4 mauvaises façons de défendre une bonne cause

« Je trouve qu’il n’y a pas assez d’introductions dans les articles de blog sur le web. Alors, pour les mettre en valeur, je vais rédiger un post entièrement constitué d’introductions !
— Ah ça c’est sûr, les gens vont adorer… »


Bonne nouvelle : beaucoup d’auteurs sont motivés par l’idée d’utiliser leurs histoires pour défendre des causes (et les nobles causes, ce n’est pas ça qui manque).

Mauvaise nouvelle : la plupart d’entre eux, alors qu’ils essaient de véhiculer un message, expriment en fait le contraire de ce qu’ils voudraient.

Voici quatre façons de mal s’y prendre pour défendre une cause.

1 – Inverser les rôles

Tu as forcément déjà vu ce type de mise en place :
– des femmes puissantes et sans pitié dominent des hommes faibles ;
– des récits où un peuple de couleur opprime un peuple blanc ;
– un univers où l’hétérosexualité est minoritaire, opprimée, au profit d’autres types de sexualités ;
– etc.

Le concept semble simple et clair : l’idée est de vouloir montrer à un groupe privilégié ce que serait sa vie s’il faisait partie du groupe opprimé. Car si ces personnes réalisaient l’enfer que cela représente, ils changeraient d’attitude dans la vraie vie, n’est-ce pas ?

Pourquoi ça n’a pas l’effet escompté :

– parce que pour écrire ce genre d’histoire, tu es obligé de stéréotyper les groupes mentionnés, d’user de clichés, ce qui rend la narration caricaturale.
– tu es aussi obligé de généraliser (tu décris des attitudes de groupe et non des attitudes individuelles), et tu provoques donc un rejet immédiat des membres des groupes concernés (phénomène #notallmen) : même ceux qui sont d’accord avec toi sur le fond protesteront sur la forme.
– parce qu’en retournant ainsi la situation, les antagonistes/méchants/adversaires de ton histoire ne sont autres que… les groupes que tu tentes de défendre (les méchantes femmes oppriment les hommes, les méchants noirs oppriment les blancs, les méchants homosexuels oppriment les hétéro) : cela ne fait que renforcer les croyances des misogynes, racistes et autres homophobes.
– parce que ton livre est bâti sur le même argumentaire que tes opposants, à savoir que pour qu’un groupe soit avantagé, l’autre doit être désavantagé. Cela justifie la posture de conflit des uns et des autres, alors que dans la réalité les droits des uns ne réduisent pas les droits des autres.

Au final personne n’apprend rien de ces histoires. Elles n’apaisent pas les tensions, elles se contentent de rendre les coups. Elles ne font que braquer les individus et creusent un peu plus le gouffre entre les groupes qu’elles devraient chercher à rassembler.

2 – Bâtir l’histoire comme une exception qui confirme la règle

Il y a quelques jours sur twitter un coach littéraire se plaignait de ce poncif : la mode dans les récits est aux « femmes fortes ». Il n’y a qu’à voir le tapage médiatique faits autour des films de super-héros Wonder Woman ou Captain Marvel : les gens veulent des femmes badass et les auteurs s’engouffrent dans la brèche.

Où est le mal ? Là encore l’objectif est clair, à savoir montrer que les femmes aussi peuvent rosser du méchant et sauver le monde.

Pourquoi ça n’a pas l’effet escompté :

– si à un repas de famille où l’on parle de tâches ménagères tu fais une grande tirade sur le fait que « toi aussi tu peux passer l’aspirateur », cela sous-entend clairement à tout le monde que d’ordinaire tu ne le fais pas. C’est ce qu’on appelle une information en creux. Ton message exprime le contraire de ce qu’il dit.

– si tu dis à ton enfant qui va au cinéma pour la toute première fois « tu verras ça ne fait pas peur », tu peux être sûr qu’il va se mettre à flipper : l’être humain sait très bien que les évidences n’ont pas besoin d’être affirmées. Si tu élèves la voix pour énoncer une évidence, ceux qui t’écoutent pensent automatiquement qu’il y a anguille sous roche.

