4 pages pour une narration : étudier les narrations par l’exemple

« Je me demande bien comment font les autres.
Eh bien… il suffit de regarder, non ? »


Depuis longtemps, j’aborde sur ce blog des questions récurrentes qui tournent autour de la narration : quels sont les différents types de narration ? Comment choisir la plus adaptée à un projet de texte ? Quels sont les pièges de chaque narration ? Comment tenir une narration sur la durée sans s’en écarter ? Etc.

J’ai toujours essayé d’illustrer ces articles d’exemples, mais rien ne vaut l’étude d’autres auteurs pour mieux comprendre ce principe de « choix de narration », pour apprécier les différences de rendus, les avantages et les inconvénients. Et puis… c’est toujours mieux de le faire sur des extraits un peu plus consistants que quelques lignes.

Ainsi, dans chaque article de cette rubrique « 4 pages pour une narration », je te propose de découvrir les quatre premières pages d’un roman. L’objectif est de lire cet extrait en te focalisant sur un unique axe de réflexion : la narration utilisée.

  • quelle est la narration que l’auteur emploie ?
  • comment s’y prend-t-il, concrètement ?
  • et (s’il est possible de le deviner) pourquoi a-t-il choisi cette narration plutôt qu’une autre ? Quels sont les avantages que cela lui procure et comment en tire-t-il parti ? Comment contourne-t-il les difficultés ou pièges inhérents à cette narration ?

Je te donnerai à chaque fois mon avis sur la question (et comme d’habitude ça ne sera « que mon avis », blablabla). Nous en discuterons tous ensemble en commentaires. Lorsqu’il s’agira de romans que j’ai lus dans leur intégralité, j’aurai sans doute des compléments à apporter ou des éclairages à faire.

En ce qui te concerne, cela te donnera peut-être l’habitude de lire avec cette question en tête, afin de mieux comprendre les rouages de la narration chez les autres et – ainsi – dans tes propres écrits.

Articles de la rubrique [4 pages pour une narration] :
Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski
Les Chevaliers du Tintamarre, de Raphaël Bardas
Fils-des-Brumes, de Brandon Sanderson
Wyld, de Nicholas Eames
L’Assassin Royal, de Robin Hobb
– Les Aventuriers de la Mer, de Robin Hobb (à paraître)

***

Et toi, que t’évoquent ces extraits et leurs narrations ? Qu’as-tu à dire sur ces passages ?
Discutons-en en commentaires !


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Choisir ses conseils d’écriture

« On parie combien qu’il va dire que les siens sont meilleurs que les autres ?
— C’est couru d’avance… »


Dès qu’on parle « conseils d’écriture », cela a tendance à déclencher des discussions houleuses sur les réseaux sociaux. D’un côté, les auteurs plus ou moins novices sont en quête d’avis ou de méthodes ; d’un autre, tout un pan d’artistes s’offusquent qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire et comment ils doivent le faire. En conséquence, on est en droit de se poser la question : y a-t-il de « bons » et de « mauvais » conseils d’écriture ? Quel genre de conseils rechercher lorsqu’on est auteur ? Lesquels vaudrait-il mieux éviter ?

Réflexion.

Deux sortes de conseils

À ma droite, les amateurs de méthodes qui t’expliquent comment tu dois écrire ton livre. À ma gauche, ceux qui répètent à l’envi que chaque auteur est différent et doit faire comme il l’entend sans contrainte. Et au milieu, probablement toi qui lis en ce moment ce blog de conseils d’écriture, et moi qui tiens ledit blog.

Je pense que les deux camps ont raison, mais qu’ils parlent en fait de deux choses très différentes, raison principale pour laquelle ils sont irréconciliables. Pour y voir plus clair, je te propose de différencier deux types de conseils d’écriture :

– ceux qui s’intéressent à l’auteur et à son « process » d’écriture ;
– ceux qui s’intéressent aux textes et aux mécanismes des histoires.

Process d’écriture

Voici quelques exemples de sujets que je vois revenir régulièrement sur les réseaux sociaux et les blogs : faut-il écrire tous les jours ? Faut-il faire un plan avant d’écrire (auteurs architecte vs jardinier) ? Faut-il faire des fiches de personnages et si oui que mettre dedans ? Faut-il laisser reposer un texte avant réécriture ? Comment procéder à une bêta-lecture ? Dans quel ordre traiter ses corrections ? Écrire son premier jet d’un trait ou corriger au fur et à mesure ? Écrire le matin ou le soir ? Avec de la musique ou en silence ? Sur papier ou sur ordinateur ? Sur un traitement de texte ou un logiciel spécialisé ? Etc.

