10 questions à se poser quand on bloque sur l’écriture d’une scène

« Oui, enfin bon, moi je ne bloque jamais..
— Menteur. »


Dans un vieil article, je prétendais que le syndrome de la page blanche était plus souvent un problème de texte qu’un problème d’auteur. Je n’ai pas changé d’avis : quand tu bloques sur l’écriture d’une scène ou d’un chapitre, ce qui coince ne vient pas de toi ni d’une supposée « panne d’inspiration » mais plutôt d’un souci mécanique de ton récit – disons, au moins neuf fois sur dix.

Bloquer, ça fait partie intégrante du job – c’est le job, quelque part. Se débloquer, c’est transformer une histoire qui ne fonctionne pas en histoire qui fonctionne. J’ai pour cela un listing de questions que je me suis constitué avec le temps. Je me suis dis que l’outil pouvait t’intéresser.

Les toutes premières questions à se poser

À mon sens, ce n’est pas la peine de chercher plus loin si ces trois points ne sont pas limpides dans ton esprit :

1 – Quelle est la motivation du protagoniste dans cette scène ? (que désire-t-il, de quoi a-t-il besoin ?)
2 – Qu’est-ce qui l’empêche d’assouvir ce désir ? (les obstacles) Le ou les obstacles face à lui sont-ils réels ? Est-ce bien le protagoniste qui les surmonte ?
3 – Que risque-t-il de se passer s’il n’obtient pas ce qu’il veut ? Et s’il l’obtient ? (les enjeux)

Tu peux écrire une bonne scène sans ce trio bien connu d’éléments. Si si. Mais si ta scène ne fonctionne pas, commence donc par vérifier et arranger ça. Il n’y a pas souvent besoin d’aller plus loin pour se remettre sur les rails.

Creuser plus profond

Si tu es au clair avec ces trois questions de base et que tu es toujours bloqué(e), que la scène ne fonctionne toujours pas, tu peux questionner les points suivants :

4 – Le personnage est-il bien moteur de l’action ou n’est-il que spectateur de ce qu’il s’y passe ? A-t-il une certaine liberté de choix dans ses actes ? Que décide-t-il dans cette scène ? Qu’est-ce que cela change ?
5 – S’il y a conflit entre plusieurs personnages, ce conflit est-il réel ? Ont-ils de vraies raisons d’être en opposition ? Le conflit n’est-il pas forcé ?
6 – Y a-t-il bien relation de cause à effet dans les événements ? Est-ce que cette scène découle de la précédente et provoquera la suivante ?
7Le décor de la scène est-il bien choisi ? Pourquoi doit-elle avoir lieu ici et maintenant ? Qu’est-ce qui caractérise ce décor, quelle ambiance devrait s’en dégager ? Est-ce le cas ?

Prendre un peu de recul

Si tu penses que tous ces points sont ok mais que tu as toujours l’impression de faire fausse route, tu peux essayer de lever le nez de la scène. Le problème est peut-être plus global, lié plus généralement au personnage, au thème ou à ta narration :

8 – Le protagoniste est-il quelqu’un qu’on a envie de suivre ? Est-ce qu’il possède des traits qui attachent le lecteur ? Est-il compétent ? Est-ce qu’il ne fait pas pitié ? N’a-t-il pas trop de bonbons ou trop d’épinards ?
9 Le thème de ton histoire est-il clair dans ton esprit ? De quoi es-tu en train de parler exactement ? Le protagoniste est-il bien lié au thème ? Et l’antagoniste ? L’univers du récit ? Le cœur de l’intrigue ?
10 – Tiens-tu bien ta narration ? Si tu es en 3ème personne focalisée, n’as-tu pas créé sans le vouloir de la distance narrative ? Montres-tu au lieu de raconter ? Est-ce le bon personnage de point de vue ? En omniscient, n’aurais-tu pas une meilleure façon de raconter cette scène ? À la première personne, le discours du personnage est-il franc et honnête ? 

En ce qui me concerne, il est excessivement rare que j’arrive à la question 10 sans avoir trouvé la cause de mon blocage. Le tout est d’être honnête avec soi-même et de ne pas survoler ces questions : force-toi à répondre « pour de vrai » et à justifier tes réponses (pourquoi pas à l’écrit ? – je le fais parfois quand j’ai l’impression de me mentir à moi-même). Si tu n’y arrives pas, tu as mis le doigt là où ça fait mal.