C’est le principe de l’exception qui confirme la règle : ce que tu dis est exact, mais ne fait que renforcer la croyance que tu penses contredire. Donc méfie-toi du message vraiment véhiculé par ton histoire ! Si ce qui ressort de ton récit c’est que « les femmes aussi peuvent être badass », « les arabes aussi peuvent être honnêtes » ou « les homosexuels aussi peuvent faire de bons parents », il y a de fortes chances pour que tu dises le contraire de ce que tu voudrais…

3 – Défendre un groupe défavorisé… à l’aide d’un héros favorisé

Dans ce type de récits, un individu d’un groupe favorisé se retrouve immergé au sein d’un groupe opprimé. Il en découvre la beauté et décide de lutter pour lui.

Une nouvelle fois, cela part d’une bonne intention : on cherche à faire découvrir au lecteur ce groupe opprimé dont il a une si mauvaise image. On choisit un protagoniste rustre qui déteste un certain type de personnes, on le confronte à ces gens qu’il méprise, on en présente les bons côtés, on les mets au cœur du récit, et on montre comment le protagoniste va changer et les aimer.

Pourquoi ça n’a pas l’effet escompté :

– parce qu’au final, c’est bien notre protagoniste issu du groupe favorisé qui est le héros de l’histoire ! C’est le syndrome Avatar (ou Danse avec les loups, ou Le dernier samouraï, ou…) : tout est fait pour qu’on sympathise avec « l’autre ». Hélas, ce que ces films montrent ce sont des gens qui ont besoin d’un héros blanc pour les défendre et les sauver. Qui est valorisé dans ce cas ?

Cet argument est valable quel que soit le sujet dont tu parles et la cause que tu entends défendre.

4 – Faire de la cause défendue un argument commercial

Je suis toujours très mal à l’aise devant ces auteurs qui utilisent la défense d’une cause comme argument commercial pour se vendre : « achetez mon livre, moi au moins mon histoire inclut une héroïne badass / un héros noir / une romance LGBT ».

Pourquoi ça n’a pas l’effet escompté :

– d’abord, parce que l’auteur se positionne en héros (en héraut) de cette cause, ce qui fait que c’est surtout lui-même qu’il valorise (et c’est encore pire si l’auteur ne fait pas partie du groupe concerné – genre si tu es comme moi un homme blanc hétéro, cf. point N°3 de cet article).

– ensuite parce que l’auteur affirme, souligne et revendique une différence, alors que l’objectif devrait être de lutter contre ces sectarismes. On retombe sur le 1er point de ce post, en pire, puisqu’en plus il fait le commerce de cette différence.

– enfin parce qu’en communicant de cette façon il prêchera uniquement des convaincus : un lecteur mysogine n’achètera jamais son livre estampillé « femme forte », et un homophobe tournera les talons s’il aperçoit le sigle LGBT. Les seuls qui liront son livre seront ceux qui sont déjà d’accord avec lui. Ce n’est pas ainsi qu’il fera évoluer les consciences et les mentalités.

Si je ne peux pas faire tout ça, que puis-je faire ?

S’acharner à vouloir démonter des discours faussés, cela revient à se battre contre des fantômes, et généralement cela ne fait qu’apporter de l’eau au moulin des théories sectaires. Je ne pense pas non plus qu’on puisse « équilibrer » la balance de la littérature. On ne « compensera » pas des décennies de super-héros mâles et blancs en créant un Black Panther ou un Captain Marvel. Ni même plusieurs. On ne dépeint pas une réalité grise en écrivant d’un côté des histoires blanches et de l’autre des histoires noires : on ne le fait qu’en bâtissant des récits intrinsèquement gris.

