[SCRIBBLOG] LA chose qui manque à la plupart des manuscrits

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Nouvelle adaptation française d’un article Mythcreants posté sur le blog de la plateforme Scribbook : ce post à l’intitulé provocateur a été un régal pour moi à vous préparer. Je l’affirme souvent moi-même, mais ça a tellement plus de poids quand ça vient d’une professionnelle du monde de l’édition comme Chris Winkle…

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D’accord, je l’admets volontiers, mon titre donne dans le sensationnel, mais on ne pourra jamais accorder trop d’attention à ce sujet. Lorsque nous sommes mandatés en tant qu’éditeur (MythCreants délivre des services dans le domaine de l’édition), 95% des manuscrits que nous étudions nécessitent un gros travail dans ce domaine. Avant même que nous y jetions un œil, la plupart des auteurs ont passé un nombre incalculable d’heures – des centaines dans le cas de romans – à écrire dans la mauvaise direction. Nous corrigeons leur trajectoire afin qu’ils obtiennent de meilleurs résultats plus rapidement, mais en général cela demande une révision majeure de leurs textes.

Quel est le problème ? La plupart des écrivains ne comprennent pas de quoi parle leur histoire.

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Magie : Les Trois Lois de Brandon Sanderson (1/3)

Un auteur en littérature de l’imaginaire est plus qu’un écrivain : il est aussi créateur d’univers ; il imagine des mondes, dans lesquels le surnaturel et la magie ont souvent une place de choix. Mais comment créer une bonne magie pour son roman ? Nombreux sont les auteurs à avoir réfléchi à la question. Comme je suis un auteur que je qualifierai de « scolaire », j’ai cherché à avoir le point de vue des plus éminents d’entre eux. Cela m’a amené à étudier l’avis de l’auteur de fantasy le plus célèbre pour ses systèmes de magie : Brandon Sanderson. Ce dernier a rédigé trois essais, correspondant à trois « lois » qu’il essaie de suivre quand il créé ses magies. Comme il s’agit des éléments les plus pertinents et les plus intelligents que j’ai pu lire sur la question, je vous propose de les passer en revue. En fin d’article, je vous mets à disposition le lien vers l’essai original de Sanderson (en anglais, donc) ainsi qu’une adaptation française de mon cru en fichier pdf téléchargeable.

La Première Loi

La première loi m’a fasciné, car elle résout d’emblée le problème le plus épineux lorsqu’on parle de créer un système de magie. De nombreux blogs, livres ou articles encouragent les auteurs à créer tout un tas de choses compliquées pour avoir une magie qui tienne la route : expliquer la source de la magie, définir les règles d’usage, les durées des sorts, etc. Or, si plusieurs livres à succès contiennent en effet des systèmes de magies complexes et robustes, d’autres tout aussi bons nous dépeignent des magies bien floues aux règles imprécises. Alors, en tant qu’auteur, est-on obligé de définir tout un tas de règles pour sa magie, ou pas ?

Brandon Sanderson définit sa première loi ainsi :

« La possibilité pour l’auteur de résoudre un conflit par la magie est directement proportionnelle à la manière dont le lecteur comprend cette magie. »

Ce qui signifie en substance : vous pouvez avoir un système de magie très vague, ou très détaillé, mais cela influe directement sur la façon dont vous (auteur) désirez utiliser la magie dans votre récit.

La magie comme un décor

Vous pouvez utiliser la magie comme une ambiance : c’est l’essence originelle de la fantasy, la magie étant ici synonyme de merveilleux. Dans ce cas, les personnages principaux ne peuvent pas faire usage de la magie (ou bien elle ne leur est d’aucune utilité pour résoudre les conflits importants du livre). Cela donne à la magie un aspect puissant, mystérieux voire inquiétant, une aura mystique. Vous n’avez alors pas besoin de créer de règles précises, et vous n’avez même pas intérêt à expliquer au lecteur comment la magie fonctionne.

L’exemple le plus évident est Le Seigneur des Anneaux de Tolkien : la façon dont Gandalf utilise sa magie est vague, floue, et on ne comprend pas vraiment comment la magie fonctionne. Ce n’est pas grave, puisque nous nous identifions plutôt aux Hobbits, que la magie dépasse et impressionne. Nous nous sentons donc comme eux, et c’est bien l’objectif visé par l’auteur.