***

La meilleure façon de trouver une réponse est encore de bien poser la question. Une fois que tu sais où le bât blesse, alors les idées de solutions affluent. Et, comme par magie, l’envie d’écrire revient.

M’enfin, ce n’est que mon avis.

🙂


Tu as d’autres questions que tu estimes utiles ? Ajoute-les en commentaires !


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Choisir ses conseils d’écriture

« On parie combien qu’il va dire que les siens sont meilleurs que les autres ?
— C’est couru d’avance… »


Dès qu’on parle « conseils d’écriture », cela a tendance à déclencher des discussions houleuses sur les réseaux sociaux. D’un côté, les auteurs plus ou moins novices sont en quête d’avis ou de méthodes ; d’un autre, tout un pan d’artistes s’offusquent qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire et comment ils doivent le faire. En conséquence, on est en droit de se poser la question : y a-t-il de « bons » et de « mauvais » conseils d’écriture ? Quel genre de conseils rechercher lorsqu’on est auteur ? Lesquels vaudrait-il mieux éviter ?

Réflexion.

Deux sortes de conseils

À ma droite, les amateurs de méthodes qui t’expliquent comment tu dois écrire ton livre. À ma gauche, ceux qui répètent à l’envi que chaque auteur est différent et doit faire comme il l’entend sans contrainte. Et au milieu, probablement toi qui lis en ce moment ce blog de conseils d’écriture, et moi qui tiens ledit blog.

Je pense que les deux camps ont raison, mais qu’ils parlent en fait de deux choses très différentes, raison principale pour laquelle ils sont irréconciliables. Pour y voir plus clair, je te propose de différencier deux types de conseils d’écriture :

– ceux qui s’intéressent à l’auteur et à son « process » d’écriture ;
– ceux qui s’intéressent aux textes et aux mécanismes des histoires.

Process d’écriture

Voici quelques exemples de sujets que je vois revenir régulièrement sur les réseaux sociaux et les blogs : faut-il écrire tous les jours ? Faut-il faire un plan avant d’écrire (auteurs architecte vs jardinier) ? Faut-il faire des fiches de personnages et si oui que mettre dedans ? Faut-il laisser reposer un texte avant réécriture ? Comment procéder à une bêta-lecture ? Dans quel ordre traiter ses corrections ? Écrire son premier jet d’un trait ou corriger au fur et à mesure ? Écrire le matin ou le soir ? Avec de la musique ou en silence ? Sur papier ou sur ordinateur ? Sur un traitement de texte ou un logiciel spécialisé ? Etc.

Ce sont ce que j’appelle des réflexions sur le « process » d’écriture, c’est-à-dire « comment un auteur s’y prend au quotidien pour écrire un livre ». J’ai commis moi-même quelques articles de ce genre (mea culpa), mais je pense aujourd’hui que ce sont les conseils d’écriture dont tu devrais te méfier le plus. Non pas que ces sujets soient inintéressants, mais la conclusion est toujours la même : il n’y a pas de vérité, pas de bonne ou de mauvaise façon de faire. J’irais même jusqu’à dire que nous devrions nous comporter avec nos livres comme des illusionnistes avec leurs tours : nos pratiques, toutes personnelles, devraient rester derrière le rideau. On n’a pas besoin de savoir ce que tu fais, tout seul avec ton clavier ou tes stylos.

Il existe autant de façons d’écrire que d’auteurs et de nombreux chefs-d’oeuvre ont été créés de façons complètement différentes. Alors oui, si tu débutes et que tu te sens perdu(e), tu peux toujours te renseigner pour savoir comment font les autres… mais la vérité vraie, c’est que ce n’est pas parce que ça marche pour eux que ça marchera pour toi ; et que ce n’est pas parce que tu fais différemment que ça ne marchera pas. Autrement dit, à part te complexer et attiser ton syndrome de l’imposteur, ces conseils ne te serviront pas à grand chose et sont plus dangereux qu’utiles.

Mécanismes d’histoires

Mais il existe d’autres types de conseils d’écriture, qui abordent des sujets liés à la narration et la dramaturgie d’une part (objectifs des personnages, obstacles, enjeux, rythme, construction des personnages), et à la technique d’écriture elle-même d’autre part (gestion des points de vue, temps de narration, grammaire et orthographe, typographie).