J’aime à penser que nos histoires influent sur la réalité, comme la réalité influe sur nos histoires. Nous devrions les écrire pour qu’elles reflètent le monde, et pour que le monde les prenne pour modèles.

Notre devoir d’auteur est donc un devoir de représentation : notre objectif devrait être avant-tout de ne pas véhiculer les stéréotypes, les clichés et les idées reçues, et ce à chaque histoire que l’on écrit. Je pense que pour valoriser l’image de la femme, cela ne sert à rien d’écrire plein d’histoires où la femme est meilleure que l’homme, et qu’il suffit que nos histoires (toutes nos histoires) les mettent sur un pied d’égalité (en nombre, en importance pour le récit, en temps de parole). Je pense que pour valoriser des groupes qui sont minoritaires, cela ne sert à rien de leur consacrer quelques histoires où on ne parle que d’eux, mais de faire en sorte qu’ils soient présents dans toutes nos histoires dans des proportions réalistes, quel que soit le sujet qu’on aborde. Si tu souhaites lutter contre le racisme, intègre différentes origines ethniques à toutes tes histoires et fait en sorte que cela soit tout à fait normal (parce que ça l’est !). Si tu souhaites lutter contre l’homophobie, intègre ici et là des couples homosexuels sans que ça ne pose de problème à personne (parce que, heureusement, ça se passe aussi comme ça, et ça devrait se passer comme ça tout le temps).

Et je ne suis vraiment pas sûr qu’il soit pertinent d’en faire le cœur de ton intrigue, parce que cela sous-entend forcément qu’il s’agit d’un problème à traiter. N’en fais pas le pivot de ton scénario mais considère qu’il s’agit de la base d’un background réaliste. Mets des personnes en situation de handicap dans des livres qui ne traitent pas de handicap, varie les origines des gens sans que ça ne soit un thème central du récit, varie les âges, les tailles, les poids, les intelligences et les physiques, varie les origines sociales sans forcément parler de lutte des classes.

Il ne s’agit pas d’être « original » ou « rafraîchissant » : il s’agit juste d’être représentatif de la diversité réelle de notre monde. Et si tu y parviens, inutile de t’en vanter ou d’en faire un argument commercial : tu fais juste ton job.

Et si nous y parvenions tous, si toutes les histoires étaient ainsi, dans les livres comme à la télé comme au cinéma comme dans les BD, les gens seraient peut-être un peu plus habitués à la différence et en auraient peut-être un peu moins peur. Et alors le monde serait peut-être un peu moins dingue.

M’enfin, ce n’est que mon avis.



« Il ne me restera plus qu’à faire un article entièrement constitué de conclusions.

— Mets-le en avant dans ta pub sur les réseaux sociaux, tu vas faire un carton… »


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25 réflexions sur “4 mauvaises façons de défendre une bonne cause

  1. Comme d’habitude, très bon article.

    Notre rôle n’est pas de faire l’apologie de nos opinions, mais de proposer des clés pour que chacun construise les siennes et enrichisse son esprit critique.

    Les messages, car il y en a toujours, conscients ou inconscients, se doivent de rester en filigrane, et de servir l’histoire et ses personnages.

    Il en va des causes comme du reste. Le lecteur ne doit pas se sentir dirigé, au risque de sortir de l’univers dans lequel nous l’avons invité. Ce qui est l’exact opposé de notre objectif en tant qu’auteurs, n’est-ce pas ?

    Merci pour tes articles, que je lis avec toujours autant d’intérêt.

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    1. Merci Maïm, c’est très gentil. Cet article trottait dans ma tête depuis de longues semaines (voire des mois) et je ne savais pas trop comment le traiter, mais je voyais régulièrement des discussions sur les réseaux sociaux sur ce thème. J’avais envie de synthétiser mes réflexions. Tant mieux si j’ai trouvé le ton juste. À très bientôt.

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  2. avant d’écrire le mot « fin », je voudrais achever cette conclusion en finissant par quelques mots qui pourraient servir de point(s) final(s)….