Un autre exemple plus récent est la série Rois du Monde de Jaworski : Bellovèse est un guerrier, pas un magicien. Tout le surnaturel du livre est conçu de telle manière que ni lui ni nous ne sachions vraiment de quoi la magie est capable. On la craint, on la redoute, et elle sert plus souvent d’obstacles que d’aide (des obstacles que le héros doit vaincre avec ses propres armes, sans avoir recours au surnaturel).

C’est également l’option que j’ai choisie dans les Mémoires du Grand Automne : chaque peuple vit en symbiose avec un arbre géant dont il tire un pouvoir, mais ces pouvoirs ne sont ni complexes, ni particulièrement puissants, ni importants pour résoudre l’intrigue du récit. Ils jouent le rôle de symboles et participent simplement à l’atmosphère particulière des livres.

La magie comme cœur de l’intrigue

D’un autre côté, vous pouvez désirer que la magie soit au cœur de votre intrigue. Vous voulez que votre héros puisse en faire usage, lance des sorts contre ses adversaires. Vous voulez que la magie l’aide à franchir les obstacles et à sauver le monde. Vous voulez que la magie ait un grand rôle dans la résolution finale du livre. Dans ce cas-là, vos objectifs d’auteur sont inversés : vous devez établir des règles précises pour le fonctionnement de votre magie et les transmettre au lecteur. C’est une question d’identification : si votre héros maîtrise la magie, il va vouloir s’en servir pour résoudre ses problèmes, et le lecteur va vouloir réfléchir avec lui à la meilleure façon de l’utiliser. Pour cela, il est nécessaire que la magie suive des règles logiques et cohérentes, qu’elle soit concrète et non abstraite, au risque de tenir le lecteur à l’écart du personnage et de l’intrigue.

Un excellent exemple est bien entendu l’oeuvre de Sanderson lui-même : dans sa série Fils-des-Brumes, la magie est au cœur de tout. Comprendre tous les tenants et aboutissants du fonctionnement de la magie est même l’objectif principal de l’héroïne, puisqu’il apparaît évident que la magie est la clef pour vaincre l’adversaire final. Le système de magie est donc complexe mais surtout particulièrement robuste, avec plusieurs règles que l’auteur ne transgresse jamais. En tant que lecteur, nous passons notre temps à réfléchir avec l’héroïne aux meilleures façons d’utiliser la magie et aux énigmes qu’elle pose.

Entre ces deux extrêmes, il y a la place pour tout un tas de variations. Sanderson cite la série des Harry Potter de JK Rowling comme étant à mi-chemin : de nombreux éléments magiques sont flous (voire contradictoires) et servent essentiellement à déployer l’aura d’émerveillement des livres ; certains sorts, en revanche, servent à résoudre des moments clefs de l’intrigue, mais pour ceux-là Rowling prend soin de bien les présenter et de les expliquer à l’avance.

L’important est de respecter la règle : plus vous voudrez qu’une magie ait un rôle dans la résolution de l’intrigue, plus elle devra suivre des règles précises et plus il faudra que vous la détailliez au lecteur.

À vous de voir jusqu’à quel point votre récit parle de magie ou pas.

Une règle qui s’applique à tout

Dans ses essais, Brandon Sanderson fait une remarque très pertinente : sa règle s’applique d’une façon générale à votre processus de création, et pas uniquement à la magie. Combien de fois ai-je lu qu’un auteur de fantasy devait absolument dessiner une carte géographique détaillée de son monde afin de gérer les distances et les trajets ? Créer précisément son système économique ou politique ? Ou, comme Tolkien, créer l’alphabet des langues qu’il invente ?

Et pourtant : dans combien de livres ces éléments sont-ils réellement importants ?

Je veux dire : ils peuvent l’être. Ou pas. À vous de réfléchir d’abord à votre intrigue, à ce que vous voulez raconter comme histoire, et ensuite de décider quels sont les points qu’il vous faut détailler, et lesquels ne seront pas vraiment importants pour la résolution du récit. Si votre histoire parle de la succession d’un Empereur et que votre protagoniste doit résoudre une intrigue très politique, vous devrez détailler précisément le fonctionnement de gouvernement de l’Empire ; si l’intrigue repose sur une campagne militaire et que le héros est un officier, vous devrez détailler précisément les grades et toute l’organisation de l’armée. Sinon, il y a de fortes chances que vous puissiez vous passer de ce genre de détails.