Ici, il s’agit de sujets d’études qui se concentrent – non pas sur l’auteur – mais sur le texte. J’ai envie de dire que ce ne sont même pas des « conseils » : ce sont des outils, fruits de siècles d’étude de la littérature. Ce sont – à mon avis – des éléments bien plus pertinents pour t’aider dans ta pratique, puisqu’ils t’aident à comprendre comment elle fonctionne.

Alors bien sûr, tous ces sujets ne comportent pas de vérités universelles : s’il n’existe qu’une orthographe française (quoique ;)) certains théoriciens de la dramaturgie sont parfois en désaccord. D’un genre à l’autre, les pratiques varient. De même, les cultures ont beaucoup d’impact sur la façon de narrer les histoires, et un bon récit en France est différent d’un bon récit au Japon. Pourtant, lorsqu’on s’y intéresse, on distingue des principes fondamentaux récurrents, des liens logiques entre la façon d’écrire et l’impact sur le lecteur, des relations causes/conséquences. Apprendre tout cela te fournit un bagage de base qui me paraît indispensable à la compréhension de ce qu’est un bon texte et à l’analyse des romans que tu lis. Je n’ai jamais regretté la lecture d’un ouvrage technique concernant l’écriture, et j’y ai toujours appris quelque chose d’utile.

Des auteurs narcissiques ?

J’ai déjà laissé transpirer ce point de vue dans mon article sur les blocages d’écriture : je pense qu’on gagnerait à lever un peu le nez de nos nombrils. Au lieu d’être obnubilés par « qu’est-ce qui fait de nous un (bon) auteur » nous devrions surtout nous intéresser à « qu’est-ce qui fait qu’un texte fonctionne ». Cela devrait être notre seule et unique préoccupation.

Si tant d’auteurs se considèrent comme des imposteurs, c’est parce qu’ils sont persuadés de ne pas s’y prendre « comme il faut », de ne pas procéder « comme de vrais auteurs ». Mais il n’existe pas de « charte du bon auteur », et on se moque bien de savoir comment tu t’organises au quotidien pour écrire tes livres.

En revanche il existe des livres qui marchent et d’autres qui ne marchent pas (parfois même cohabitent-ils dans la bibliographie d’un même auteur). Apprendre la partie technique de l’écriture, la base du fonctionnement des histoires, te permet de travailler à produire de bons textes.

Bien avant l’argent et la gloire, c’est notre objectif, n’est-ce pas ?

***

Quel que soit l’Art concerné, il existe deux étapes fondamentales à la création d’une bonne oeuvre :

  • avoir de bonnes idées, de l’imagination et de la créativité : cela, personne ne peut te l’enseigner et il n’existe aucune méthode universelle ;
  • en réussir la mise en oeuvre : même si certains en rejettent l’idée, il y a bel et bien un volet technique à l’apprentissage de l’écriture, comme dans tous les arts et artisanats. Et cela, ça s’apprend (et nonla technique ne bride pas la créativité, c’est même tout le contraire).

Donc mon conseil est de sélectionner les ouvrages ou articles que tu lis sur l’écriture : tu peux te passer de ceux qui t’expliquent comment te comporter en tant qu’auteur (par exemple, l’article que tu es présentement en train de lire ;))

Les seuls bons conseils d’écriture sont ceux qui te parlent effectivement d’écriture.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« Tu crois qu’il écrit ses articles le matin ou l’après-midi ? Directement sur WordPress ou d’abord sur un cahier à spirales ? D’un trait ou en plusieurs fois ? Avec ou sans chaussettes ?
— On. S’en. Tape. »


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Règle Pixar [19] : pas de chance pour les personnages !

Coincidences to get characters into trouble are great. Coincidences to get them out of it are cheating.

Les coïncidences qui mettent les personnages dans le pétrin, c’est bien. Les coïncidences qui interviennent pour les en tirer, c’est de la triche.


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Le conseil N°19 de la série des règles d’or est un B-A-BA de la dramaturgie, facile à comprendre et facile à retenir. Et pourtant, on croise encore l’erreur ici ou là dans nos romans !

On reproche parfois aux auteurs l’intervention du hasard dans leurs histoires : c’est un outil qui apparaît comme un peu facile, puisque « il n’y a pas de hasard en écriture ». Pourtant, Pixar met le doigt sur le vrai sujet : le problème, c’est quand le hasard aide le personnage ; parce que s’il lui est défavorable, le hasard peut être un allié utile du conteur.