    ‘Xcellent article ! j’en conclus, pour finir, que généralement, faut mieux éviter le roman à thèse…

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  3. Merci pour cet article ! Je suis persuadée qu’en tant auteurs et autrices, on peut avoir un plus grand impact que ce qu’on croit sur les idées des lecteurs (même si ni l’auteur ni le lecteur ne s’en rendent forcément compte). Du coup, ça mérite qu’on y mette un peu de réflexion^^
    C’est un bon conseil de représenter des personnes qui sont souvent effacées au profit d’hommes blancs hétéros, etc, sans en faire un « problème » à traiter. C’est d’autant plus vrai quand on ne fait pas soi-même partie de la minorité en question puisqu’on risque d’autant plus d’écrire des bêtises et de faire plus de mal que de bien… Simplement représenter un couple gay par exemple, sans pointer du doigt sa différence renforce l’idée qu’il n’y a simplement rien à commenter sur le sujet. Même chose pour des femmes ou des personnes de couleur dans des positions de pouvoir, etc, particulièrement dans des univers sff où les préjugés actuels n’ont aucune raison d’exister… Représenter sans souligner revient à déclarer que c’est « normal » (je n’aime pas ce mot, mais c’est difficile d’en utiliser un autre) par exemple qu’une femme puisse être pilote de chasse, que ce n’est ni impossible, ni extraordinaire, ni bizarre… J’avoue, j’ai beaucoup aimé Captain Marvel^^

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    1. À noter que je ne juge pas la qualité des films Marvel – et je n’ai vu ni Black Panther ni Captain Marvel (je ne suis pas amateur de films de super-héros). Tout le monde en dit du bien. Mais j’espère qu’ils sont un symbole de nouveau départ pour les prochains films, et que la représentation des minorités et des femmes y sera plus diverse. Sinon, ça aura juste été de bons coups de com qui n’auront rien apporté d’autres à part des guéguerres haineuses sur les réseaux sociaux…

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  4. J’ajouterais deux choses:

    =1=
    Il reste le problème de la compression.
    Dans le monde, il y a des femmes mère au foyer, et des femmes qui travaillent. Les femmes de mon intrigue peuvent très bien être une ou l’autre.
    Mais il se trouve que j’ai assez peu de personnages important dans une histoire (hors cas pathologique comme Sanderson ou Jordan). Imaginons que je n’ai qu’une seule femme vraiment importante. (ou une seule marquée très positivement par rapport aux autres)
    Si je suis tes conseils, je devrait faire d’elle une femme au foyer ou une femme qui travaille, en fonction de ce qui va le mieux à l’histoire, sans chercher à être militant.
    Mais peu importe mon intention, dans l’histoire finale la femme sera bien l’un ou l’autre, et pourra être lue comme militante.
    Du coup, c’est (selon moi) impossible de faire passer quoi que ce soit pour « normal » dans une histoire, vu que n’importe quel choix d’écriture peut être interprété comme une volonté militante.

    =2=
    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi quand tu parles de « montrer que c’est normal ».
    Tu parles ici de comportement sociaux, que tu trouves acceptables dans notre société.
    Si l’intrigue se déroule dans une société similaire à la notre, pas de problème.
    Par contre, par exemple en fantasy, ça sonne vite comme un anachronisme. Si des gens sont homophobes ou misogynes, ce n’est pas parce qu’ils sont fondamentalement méchant, mais parce qu’ils sont dans une ancienne vision de notre société.

    Par exemple, la notion de relation (de couple) homosexuel n’a aucun sens dans une société primitive, où un couple se doit d’être fertile. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de relation sexuelles entre hommes (les grecs par exemple étaient en couple avec une femme pour la procréation, et avaient des relations sexuelles avec des hommes à coté), cela veut dire que si la société donne à un couple non fertile la même place qu’un couple fertile, cela ne coule pas de source, il faut le justifier. (pourquoi pas recueillir des orphelins par exemple). Mais juste balancer le concept (très moderne) de couple homosexuel au milieu d’une époque différente de la notre, cela ne sonnera absolument pas « normal », mais anachronique et très militant.