Et donc, première règle de votre système de magie : il peut être très vague et flou si vous vous contentez de vous en servir comme décor ; il devra être détaillé, cohérent et robuste si vous désirez que votre intrigue soit effectivement axée sur la magie.

M’enfin, ce n’est que mon avis (et celui de Brandon Sanderson).


L’essai de Brandon Sanderson (première partie) :
Version originale (anglais)
Adaptation française (huit pages)

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10 pistes pour mieux supporter la critique

« Hum, ça fait du bien là où ça fait mal…
– Tu es devenu masochiste ?
– Pas trop le choix : je suis auteur. »


À moins de n’écrire que pour soi-même et de ne jamais exposer nos textes aux regards des autres, nous autres auteurs avons une activité publique. Cela signifie qu’il faut s’attendre à avoir des retours sur les histoires que nous publions, et malheureusement certains de ces retours peuvent être moins enthousiastes que ceux escomptés. Oh, bien sûr, « la critique est utile ». Tout le monde sait ça. Cela ne l’empêche pas de faire mal.

Petit guide de survie à l’attention des auteurs qui souhaitent le rester.

Pourquoi la critique fait-elle mal ?

Il y a, je le pense, de profondes raisons culturelles et sociales. Combien de fois, dans la vraie vie, taisons-nous des reproches à des amis ou de la famille, afin d’éviter les conflits ? Oncle Roger a mauvaise haleine, mais on n’ose pas le lui avouer. Tout simplement, ça ne se fait pas. En conséquence, la critique brise les conventions établies : nous avons l’impression de subir une gifle en public et en éprouvons de la honte. Combien de fois ai-je lu « ça ne se fait pas de dire des choses pareilles ! » de la part d’auteurs outrés ?

Pourtant, qui écrit la critique ? Et pour qui ? Le fait est que, en général, les critiques ne nous sont pas adressées. Un commentaire sur Amazon, c’est un lecteur qui parle à d’autres lecteurs. Il avertit les autres qu’oncle Roger sent un peu de la bouche, et pas de chance si Roger tombe sur ce message. Du coup, bien souvent, ce qu’on considère comme une attaque personnelle n’est pas une attaque, et est encore moins personnelle. C’est comme surprendre une conversation entre deux individus qui parlent de nous dans notre dos.

Alors oui, oncle Roger va se sentir très vexé et honteux que l’information sur sa mauvaise haleine soit devenue publique. Mais si ça fait si mal, c’est que la plupart du temps, l’auteur ne s’y attend pas. Pas vraiment. Il n’a pas anticipé la critique : il se sent être « quelqu’un de bien », qui a travaillé dur. Qui critiquerait ça ? Hé, cela ne se fait pas !

Quelques pistes

1) Cesse de croire que tu « mérites » des commentaires positifs parce que tu as beaucoup travaillé. C’est faux. On ne mérite pas des compliments parce qu’on travaille beaucoup, on mérite des compliments lorsqu’on travaille bien. Tu peux avoir mis beaucoup d’efforts et de temps dans un livre, s’il comporte des défauts, tu récolteras des critiques. Et c’est normal. C’est sain !

2) Attends-toi à ces commentaires négatifs. Ils ne manqueront pas de venir, c’est certain, alors prépare-toi. Regarde les notes de tes auteurs préférés sur Amazon : tous récoltent des commentaires négatifs. Aucun de tes textes n’est irréprochable. Et ce n’est pas parce que certaines personnes les aiment que cela « annule » leurs imperfections.

3) Ne les écarte pas. Comme on retire vivement la main de la flamme qui nous brûle, c’est un réflexe de les rejeter. De plus, certains commentaires manquent de tact, sont parfois maladroits ou injurieux. C’est alors tellement plus simple de se braquer ! Pourtant, ces critiques sont des mines d’informations. Regarde-les dans les yeux. Même grossier, un commentaire du type « le personnage principal est un casse-couilles de première ! » est une sacrée piste à suivre. Les commentaires négatifs sont souvent prolixes. Profite-en.

4) Ne te cache pas derrière de fausses excuses. Bannis de ta bouche des répliques comme « cela ne se fait pas de dire ça », « on ne peut pas plaire à tout le monde », « ça n’a pas fonctionné pour lui mais ça plaira à d’autres », « il n’a rien compris, c’était voulu ». Ce ne sont que des tactiques d’évitement.