Étude de cas

Le personnage de Mark doit s’introduire dans un bureau, de nuit, pour y dérober des documents. Il a procédé à un minutieux repérage des lieux et attend que le dernier employé quitte son poste pour rentrer chez lui. Il pénètre alors dans les locaux…

Mais le fameux « dernier employé » arrive à sa voiture et réalise qu’il a oublié ses clefs sur son bureau ! Il revient sur ses pas. Mark va sans doute se faire repérer ! Il n’a pas conscience du danger, et fouille le bureau à l’aide de sa lampe torche. Le faisceau de celle-ci vacille soudain : plus de pile ? La lampe s’éteint. Mark peste, mais entend alors des pas. C’est l’employé qui revient. Comme tout est noir, le type ne remarque rien de spécial, récupère ses clefs et s’en va. Mark a eu chaud !

Dans cette histoire, l’auteur a recours à deux hasards, deux coïncidences : d’abord, l’employé a oublié ses clefs ; ensuite, la lampe de Mark dysfonctionne. Si tu es attentif à ce que tu ressens en tant que lecteur lors de ces événements, tu réaliseras que l’effet est très différent.

Mark est notre héros de l’histoire et on ne souhaite pas qu’il soit pris. En conséquence :

1) dans le premier cas, la tension monte en flèche et on se crispe. La fatalité, le destin, ce « coup de pas de bol » nous fait crisser des dents car cela met Mark dans une situation défavorable.

2) dans le second cas, c’est au contraire le soulagement : la menace passe, elle est résolue. Ouf ! Il s’en est fallu de peu…

Le problème

Alors, quel est le problème ? Certains vont dire que « ce n’est pas logique » (par exemple en disant que l’employé aurait dû se rendre compte de la perte des clefs au moment de fermer le bureau, ou en disant que si Mark a bien préparé son coup, il a sans doute pris des piles neuves), mais ce n’est pas vraiment ça le souci. Ce n’est pas non plus le fait « d’utiliser le hasard » en soi : dans la vie, le hasard est présent partout, et ce n’est pas si choquant qu’on le retrouve aussi dans nos histoires. Le problème n’est pas non plus une question de « flemme de l’auteur ». Non.

Le problème est purement dramaturgique, lié à la gestion des obstacles.

Souviens-toi, un bon obstacle :
– doit être un « vrai » obstacle, créer un réel problème pour le personnage afin de mettre sa motivation à l’épreuve et augmenter la tension du récit ;
– doit être résolu par le personnage lui-même, afin de renforcer l’attachement et de rendre le héros actif et moteur de l’histoire.

La différence entre nos deux hasards décrits plus haut se situe précisément :

1) quand l’employé oublie ses clefs et doit revenir au bureau, ce hasard crée un vrai obstacle et cela renforce la tension. Ce hasard fonctionne !

2) mais quand la lampe vacille et s’éteint, ce hasard résout le problème à la place du héros. Ce dernier n’a aucun mérite à vaincre l’obstacle et n’est pas valorisé auprès du lecteur.

Ce principe vaut pour tous les hasards de ton histoire, y compris pour des hasards vraiment identiques dans la forme : une arme qui s’enraye, ça marche si c’est le pistolet que le héros pointe vers son ennemi ; si c’est l’arme de l’ennemi qui s’enraye alors que le héros s’apprête à être abattu, cela désamorce la tension et dégonfle la scène.

Un B-A-BA de la dramaturgie

Dans la plupart des histoires, le personnage est confronté à des obstacles qu’il doit résoudre pour avancer. D’une façon générale, toute tactique visant à lui créer des obstacles est utile à l’auteur, y compris celle – qu’on pourrait juger déloyale – de faire appel au hasard. En revanche, l’auteur a tout intérêt à ce que son héros franchisse les obstacles en personne, aussi souvent que possible. Et dans ce cadre précis, lui filer « un coup de pouce du destin » de temps en temps est un mauvais calcul.