Ce sont ce que j’appelle des réflexions sur le « process » d’écriture, c’est-à-dire « comment un auteur s’y prend au quotidien pour écrire un livre ». J’ai commis moi-même quelques articles de ce genre (mea culpa), mais je pense aujourd’hui que ce sont les conseils d’écriture dont tu devrais te méfier le plus. Non pas que ces sujets soient inintéressants, mais la conclusion est toujours la même : il n’y a pas de vérité, pas de bonne ou de mauvaise façon de faire. J’irais même jusqu’à dire que nous devrions nous comporter avec nos livres comme des illusionnistes avec leurs tours : nos pratiques, toutes personnelles, devraient rester derrière le rideau. On n’a pas besoin de savoir ce que tu fais, tout seul avec ton clavier ou tes stylos.

Il existe autant de façons d’écrire que d’auteurs et de nombreux chefs-d’oeuvre ont été créés de façons complètement différentes. Alors oui, si tu débutes et que tu te sens perdu(e), tu peux toujours te renseigner pour savoir comment font les autres… mais la vérité vraie, c’est que ce n’est pas parce que ça marche pour eux que ça marchera pour toi ; et que ce n’est pas parce que tu fais différemment que ça ne marchera pas. Autrement dit, à part te complexer et attiser ton syndrome de l’imposteur, ces conseils ne te serviront pas à grand chose et sont plus dangereux qu’utiles.

Mécanismes d’histoires

Mais il existe d’autres types de conseils d’écriture, qui abordent des sujets liés à la narration et la dramaturgie d’une part (objectifs des personnages, obstacles, enjeux, rythme, construction des personnages), et à la technique d’écriture elle-même d’autre part (gestion des points de vue, temps de narration, grammaire et orthographe, typographie).

Ici, il s’agit de sujets d’études qui se concentrent – non pas sur l’auteur – mais sur le texte. J’ai envie de dire que ce ne sont même pas des « conseils » : ce sont des outils, fruits de siècles d’étude de la littérature. Ce sont – à mon avis – des éléments bien plus pertinents pour t’aider dans ta pratique, puisqu’ils t’aident à comprendre comment elle fonctionne.

Alors bien sûr, tous ces sujets ne comportent pas de vérités universelles : s’il n’existe qu’une orthographe française (quoique ;)) certains théoriciens de la dramaturgie sont parfois en désaccord. D’un genre à l’autre, les pratiques varient. De même, les cultures ont beaucoup d’impact sur la façon de narrer les histoires, et un bon récit en France est différent d’un bon récit au Japon. Pourtant, lorsqu’on s’y intéresse, on distingue des principes fondamentaux récurrents, des liens logiques entre la façon d’écrire et l’impact sur le lecteur, des relations causes/conséquences. Apprendre tout cela te fournit un bagage de base qui me paraît indispensable à la compréhension de ce qu’est un bon texte et à l’analyse des romans que tu lis. Je n’ai jamais regretté la lecture d’un ouvrage technique concernant l’écriture, et j’y ai toujours appris quelque chose d’utile.

Des auteurs narcissiques ?

J’ai déjà laissé transpirer ce point de vue dans mon article sur les blocages d’écriture : je pense qu’on gagnerait à lever un peu le nez de nos nombrils. Au lieu d’être obnubilés par « qu’est-ce qui fait de nous un (bon) auteur » nous devrions surtout nous intéresser à « qu’est-ce qui fait qu’un texte fonctionne ». Cela devrait être notre seule et unique préoccupation.

Si tant d’auteurs se considèrent comme des imposteurs, c’est parce qu’ils sont persuadés de ne pas s’y prendre « comme il faut », de ne pas procéder « comme de vrais auteurs ». Mais il n’existe pas de « charte du bon auteur », et on se moque bien de savoir comment tu t’organises au quotidien pour écrire tes livres.

En revanche il existe des livres qui marchent et d’autres qui ne marchent pas (parfois même cohabitent-ils dans la bibliographie d’un même auteur). Apprendre la partie technique de l’écriture, la base du fonctionnement des histoires, te permet de travailler à produire de bons textes.

Bien avant l’argent et la gloire, c’est notre objectif, n’est-ce pas ?

***

Quel que soit l’Art concerné, il existe deux étapes fondamentales à la création d’une bonne oeuvre :

  • avoir de bonnes idées, de l’imagination et de la créativité : cela, personne ne peut te l’enseigner et il n’existe aucune méthode universelle ;
  • en réussir la mise en oeuvre : même si certains en rejettent l’idée, il y a bel et bien un volet technique à l’apprentissage de l’écriture, comme dans tous les arts et artisanats. Et cela, ça s’apprend (et nonla technique ne bride pas la créativité, c’est même tout le contraire).