5) Ne réponds JAMAIS aux critiques : soit tu penses que la critique a du sens et tu t’en sers pour améliorer tes écrits, soit tu la mets de côté. Point. La critique est le ressenti d’un lecteur, tu ne peux pas argumenter contre ça. Il ne peut pas avoir tort de ne pas avoir aimé ton livre.

6) Distingue l’œuvre de l’auteur : la critique pointe les défauts de ton histoire, elle ne dit pas du mal de toi (tes lecteurs ne te connaissent pas). Alors arrête de faire ton Calimero, personne ne t’en veux. Essuie tes yeux, relève le nez de ton nombril et repenche-toi sur tes histoires.

7) Sers-toi de ces critiques de façon concrète pour t’améliorer. Essaie pour de vrai de faire en sorte qu’on ne puisse plus te critiquer sur ce sujet à l’avenir. Documente-toi. Travail ce point. Le lecteur a « mal compris » ? Fais en sorte qu’on ne puisse plus te comprendre de travers. Une critique négative dont tu as appris quelque chose n’est plus négative.

8) Persévère. Quoi, tu croyais être bon du premier coup ? Remporter ton premier concours de nouvelles ? Vendre des milliers d’exemplaires de ton premier livre ? Rédige d’autres histoires. Continue. Tu verras, il est plus facile d’accepter la critique avec l’expérience : avec le temps on se connaît mieux soi-même, on acquiert de la confiance dans son travail et dans son jugement ; et on la comprend mieux, cette critique. Il devient alors plus aisé de la considérer pour ce qu’elle est (une opportunité d’amélioration).

9) Recherche la critique. Mieux que de l’attendre, va au-devant d’elle ! Choisis des relecteurs bienveillants mais exigeants et capables de dire les choses. Cela t’habitue, en plus de te faire progresser. S’entourer d’une cours de « béni-oui-oui » qui te répète à chaque bêta-lecture à quel point ton livre est génial n’est pas seulement inutile : c’est dangereux (en ce qui me concerne, un bêta-lecteur dont aucune remarque ne me permet d’améliorer mon livre est rayé de ma liste – no offense).

10) Choisi comme objectif d’auteur le fait de produire de bons textes, pas d’être aimé. Ainsi, chaque critique sera une opportunité d’avancer vers ton objectif, au lieu de t’en éloigner. Les étoiles et les likes ne sont pas des preuves d’amour…

M’enfin, ce n’est que mon avis.

PS : pour éviter que tes bêta-lecteurs ne fassent trop mal à ton Ego hypersensible par inadvertance, rappelle-toi quand même que tu peux leur donner quelques consignes simples à respecter.


« Allez vas-y, fais-moi mal !
– Repose cette cravache tout de suite, et reprends ton stylo ! »

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7 raisons de ne pas débuter sa carrière d’auteur par une série

« On se fait une intro sympa ?
– On a plutôt intérêt, sinon personne ne va lire la suite… »


Je ne suis pas « anti-série ». Je serai bien mal placé pour te tenir un tel discours, d’ailleurs, puisque mes premiers romans publiés forment… une série. Néanmoins, j’ai eu de la chance. Beaucoup de chance. Avec le temps, j’ai réalisé que j’avais été fou de débuter ma carrière d’auteur par une saga de fantasy, et il est peut-être pertinent que je t’avertisse de certaines choses. Des choses que je n’ai comprises que sur le tard, et qu’il vaut sans doute mieux savoir avant de se lancer.

1) Il est difficile de faire publier un tome 1.

N’y allons pas par quatre chemins : les éditeurs sont frileux au sujet des séries, tout spécialement s’il s’agit du premier roman de l’auteur. Si tu n’as rien publié d’autre, si tu n’es pas connu(e), il te sera plus difficile de convaincre un éditeur avec un premier épisode d’une série qu’avec un livre qui se suffit à lui-même.

2) Il est difficile de vendre un tome 1.

« Désolé, mais je n’achète jamais le premier tome d’une série si la suite n’est pas disponible ». Combien de fois ai-je entendu l’argument en salon ? Je le comprends tout à fait : en tant que lecteur je fais pareil. En tant qu’auteur, il faut avoir conscience que ton tome 1 aura du mal à se vendre justement à cause de son statut de « début de série ».