Donc, si tu fais partie de ces auteurs surprotecteurs avec leurs personnages, tiens-le toi pour dit : tu peux utiliser le hasard de temps en temps pour leur créer des problèmes ; mais laisse-les cogiter et se débrouiller par eux-mêmes pour s’en sortir. Tout obstacle franchi doit être le résultat d’un effort, d’une réflexion, d’une action, et non d’un coup de bol. À chaque fois que la chance s’en mêle pour aider ton héros, cela dessert la force de ton récit. Sur un élément anodin, cet affaiblissement est limité. Mais si en plus cette chance intervient dans un moment important du récit (par exemple pendant le climax) cela peut complètement détruire ton histoire.

Identification et attachement

Dans la vie, bien rares sont les gens à estimer qu’ils ont de la chance. Nous avons tous tendance à ne voir que le côté négatif des choses : tu t’es encore retrouvé(e) à la seule caisse du supermarché qui n’avançait pas ; il y a des bouchons sur la route justement aujourd’hui que tu as une réunion importante au bureau à 8h ; tu n’oublies JAMAIS ton téléphone d’habitude, mais aujourd’hui que tu attends un appel important tu l’as laissé chez toi.

En conséquence, la malchance du héros :

1) a moins tendance à être considérée comme artificielle, et a plus tendance à passer pour normale (la chance, c’est toujours pour les autres) ;

2) renforce l’attachement du lecteur par solidarité face à l’injustice du destin (alors que le lecteur aura plus facilement une attitude de recul un peu incrédule et/ou jaloux face à un coup de bol manifeste).

Rappel : je parle aussi de ces sujets dans mes articles sur la pitié et sur la technique des bonbons/épinards.

Préparer ses coups de chance

Si tu souhaites que ton personnage ait un peu de chance, le meilleur moyen de le favoriser est de faire en sorte que le personnage « provoque sa chance » : d’une manière générale, il est toujours plus efficace qu’un coup de pouce intervienne sur un pari tenté par le personnage, plutôt qu’il tombe du ciel venu de nulle part.

Exemple : alors qu’il est traqué par l’ennemi, un agent secret force son adversaire à faire un détour par des marais humides, et espère que cela dégradera son matériel. Si dans une scène d’action ultérieure l’arme de l’ennemi s’enraye, ce « coup de chance » sera mis au crédit du personnage : oui, c’est toujours de la chance, mais le héros l’a provoquée et l’enrayement découle d’une astuce de sa part.

Dans L’Empire Contre-Attaque, alors que le Faucon Millenium est traqué par les vaisseaux de l’Empire, des astéroïdes détruisent un à un les chasseurs ennemis. Mais à aucun moment ce n’est considéré par le spectateur comme « de la chance » : c’est la conséquence d’un risque pris par Han Solo, qui est entré volontairement dans la zone dangereuse et use de son talent de pilote pour s’en sortir.

Le fait qu’il aille se poser un peu plus tard dans une grotte qui se révèle être la gueule d’un énorme monstre, c’est un gros coup de malchance, mais le spectateur s’en fiche : cela crée un vrai problème alors que les héros se pensent au calme, cela relance la tension et provoque une scène spectaculaire.

***

Donc, pour résumer : le hasard, tu peux t’en servir pour mettre tes personnages dans la panade, pas de souci. Mais évite de faire appel à lui pour les en tirer.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« Ce qui serait un gros coup de bol pour les lecteurs de ce blog, ce serait qu’il oublie de faire la conclusion.
Hum… nan, ce serait trop gros. Trop facile. »

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Réparer un blocage d’écriture

« Ah ? Merde, ça n’avance plus.
— Oh non, tu me refais encore le coup de la panne ? »


Tu as sans doute entendu parler (ou vécu toi-même) un blocage d’écriture. En anglais, on parle de writer’s block, étrangement traduit chez nous par syndrome (ou angoisse) de la page blanche. C’est assez révélateur de l’état d’esprit français que d’en faire une maladie : laisse-moi te donner mon avis là-dessus.

Cas N°1

Il peut arriver de se sentir bloqué entre deux projets, entre deux textes : peut-être que le précédent a eu un tel succès qu’il te met la pression ; peut-être qu’il a été si critiqué que tu n’as plus confiance en toi. Bref : rien de ce que tu écris ne te plaît, et tu n’arrives plus à aligner le moindre mot. Ce cas est traité de multiples fois sur le web (par exemple sur le blog Le Fictiologue de Julien Hirt). Personnellement, je classe ça avec le syndrome de l’imposteur, il s’agit d’un manque de confiance, et je pense qu’il mérite son nom français un peu médical : ce n’est que dans ta tête.