    La plupart des injustices d’aujourd’hui découlent ainsi non d’un « grand méchant », mais d’un héritage culturel, avec lequel il faut rester cohérent.

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    1. Merci de ton commentaire 🙂

      =1=

      Tu écris « imaginons que je n’ai qu’une seule femme vraiment importante », et je t’arrête tout de suite. Tu viens de mettre le doigt sur le problème. Il est là, uniquement ici. Et tu as à la fois le problème et la solution. En tant qu’auteur nous sommes formés à varier les personnages, à ne pas en avoir deux pareils. Si tu mets plus de femmes dans tes écrits, tu vas *forcément* les rendre plus variées. Si les femmes de nos histoires sont si clichées, c’est *justement* parce qu’on en met si peu. Dans la vie réelle, la répartition hommes/femmes est à peu près de 50%. S’il n’y a qu’une femme importante dans ton récit (sauf justification très particulière liée à l’intrigue, par exemple si ça se passe dans une prison masculine), tu as un problème de représentation (un problème très simple à résoudre).

      =2=

      Cela me rappelle un article que j’ai traduit de l’anglais sur « l’illusion du monde réel ». Il faut tout de même se souvenir qu’en fiction, tout – tout, depuis le moment où il pleut jusqu’à la nourriture que les personnages mangent – est choisi par l’auteur. Rien n’est là de façon naturelle, et surtout rien n’est bridé. En SFFF, tu peux faire tout ce que tu veux sans avoir à « respecter » le monde réel, ce qui signifie *aussi* que tu n’as pas à respecter ou faire apparaître les façons de penser sectaires (sauf s’il s’agit de fantasy historique, bien sûr). Parler d’anachronisme pour le respect de l’homosexualité est assez étrange quand on sait justement que l’homosexualité était bien mieux acceptée par le passé (ou l’est encore dans des tribus primitives que l’on découvre) que dans notre société moderne (alors que l’importance de la reproduction est pourtant bien moindre). Ce serait comme dire que l’émancipation de la femme est un sujet moderne, alors que le patriarcat est au contraire quelque chose de récent à l’échelle de l’histoire et que les sociétés primitives sont souvent bien plus égalitaires que les nôtres sur ce plan-là.

      En tout cas, je t’accorde que ce n’est pas un sujet facile, et en tant qu’auteur fantasy cela m’interroge beaucoup (et je suis certain de ne pas être exempt de reproches dans mes propres livres). Est-ce que le fait que nos univers soient « différents » de notre monde réel est une justification suffisante pour esquiver ces sujets ? Doit-on alors forcément en faire une analogie à notre situation réelle ? Doit-on les déformer pour qu’ils soient différents ? Je n’ai pas la réponse, mais cela vaut la peine d’y réfléchir (dès la phase de création d’univers) et surtout d’anticiper l’impact que cela a sur le lecteur (impact qui n’est pas toujours celui que l’on croit).

      À bientôt.

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      1.  » S’il n’y a qu’une femme importante dans ton récit (sauf justification très particulière liée à l’intrigue, par exemple si ça se passe dans une prison masculine), tu as un problème de représentation (un problème très simple à résoudre). »
        Je me suis mal exprimé. Ce que je voulais dire, c’est que dans un récit il y a très peu de personnages « vraiment important », et que si on enlève les méchants, on se réduit vite à un ou deux protagonistes principaux.