3) Si le tome 1 est raté, c’est foutu.

C’est la loi du marché : désormais tout est noté, évalué, commenté. Si ton premier tome reçoit de mauvais commentaires d’entrée de jeu et qu’il ne rencontre pas son public, vendre la suite deviendra un calvaire, même si celle-ci est de qualité. C’est une sacrée pression, pour un auteur novice : un premier roman est rarement un livre exceptionnel, or l’existence même des suivants reposera dessus.

4) Tes ventes seront forcément décroissantes

Si tu écris un livre et que sa réussite est modeste, tu peux toujours espérer que ton roman suivant sera mieux accueilli et que tu en vendras plus. Mais lorsqu’on écrit une série, cet espoir est vain : non seulement personne ne lit un second tome sans avoir lu le premier, mais en plus il y a toujours déperdition de lecteurs d’un opus à l’autre. Tu es donc certain à 100% de vendre de moins en moins à chaque épisode.

(Tout n’est pas noir non plus hein : la communication que tu feras à la sortie d’un nouveau tome relancera les ventes du premier, cf. point N°2. Mais gare au point N°3 !).

5) Il faut avoir une motivation sur le long terme

Je te passe le discours « ouh là là, écrire c’est dur ! ». Tu le sais. Donc tu devines bien qu’écrire une série, c’est forcément plus difficile (d’un point de vue du récit, de la structure, de la cohérence, de l’intérêt, etc.). Mais ce qu’on ne réalise pas toujours, c’est à quel point c’est LONG. T’engager sur la voie de la série, c’est partir pour un voyage de plusieurs années (je te le répète en majuscules : PLUSIEURS ANNÉES).

Tu te sens motivé(e) aujourd’hui, mais sans vouloir jouer l’oiseau de mauvais augure, ton histoire te motivera-t-elle toujours dans trois ans ? Dans cinq ? On change, en cinq ans. Tu auras évolué, lu d’autres histoires, développé d’autres envies. Une série, c’est une prison ; pas forcément une prison désagréable (puisque tu l’as créée à ton goût), mais une prison quand même. Prie pour que tes goûts restent stables dans le temps.

6) Tu n’es toujours jugé que sur ton tome 1

Si tu travailles correctement et régulièrement, tu t’amélioreras avec le temps. Si tu fais ce qu’il faut, ton second livre sera meilleur que le premier, le troisième meilleur que le second, etc. Néanmoins, les curieux n’auront pas d’autre choix que de te découvrir par ton tome 1. Je te préviens, cela peut être un peu frustrant.

7) La série est la porte ouverte à l’inutile

Lorsqu’on est novice, on a tendance à trop en faire. Nombreux sont les conseils d’écriture qui rappellent aux auteurs de beaucoup couper, de ne pas digresser, de rester focalisés sur ce qui est important pour l’histoire. Se lancer dans une série, c’est ne pas se mettre de barrières, alors que lorsqu’on débute c’est (peut-être) justement le moment où on en a le plus besoin. S’obliger à ne pas partir dans tous les sens et canaliser ses premières envies dans un cadre restreint peut être une stratégie plus efficace.

M’enfin, ce n’est que mon avis…

PS : pas convaincu(e) ? Toujours motivé(e) ? Tant mieux : moi, j’aime les séries.


« On se fait une conclusion sympa ?
– Boarf, garde-en un peu sous le coude pour le tome 2… »

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[SCRIBBLOG] 12 traits pour faire aimer votre héros

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Nouvelle adaptation française d’un article Mythcreants posté sur le blog de la plateforme Scribbook : si tu te souviens bien, j’ai déjà rédigé un article sur les qualités à attribuer à un personnage pour que ton lecteur l’apprécie. Dans une veine parallèle, Chris Winkle te propose une approche complémentaire.

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Un héros qu’on apprécie est l’ingrédient indispensable d’une bonne histoire. Malheureusement, aimer le personnage en tant qu’auteur ne garantit en rien qu’il sera aimé de votre lectorat. Afin de favoriser l’attachement d’un large public, donnez à votre protagoniste quelques traits qui le rendront appréciable. Montrez ces traits dès le début de votre histoire : cela permettra au personnage de faire une première bonne impression.