Je pense pourtant que ce n’est pas le blocage le plus fréquent.

Cas N°2

Le plus souvent, le blocage intervient en cours d’écriture, en plein milieu d’un récit… et je pense qu’on va un peu vite en besogne à fusionner ces deux problématiques. Ici, le souci, c’est surtout que l’ego et le narcissisme de l’auteur l’incitent à considérer que le problème vient de sa petite personne, alors que généralement… il vient du texte.

Le coup de la panne

Imagine : tu fais du vélo sur une petite route de campagne isolée, et ton vélo cesse soudain d’avancer. Tu as deux solutions : soit tu considères que le problème vient de toi, et alors tu t’assoies sur le bas-côté en te lamentant (« je suis nul comme cycliste, je ne vaux rien, je n’ai même pas parcouru dix bornes que je m’arrête déjà, j’abandonne le vélo ! »), soit tu considères que le problème vient du vélo et tu l’étudies pour trouver le souci.

Moi aussi, il m’arrive d’être bloqué dans un texte. Oui c’est embêtant, mais je n’en fais pas un drame, ça fait partie du métier : si je suis bloqué, c’est qu’il y a un souci dans mon histoire, un grain de sable dans un rouage. L’objectif devient de découvrir lequel. Heureusement, j’ai ma boîte à outils d’auteur ! Il est temps d’établir un diagnostic, de reprendre le B-A-BA de la dramaturgie, et d’observer l’histoire avec un peu de recul :

– les motivations du personnage sont-elles claires ?
– les enjeux (ce qu’il se passera s’il échoue) le sont-ils aussi ?
– le personnage est-il bien actif, et non passif ? (subit-il l’histoire, ou en est-il le moteur ?)
– les obstacles sur son chemin sont-ils réels ? Est-ce bien lui qui les surmonte ?
– y a-t-il relations de causes à effets dans le développement de l’intrigue ?
– le thème est-il clair dans mon esprit ? Si oui, mon personnage est-il bien lié au thème ? Et mon adversaire ? Et mon univers ? Et le cœur de mon intrigue ?
etc.

J’ai dédié un article à ces questions : 10 questions à se poser quand on bloque sur l’écriture d’une scène

Force-toi à répondre à ces questions à l’écrit et à justifier tes réponses (à l’oral, il est trop facile de se duper soi-même). 9 fois sur 10, ces interrogations de base permettent d’identifier le blocage en un rien de temps (les plus gros défauts des manuscrits sont toujours les mêmes). Et une fois qu’on a trouvé ce qui cloche, crois-moi, ce qu’il faut corriger saute aux yeux, les idées fusent toutes seules, et l’envie d’écrire revient en un clin d’œil avec ce sentiment de fierté propre à celui qui a réparé seul son vélo et reprend la route avec le sourire.

Donc si tu es bloqué, avant de te flageller et de te traiter d’auteur médiocre, relève un peu le nez de ton nombril, et cherche plutôt le coupable dans ton texte : ce n’est pas toi qui est en panne, c’est ton histoire. Et la réparer pour qu’elle fonctionne à nouveau… c’est juste ton job.

M’enfin, ce n’est que mon avis…


« Alors ?
— Trois fois rien, juste mon protagoniste qui avait déraillé… »

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Règles Pixar [2] – Un livre intéressant, mais pour qui ?

Keep in mind what’s interesting to an audience, not what’s fun to do as a writer. They can be very different.
Garde à l’esprit ce qui est intéressant pour le public, pas ce qui est fun à faire en tant qu’auteur. Cela peut être très différent.


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Je dis souvent qu’une activité artistique doit avant tout être un plaisir, et j’aime entendre un écrivain dire qu’il s’éclate à rédiger son roman en cours. Seulement voilà…

Cette règle Pixar met en garde les auteurs contre une vérité toute simple : ce qui est amusant à imaginer/concevoir/écrire pour l’auteur n’est pas forcément ce qui intéressera/divertira/questionnera le lecteur.

