant : prend garde à la façon de désigner ton personnage. Si la narration est focalisée sur lui, le texte est comme une « transcription » de ce qu’il vit. À moins que ton héros ne soit Alain Delon, il ne pense pas à lui « à la troisième personne » en se surnommant lui-même « le vieux briscard ». Limite-toi le plus possible à son nom et à l’usage du pronom « il/elle ». Si ton immersion est réussie, la désignation sera évidente pour le lecteur. Dis-toi bien qu’à chaque fois que tu le désignes autrement, tu portes un jugement externe sur lui, et donc tu « tires » ton lecteur en arrière et l’éloignes du personnage. De plus, la narration focalisée s’attache d’ordinaire au fil de pensée du personnage : ce dernier n’a – à priori – aucune raison de se remémorer son passé en cet instant précis.

John regarda par la fenêtre, angoissé. Il remarqua une femme dissimulée derrière un grand chêne. C’était sous ce type d’arbre, solide et majestueux, que le roi Saint Louis rendait justice.
> Attention à tous les passages didactiques ou pédagogiques : avec une narration focalisée, ce type de phrase n’aurait son sens qu’avec un personnage expert en botanique et particulièrement passionné. Sinon, comment connaîtrait-il ce type d’information, et surtout pourquoi y penserait-il dans un moment pareil ? Dans les romans historiques, on use souvent d’un narrateur omniscient pour cette raison précise : insérer des explications historiques en narration focalisée est un casse-tête. Cela nécessite des personnages experts, des situations propices, et cela aboutit souvent à des dialogues d’exposition qui sonnent faux.

John regarda par la fenêtre. Il remarqua une femme dissimulée derrière un grand chêne. Il la reconnut aussitôt, jura, et fonça vers son téléphone. Il passa un coup de fil, puis raccrocha avec brutalité avant de quitter son appartement.
> En narration focalisée, nous sommes censés être dans la tête du personnage de point de vue : on ne peut pas cacher ce qu’il pense au lecteur. Dans cet exemple, il faudrait révéler l’identité de la femme, puis la teneur du coup de fil, et également expliquer ce que ressent le personnage (pourquoi il est brutal en raccrochant, par exemple). Cette proximité est même tout l’intérêt de cette narration ! L’extrait ci-dessus ne peut être produit que par un narrateur omniscient, qui sait tout mais ne nous dit que ce qu’il a envie de nous dire, comme il veut nous le dire, pour le bien de l’histoire et du suspens.


Tu souhaites que nous abordions plus d’exemples à ce sujet ? Je t’en ai préparé d’autres, mais ça risque de faire un article un peu énorme : je te laisse digérer ça, en discuter en commentaires, et nous nous retrouvons pour d’autres extraits au post suivant.

À suivre…


« Ah, il nous plante comme ça ?
— Je ne le trouve pas très focalisé, sur ce coup… »


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