Quels sont les traits qui font aimer un personnage ? En voici une douzaine. Afin de mieux comprendre pourquoi et comment ils fonctionnent, ils sont regroupés en trois catégories : compassion, altruisme et divertissement.

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Règle Pixar [14] : une affaire de besoin personnel

Why must you tell this story ? What’s the belief burning within you that your story feeds off of ? That’s the heart of it.

Pourquoi dois-tu absolument raconter cette histoire ? Quelle est la conviction profonde qui alimente ton récit ? C’est ça qui lui donne son sens.


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Nous vivons une ère de divertissement. Soit. Pourtant, les histoires qui restent dans les mémoires et deviennent cultes ont une chose en commun : elles ne servent pas seulement à passer du bon temps. Elles véhiculent quelque chose ; une question, une conviction, un message. Elles comblent un besoin.

Ce conseil Pixar fait le lien avec deux autres conseils déjà passés en revue, et t’incite à regarder en toi-même pour trouver « de quoi se nourrit » l’histoire que tu es en train d’écrire. Parce que les récits sont comme les enfants : pour bien grandir, ils doivent s’alimenter correctement.

Les bonnes histoires comblent un besoin. Et nous allons voir que pour combler ce besoin, tu dois être conscient des tiens, de besoins.

Le chaînon manquant

Il y a un drôle d’écho quand on lit ce conseil N°14. Souviens-toi :
– dans le conseil N°10, Pixar t’incitait à chercher en toi-même l’ADN commun de tous tes récits.
– dans le conseil N°3, Pixar t’incitait à trouver ton thème (même s’il est parfois difficile à cerner avant la fin du premier jet).

Le conseil d’aujourd’hui fait le lien entre les deux, et te pose les questions suivantes : « cette histoire que tu es en train d’écrire, de quelle partie de toi provient-elle ? Au-delà de l’envie de la raconter, pourquoi est-ce important pour toi de lui donner vie, à celle-ci et pas une autre ? »

Pour être clair, Pixar te demande de mettre de côté ton *désir* pour t’interroger sur ton *besoin*.

Où vais-je ? Dans quel état j’ère ?

Tu te souviens de la différence entre désir et besoin ? Au fond, ce conseil Pixar, c’est à cela qu’il t’incite : distinguer ce que tu as envie d’écrire du besoin qui t’anime à l’intérieur.

Souvent, les héros de nos livres n’ont pas conscience de leurs besoins profonds. Il en va de même dans la vraie vie, pour beaucoup de gens, et les auteurs n’échappent pas à la règle. Or, tu commences à savoir comment ça marche, la dramaturgie : tu sais bien que le désir du personnage l’entraîne généralement sur un chemin différent de celui qu’il faudrait pour satisfaire son besoin.

L’idée est donc de ne pas reproduire la même erreur pour soi-même.

Un éditeur me l’a déjà affirmé en face à face, et le site Mythcreants en parle aussi dans l’article « The One Big Thing That Most Manuscripts Lack » : le problème de la plupart des manuscrits réceptionnés en maisons d’édition, c’est que l’auteur ne sait pas lui-même de quoi il est vraiment en train de parler. Il laisse s’exprimer ses désirs sans vraiment avoir conscience de ses besoins.

L’idée est donc de te prendre pour un personnage de fiction et d’aller au-delà des apparences de ton texte.

Écrire un récit personnel (blablabla…)

Je t’encourage très souvent sur ce blog à écrire des histoires qui te soient personnelles, qui soient spécifiques et non génériques. Je ne suis pas le seul, regarde, Pixar aussi. Ce n’est pas pour rien : un récit, même admirablement construit et rédigé, même irréprochable sur un plan technique, n’est qu’une coquille vide si tu n’y insères pas « une âme ». Un peu de toi. Et loin de considérer cette affirmation comme mystique ou magique ou de t’inciter à écrire avec ton sang, je pense néanmoins – avec force et conviction – que ton histoire n’aura aucune chance de « bouger » les gens si elle ne contient pas des choses « qui te bougent », toi.

C’est aussi une question de motivation : si tu abandonnes en cours de route les histoires que tu écris sans réussir à aller au bout, c’est probablement parce tu es plus gouverné(e) par tes désirs que par tes besoins. Un désir est souvent éphémère, changeant et volatile. Un besoin est solide, tu peux compter sur lui, et il te permettra d’aller au bout de ton récit.