Risque 1 : le sujet

L’inspiration ou l’envie d’écrire une histoire peut provenir d’un fait réel, d’une anecdote ou d’un témoignage ; d’une passion de l’auteur pour quelque chose ; d’un lieu qu’il affectionne en particulier. Hélas, il n’y a rien de plus faux que de penser que, parce que tu adores un sujet, tes lecteurs le trouveront aussi passionnant que toi. Il est alors facile de tomber dans le péché d’orgueil, et d’assommer le lecteur avec des passages que tu auras pris un pied terrible à écrire. Mieux vaut appliquer les conseils de Stephen King : ta passion et tes travaux de recherche ne doivent servir que de contexte à ton histoire, et c’est à ton histoire de focaliser l’intérêt du lecteur ; pas l’inverse.

Ex : dans un roman historique, l’Histoire (avec un grand H) doit servir de contexte à l’intrigue et aux personnages. Mais il faut que le récit possède un vrai intérêt, et ne soit pas qu’un prétexte de l’auteur pour faire étalage de ses connaissances universitaires.

Risque 2 : le défi technique

Un auteur peut être amateur de technique, et se lancer des défis très intéressants en termes d’exercices de style : employer une narration à la seconde personne du singulier, s’imposer un champ lexical particulier, changer de personnage de point de vue à chaque chapitre, créer une structure narrative complexe, etc. Tout peut avoir un intérêt, mais la question à garder en tête est : « un intérêt pour qui ? ». Si cela sert l’histoire ou l’ambiance, et a pour objectif d’avoir un impact particulier sur le lecteur, c’est parfait. Si c’est juste parce que l’auteur trouve cela intéressant à faire, la prudence est de mise. C’est quelque chose que j’ai souvent pu constater en bêta-lecture de confrères : hélas, ce sont les parties dont l’auteur a le plus de mal à se séparer, car il en est fier ; le lecteur, lui, reste de marbre devant un exploit technique dont il ne comprend pas l’intérêt… ou qu’il ne perçoit même pas.

Ex : cela me rappelle La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. Si vous regardez les notes des lecteurs sur une librairie en ligne, vous constaterez que ce chef d’œuvre de fantasy recueille de nombreux commentaires à 1 étoile. Sa narration éclatée sur plus de 20 protagonistes, les expériences littéraires de l’auteur, son vocabulaire : ce livre est un tour de force incroyable. Et pourtant je ne le conseillerai pas à n’importe qui : pour beaucoup de monde, il est juste illisible.

Risque 3 : le mystère

Tu te souviens de mon article sur le mystère et la gestion du suspens ? Je t’y expliquais en substance que le plaisir de celui qui pose une énigme n’est pas le même que celui qui en cherche la solution. L’auteur jubile en bâtissant son récit sur un mystère : cela l’amuse de caser des indices ou sous-entendus, qui ont un sens pour lui, mais qui seront anodins pour le lecteur (à moins d’une hypothétique seconde lecture). L’auteur se pense très malin mais ne réalise pas que, de l’autre côté du miroir, l’expérience de son lecteur est bien moins fun que la sienne.

Ex : dans Le ver à soie de Robert Galbraith (alias JK Rowling), l’auteur nous exclut de la tête de son personnage au trois-quarts du récit : le héros découvre l’identité de l’assassin, mais l’auteur souhaite continuer à nous la cacher, à nous lecteurs. Le personnage sait, nous non. Nous sommes soudain coupés de l’histoire : l’auteur situe tout l’intérêt de son récit dans le secret (l’identité du coupable) alors que ce qui est passionnant pour nous lecteurs est le cheminement de pensée du héros. Très frustrant.

[Tu as d’autres idées de risques à éviter concernant le grand écart entre intérêt de l’auteur / intérêt du lecteur ? Parles-en en commentaires !]

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L’écriture : une passion de partage et non d’égoïsme

Certains auteurs prétendent écrire uniquement pour eux-mêmes. Ils en ont le droit. Peut-être même est-ce un devoir, en tant qu’écrivain, de se satisfaire d’abord soi-même. Mais un auteur ne peut se plaindre d’un désintérêt des gens si lui-même ne s’intéresse pas – au moins un peu – à eux : un texte rédigé, couché sur le papier, a un destinataire. Si tu comptes être lu, et si tu espères qu’un lecteur parcoure tes mots jusqu’au point final, écris d’abord pour toi, ne te gêne pas, fais-toi plaisir… mais ne perd pas SON intérêt de vue.

M’enfin, ce n’est que mon avis.



« Et nos conclusions ?
— Oh pas d’inquiétude, elles, elles ne sont intéressantes pour personne… »

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