Donc mon conseil est de sélectionner les ouvrages ou articles que tu lis sur l’écriture : tu peux te passer de ceux qui t’expliquent comment te comporter en tant qu’auteur (par exemple, l’article que tu es présentement en train de lire ;))

Les seuls bons conseils d’écriture sont ceux qui te parlent effectivement d’écriture.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« Tu crois qu’il écrit ses articles le matin ou l’après-midi ? Directement sur WordPress ou d’abord sur un cahier à spirales ? D’un trait ou en plusieurs fois ? Avec ou sans chaussettes ?
— On. S’en. Tape. »


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[SCRIBBLOG] Six Questions de Style sur Lesquelles s’Écharpent les Écrivains

[Que sont les articles du Scribblog ? C’est expliqué ICI]

Nouvelle adaptation française d’un article Mythcreants posté sur le blog de la plateforme Scribbook : cela faisait longtemps que je voulais reparler de style ici, alors j’ai sauté sur l’occasion pour adapter en français ce parfait condensé de Chris Winkle. Six sujets de style dont tout le monde parle sans arrêt et sur lesquels personne n’est d’accord !

(Teaser : on reparlera style dans un prochain post Scribblog d’ici un mois ou deux !)

scribbook-blog-six-questions-de-style

Peut-être cela va-t-il vous étonner, mais les écrivains ne sont pas toujours d’accord entre eux. Quand le sujet de discorde concerne une question technique liée au style, cela peut être assez déroutant pour l’auteur novice. La plupart des débutants veulent juste écrire une prose respectable… mais comment savoir ce qu’est une prose respectable quand chacun s’écharpe sur le sujet ? Passons en revue six questions, et je vous donnerai ce que je pense être des réponses à peu près sûres.

[Lire la suite >>>]

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Planifier son roman avant de l’écrire… ou pas ?

« Tu vois, cet article, je l’avais anticipé.
— Moi non ! »


Planifier ses écrits, ou se lancer à l’instinct ? Sujet récurrent sur les forums ou les MOOC d’écriture. L’auteur de fantasy GRR Martin pense que, à chaque extrémité du spectre des romanciers, il existe deux sortes d’auteurs.

« En simplifiant, il y a les architectes et les jardiniers. Les architectes créent des plans avant même d’enfoncer le premier clou, ils conçoivent toute la maison : l’emplacement des tuyaux et le nombre de chambres, la hauteur du toit. Ils ont tout prévu, contrairement aux jardiniers, lesquels estiment qu’il suffit de creuser un trou et semer la graine pour voir ce qui arrive. »

GRR Martin

Il existe de grands auteurs de chaque sorte : Martin se définit lui-même comme architecte. Ursula Le Guin, une autre référence en littérature de l’imaginaire, est une jardinière assumée.

Étant un pur architecte, j’ai demandé l’aide d’une vraie jardinière : Leslie Héliade est l’auteur de La vie ailleurs, bestseller indé régulièrement en tête des ventes Amazon depuis un an. Professeur de français, elle est pour moi un binôme, une partenaire régulière de travail : elle m’aide à épurer mon style, je l’aide à structurer ses histoires. Elle a accepté de participer à cet article un peu particulier, sous forme d’interview croisé.

Est-ce que tu fais un plan de ton récit avant de l’écrire ?

Leslie : Absolument pas ! En général je regarde par la fenêtre le temps qu’il fait et je commence à écrire sur ce qu’il me passe par la tête. Au bout d’un moment, lorsque je vois que le texte prend une direction ou une autre, j’essaie de donner de la cohérence. Cela passe par un énorme travail de réécriture. J’écris très vite (heureusement !) et je suis capable de taper une vingtaine de page en une journée. La conséquence, c’est que j’écris autant que je supprime… sans parler de tout le travail de relecture où je me rends compte que mon héros blond est devenu châtain au milieu du bouquin. Toi, par contre, je crois que tu fais des plans…

Stéphane : Oui, toujours ! Je travaille un récit pendant des jours, des semaines, des mois avant d’en rédiger la première ligne. Je définis un thème, esquisse des personnages, cherche comment l’histoire doit démarrer et comment elle doit finir. Peu à peu j’affine, applique des méthodes de dramaturgie pour étoffer et construire mon intrigue. J’obtiens au final un séquencier, scène par scène. Je ne me lance dans l’écriture qu’à ce moment-là. Je le fais par fainéantise : au stade préparatoire, mon histoire change 36 fois, je la tords dans tous les sens. Si je devais réécrire à chaque fois, je me découragerais. Je n’écris que quand mon scénario sonne juste dans ma tête, contrairement à toi… ce qui m’inspire la question suivante :

As-tu déjà essayé d’écrire un roman avec la méthode opposée ? Qu’est-ce que ça a donné ?