Reste plus qu’à savoir ce qui t’anime, au fond de toi.

Post-scriptum : savoir séparer ses désirs de ses besoins est tout aussi important pour d’autres sujets de la vraie vie. Agir en fonction de ses besoins est ce qui nous rend heureux et satisfait, à coup sûr, car personne ne peut manipuler nos besoins (ils nous sont propres). Nos désirs, en revanche, sont aisément corruptibles : vérifie bien qu’ils coïncident avec tes besoins avant de les suivre aveuglément. Car c’est ainsi que des gens qui se lancent dans l’écriture parce qu’inventer des histoires les épanouit (besoin) se transforment en obsédés des ventes qui veulent plus que tout devenir riches et célèbres (désirs induits par notre culture actuelle). Et ils finissent malheureux comme les pierres, ayant arrêté d’écrire parce qu’ils ne vendent pas.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« Je me demande bien pourquoi on a besoin de ces conclusions ?
– On n’en a PAS besoin. Personne n’en a besoin. »

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[EXTRAIT] Latium – Romain Lucazeau

L’atmosphère était propre, dénuée de toute trace de contamination bactérienne. Elle orienta une des caméras binoculaires du plafond, observa avec intérêt l’ensemble compliqué de tuyaux, de bras articulés, de réservoirs emplis de liquides à la texture gluante, organique, qui couvrait tout l’espace disponible. Ou presque : au milieu, connectée à l’appareillage par plusieurs grappes de cathéters tendus par une intense circulation de fluides, se trouvait une énorme masse de chair rose et lisse, accrochée au plafond comme une pièce de boucherie. L’organe artificiel avait la forme d’une poire, comme une poche tendue par un poids trop important pour elle. La chose se trouvait en état de stase depuis plus d’un siècle.

Oikè lança une série d’instructions. Le système lymphatique et sanguin qui l’entourait changea la composition des liquides qu’il pompait. Juste sous la paroi charnue, des veines épaisses comme un bras se mirent à saillir, et une odeur d’ammoniac et de sang se répandit. Des poches se remplirent et se vidèrent en rythme, libérant des substances organiques, de plus en plus vite, faisant tressauter l’ensemble. Le moment de la délivrance arrivait.

Les tissus se déchirèrent, dans un bruit écœurant de viande arrachée, et des sucs transparents commencèrent à suinter jusqu’à former une flaque gluante d’ichor, souillée de traces de sang. L’objet tout entier fut pris de mouvements convulsifs, d’une intensité croissante, et, tout à coup, quelque chose à l’intérieur creva. Le monstrueux placenta se contracta une dernière fois pour relâcher son fardeau, un être qu’il avait gardé en lui pendant des années, à présent un étranger. Du sang gicla jusqu’au plafond de métal lisse. Un corps, vivant, nu, adulte, semblable à celui d’un humain de sexe féminin, glissa sur le sol.

Oikè l’observa, fascinée, luttant contre un sentiment à la lisière du mysticisme. Il ne s’agissait pas d’une femme : son code génétique était un mixte de plusieurs espèces animales de la planète des origines. Mais l’imitation, effet d’une subtile ingénierie génétique, était, de l’extérieur, parfaite — quand bien même n’aurait-elle pas résisté à une observation attentive des organes internes. Son cerveau avait été atrophié à dessein, à l’exception des fonctions reptiliennes les plus primitives. Ce n’était pas un individu autonome. Étendue par terre, couverte de morceaux de placenta et de liquides nauséabonds, tachée de sang, elle s’agitait, secouée de spasmes sans signification, puis un cri rauque indiqua que les poumons venaient de subir la morsure de l’air.

Un ergatès monté sur des pattes d’insecte entra en cliquetant dans la cabine. Il observa la chose étendue par terre, prit le temps de vérifier les proportions et les paramètres vitaux. Des aiguilles surgirent de son torse, plus rapides que l’éclair, pour effectuer de minuscules incisions, ramener des prélèvements infinitésimaux pour analyse. Lorsqu’il fut satisfait de son examen, l’ergatès s’approcha. Des appendices de préhension et des outils chirurgicaux, scalpels et fraises, firent leur apparition. Des bras articulés se saisirent sans ménagement du corps par les membres et le cou, puis l’allongèrent, s’assurant de son immobilité. L’automate enfonça alors une lame en carbone monomoléculaire dans le cuir chevelu, découpa les chairs et les os du crâne avec une facilité déconcertante. Insensible aux réactions désordonnées de la créature, il retira la boîte crânienne et commença la longue et complexe opération consistant à vider l’intérieur du crâne des tissus cérébraux préexistants.