Leslie : J’ai essayé de planifier, un grand nombre de fois… et le résultat a toujours été le même : le livre prend une direction tout autre que celle à laquelle j’ai pensé au départ ! J’en viens à penser qu’il ne sert à rien que je fasse des plans. Cela dit, lorsque mon travail est suffisamment avancé et que je vois où ma muse m’emmène, j’essaie de donner de la cohérence, donc de faire un plan. Et c’est là que je sais si le projet est viable ou non. Et toi, tu as déjà essayé la méthode « jardinier » ?

Stéphane : Pendant des années, j’ai tenu un blog fictionnel où j’écrivais chaque semaine en improvisation. Ce que j’ai appris de cette époque, c’était que 1) mes textes étaient bien meilleurs quand ils étaient préparés ; 2) je ne les « regrettais » jamais. Les textes improvisés, eux, étaient parfois extra… mais souvent anodins, clichés ou mal traités. J’avais envie de les reprendre à posteriori, j’en ai même supprimé certains. En bref, c’était très inégal. Je suis revenu à des pratiques plus méthodiques, afin de produire moins de déchets. Je suppose que ce n’est qu’une façon de voir ! Du coup, je voulais te demander, d’après toi…

Quels sont les points forts de ta façon de faire ? Ses points faibles ? Qu’est-ce qui te donne parfois envie dans la façon de faire opposée ?

Leslie : Franchement ? Je ne vois pas ce qu’il y a de positif dans le fait d’être viscéralement incapable de suivre un plan… C’est à croire que par esprit de contradiction mon cerveau refuse de s’y plier ! J’ai l’impression d’avoir une façon de faire « artiste » comme un peintre qui commence un tableau sans savoir ce qu’il dessinera derrière la maison au premier plan. L’avantage, c’est que je suis à l’aise avec les mots et que j’écris vite. Ce qui me fait envie dans la façon de faire opposée, c’est que c’est rassurant. Je pense que j’aurais moins l’impression de perdre mon temps à écrire des pages que je vais supprimer. Mais de toute façon, j’en suis incapable et ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Je suis curieuse de savoir ce que tu vas répondre à cette question : qu’est-ce qui te fait envie, dans la façon de faire des jardiniers ?

Stéphane : Je suis comme tous les auteurs : quand j’ai une idée, j’ai très vite envie d’écrire ! J’aimerais être capable de me lancer directement dans l’écriture tête baissée, tout en obtenant un résultat satisfaisant à la fin. Certains y arrivent, et je trouve ça magique. Quelquefois je t’envie. Chez moi ça ne marche pas. L’inspiration, ça va, ça vient, ça vous embarque à droite, à gauche. Planifier m’assure que toutes les composantes (univers, personnages, intrigues) vont bien dans le même sens. C’est un fil d’Ariane. Cela rend les modifications et les nouvelles idées plus faciles à gérer, car j’ai une vue d’ensemble du projet. Problème : en plus d’être chronophage, cela exige de gérer la frustration et l’envie d’écrire. Scénariser un roman de 500 pages, cela me demande deux à trois mois, sans que je m’autorise à « écrire » au sens littéraire du terme. C’est difficile, mais à chaque fois que j’ai cédé à l’impatience, je l’ai regretté : j’ai perdu beaucoup de temps, et jeté des kilomètres de manuscrits à la poubelle.

Leslie : C’est intéressant ! Finalement on cherche tous les deux à éliminer nos « déchets littéraire ». Mais toi tu le fais en amont, et moi je le fais en aval !

Stéphane : Exactement ! Je dis souvent que jardiniers et architectes font le même boulot, mais pas dans le même ordre. En conclusion, comparons donc nos façons de faire :

Peux-tu nous lister tes étapes de travail ?

Leslie : En résumé : j’écris, je supprime en alternance et je fais des va-et-vient entre mon texte en évolution et une ébauche de plan qui se modifie au fur et à mesure de l’avancée du projet. Maintenant, si tu veux les détails…

1) J’ai une idée vague sur laquelle je commence à écrire et supprimer des pages. (Oui, c’est mon truc, ça : la poubelle est ravie… Heureusement que je travaille sur ordinateur, c’est plus écolo !)

2) Quand j’arrive à cinquante pages environ, je prends du recul et je rédige un synopsis temporaire. Parfois je supprime mes cinquante pages, parfois je les laisse. Ensuite, j’écris en suivant à peu près le synopsis et au fur et à mesure je le modifie pour coller davantage à mon texte. À ce stade, je peux dire si le projet verra le jour ou non. Nombreux sont ceux que j’ai avortés.

3) Lorsque j’ai achevé mon premier jet (disons entre 60 et 100 pages), je fais une pause de quelques semaines pendant laquelle je me documente ou je travaille sur d’autres projets parallèles.

4) Ensuite commence la première phase de réécriture. Le texte va subir de nombreuses modifications, en profondeur. Parfois, ce seront des chapitres entiers qui seront réécrits ou supprimés…

5) Lorsque j’arrive à une première version satisfaisante, j’envoie en bêta-lecture. Ensuite, c’est une phase de correction/relecture qui commence et je fais encore de très nombreuses modifications selon les retours que j’ai.

Stéphane : De mon côté c’est quasi-militaire comme approche.

1) Travaux préparatoires. Je pose par écrit mes motivations pour le projet, le thème que je veux aborder, mes idées de personnages. J’imagine un ou deux débuts possibles, cerne quelle devra être ma fin si je veux que mon histoire ait un sens. Je liste d’éventuels sujets sur lesquels me renseigner. À cette étape-là, ça a besoin de mûrir, et ça peut durer longtemps.

2) Scénarisation. Je bosse beaucoup les premiers chapitres (exposition) et les derniers (climax). À cette étape, je chamboule souvent tout d’un jour sur l’autre. C’est « ma » vraie phase créative.

3) Personnages. Je créé des fiches de personnages pour les protagonistes principaux. Je peaufine en parallèle le scénario jusqu’à arriver à un séquencier propre : une liste des scènes, résumées en quelques mots ou lignes.

4) Écriture. Je rédige l’histoire.

5) Réécriture. J’étudie mon premier jet en termes de structure/rythme, puis je fais une grosse passe sur la forme (orthographe/fluidité).

6) Bêta-lecture. J’envoie le texte à mes relecteurs. Je m’impose de mettre le texte de côté en attendant tous les retours.

7) Analyse des retours et réécriture. Retouches et modifications sur le fond d’abord (structure, révélations, cohérences, etc.) puis sur la forme. Après une ultime relecture de ma correctrice, c’est prêt pour publication.

Et si nous résumions dans un tableau ?

Leslie Stéphane
Premier jet – partie 1 Réflexion, étude du thème
Synopsis et réorganisation Scénarisation / personnages
Premier jet – partie 2 Premier jet
Réécriture Réécriture
Bêta-lecture Bêta-lecture
Réécriture et corrections Réécriture et corrections

Leslie : Curieusement, nous fonctionnons pareil dans notre gestion des réécritures !

Stéphane : Après tout, cela me semble normal : c’est la phase créative qui varie. Toi tu as besoin d’écrire pour bâtir ton récit, moi j’ai besoin de bâtir mon récit pour écrire.

Bon, au final, que faut-il faire ? Planifier son roman ou pas ?

Leslie : Ça, ça dépend ! La seule chose à faire, à mon avis, c’est écrire. On sait immédiatement si on va planifier ou non. Tu as dû t’en rendre compte au lycée… Est-ce que tu faisais des plans avant de rédiger tes commentaires composés ?  Je suis sûre que oui. Moi, non… enfin, si, mais je ne les suivais pas !

Stéphane : À chaque auteur de se poser la question, et de trouver sa réponse. On ne peut pas donner son plein potentiel sans procéder comme on le doit. Architecte et Jardinier ne sont pas vraiment des « méthodes », ce sont des natures. Il n’y a ni mérite particulier ni honte à bosser d’une manière ou d’une autre, tant que le bouquin est bon. Si un débutant ne sait pas comment procéder, mon conseil, c’est de lire des articles, témoignages ou livres sur l’écriture et de voir lesquels lui « parlent ». C’est en lisant des méthodistes comme Truby que j’ai compris quel auteur j’étais : ses arguments me semblaient évidents et limpides. Je me suis dit : « oui, c’est ça, il faut que je bosse de cette façon ». À chacun de trouver sa « voie du stylo ».

M’enfin, ce ne sont que nos avis !


« Alors, tu es plus Leslie ou plus Stéphane ?
— Moi ? Je m’en fous, je n’écris pas. »