Puis il commença à construire le support de conscience. Cela dura des heures. Pendant tout ce temps, la patiente ne cessa de pousser des gémissements étouffés, dénués de sens, sans qu’à aucun moment l’ergatès ne réagisse, occupé qu’il était à insérer dans le crâne un ensemble de cristaux de données, de processeurs et de mécanismes d’alimentation en énergie et de microréfrigération. Puis il se lança dans un patient travail de suture pour connecter la machine au système nerveux du corps. Sous le regard d’Oikè, les aiguilles et les pinces virevoltaient, comme les doigts d’un pianiste, se livraient à un travail de précision. Il s’agissait, pour le chirurgien automate, d’établir des interfaces entre chaque terminaison nerveuse et les différents appareils informatiques introduits par ses soins. La colonne vertébrale, le cerveau reptilien, les nerfs optiques, mille autres points de contact qui auraient dû croître de manière naturelle — tout cela devait assurer l’intégration de l’âme computationnelle et de la chair biologique.

Latium – Romain Lucazeau (extrait)


[Que sont les articles « Extraits » ? C’est expliqué ICI]

Ressenti personnel

Je parcourais ma bibliothèque en me demandant quels auteurs français m’avaient filé des claques ces deux dernières années quand mes yeux sont tombés sur Latium, de Romain Lucazeau. Aussitôt m’est revenue cette scène de venue au monde, une naissance à la fois violente et froide.

Pour replacer Latium dans son contexte, le roman décrit un monde futuriste dont l’être humain est absent : l’Homme a disparu depuis longtemps, laissant essentiellement derrière lui des IA immortelles mais désœuvrées.

Dès le premier paragraphe cette scène conjugue éléments organiques (bactérienne, masse de chair rose, poche) et technologiques (caméras binoculaires, appareillage, connectée). L’absence de contamination bactérienne suggère une ambiance hospitalière, mais la comparaison « comme une pièce de boucherie » nous fait plus penser à un lieu de mort qu’à un lieu de vie.

D’ailleurs, ce qui va naître dans cette scène nous fait languir dans l’inquiétude. Le texte joue sur la peur de l’inconnu en le désignant par des termes vagues (la chose, l’ensemble, l’objet). Il en rajoute avec des mots comme fardeau, étranger, monstrueux. Ce n’est qu’après ces trois paragraphes introductifs qu’intervient la délivrance, que l’on « voit » ce qui était jusqu’ici caché. L’auteur se veut enfin factuel et précis : « Un corps, vivant, nu, adulte, semblable à celui d’un humain de sexe féminin ».

Mais ce n’est pas une femme non : je te l’ai expliqué, dans Latium, l’être humain n’existe plus. Alors le texte nous le souligne, afin que nous comprenions bien que la créature qui vient de prendre vie ici ressemble à un humain mais n’en est pas un.

Aussitôt, ce paragraphe très biologique est compensé par une partie ultra-technologique. Nous assistons, avec un mélange de fascination mêlée d’horreur, à l’opération sans anesthésie à laquelle se livre l’automate. Et c’est au dernier paragraphe que nous comprenons à quoi nous venons véritablement d’assister : à la naissance d’un être hybride, au corps biologique et au cerveau technologique. Comme l’est ce passage. Voire peut-être même le roman tout entier.

« L’enfer est pavé d’adverbes »

Romain Lucazeau a-t-il lu cette célèbre citation de Stephen King ? Peut-être. Quoi qu’il en soit il sait tout ce que je t’ai expliqué sur les adverbes dans cet article focus.

Il y a à peine plus de 3% d’adverbes dans ce passage, pour 0 (zéro) adverbes en -ment. Depuis que je m’amuse à faire des stats, c’est le taux le plus bas que j’ai rencontré. Comme quoi il est tout à fait possible d’écrire des textes compliqués, avec des phrases longues et complexes, en étant précis… sans avoir recours aux adverbes.

latium


Et toi, que t’évoque cet extrait ? Qu’as-tu à dire sur ce passage ?
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