        « Parler d’anachronisme pour le respect de l’homosexualité est assez étrange quand on sait justement que l’homosexualité était bien mieux acceptée par le passé »

        Attention à l’ambiguïté sur le sens de ce mot : il y a les relations homosexuelles, et les couples homosexuels.
        Si les relations homosexuelles sont effectivement présente dans beaucoup de société sans que ça pose problème (enfin, surtout entre hommes), je ne voit pas vraiment d’exemple de société (a part la notre) où un couple homosexuel aura le même statut qu’un couple hétérosexuel.
        C’est pour ça que je parle d’anachronisme : aujourd’hui, on ne fait plus la distinction entre « attirance sexuelle » et « engagement exclusif de deux personnes entre elles ».
        Mais c’est quelque chose d’extrêmement récent.
        Je reprend l’exemple des grecs : on peut difficilement les traiter d’homophobes, pourtant ils n’auraient jamais pu imaginer un mariage entre homme, cela n’aurait pas eu de sens pour eux.

         » En SFFF, tu peux faire tout ce que tu veux sans avoir à « respecter » le monde réel, ce qui signifie *aussi* que tu n’as pas à respecter ou faire apparaître les façons de penser sectaires »
        Je ne sais pas trop ce que tu entend par « façons de penser sectaire « – formulation que je trouve un peu méprisante – mais je ne suis pas d’accord. Non, on ne peut pas faire « ce que l’on veut », il faut tout de même garder une certaine cohérence à l’univers.
        On peut bien sûr jouer avec les règles de notre monde, mais il faut le justifier. On ne peut pas dire « tout le monde a des pouvoirs magique ultra puissant, mais ils vivent comme nos paysans du IXe siècle ».
        Chaque originalité que l’on donne à un monde a un impact sur lui, on ne peut pas y mettre des éléments juste « pour montrer que c’est normal ».

        « Est-ce que le fait que nos univers soient « différents » de notre monde réel est une justification suffisante pour esquiver ces sujets ? »

        Je ne parle pas d’esquiver ces sujets, mais d’éviter de calquer sur un univers moyen-âgeux nos préoccupations du 21e siècle.
        Les évoquer peut-être très intéressant, mais il faut les adapter à l’univers du récit.

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        1. Si tu as vraiment si peu de personnages majeurs, alors je pense que le risque d’être sexiste est plus limité car tu vas forcément accorder beaucoup plus de temps d’action et de parole à chaque personnage que s’ils étaient 15. Il est plus difficile d’être cliché si tu as deux personnages très détaillés (en fait c’est souvent ça le problème : on met 8 mecs et 1 nana, du coup celle-ci on la survole). Bien sûr, il est toujours possible d’être sexiste avec deux personnages, mais je pense que 1) c’est plus difficile de l’être « par accident » sans s’en rendre compte, 2) d’un point de vue narratif c’est extrêmement difficile d’écrire une bonne histoire avec deux personnages s’ils sont « binaires ». Chacun d’eux va forcément être plus nuancé, avoir des forces et des faiblesses, des talents et des failles… comme des personnes réelles. Si aucun n’est surjoué, le risque d’être accusé de militantisme est plus faible, je crois.

          Pour le reste, je pense que sur le fond nous disons les mêmes choses et que nous ne faisons que débattre de formulations.
          🙂
          Bon week-end !

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    2. Euh, je bogue un peu à l’association « fantasy » et « anachronisme ». Il n’y a pas, à mon sens, un développement des idées dans un ordre précis et similaire pour tous les groupes. Certes, l’idée de cohérence dans un univers doit être respecté, mais les philosophies, idéologies, tout ça n’évoluent pas en ligne droite exactement comme c’est arrivé en Europe, par exemple. L’anachronisme est lié à l’Histoire. L’Histoire d’un univers Fantasy peut être tellement différente que les idées aussi aient une toute autre destination.
      Dans mon univers Fantasy, les couples homosexuels, les adultes célibataires, les femmes guerrières et les hommes couturiers existent… parmis tant d’autres. C’est cohérent à mon univers. Il n’y a pas lieu d’anachronismes parce que leur Histoire est différente, leur culture est différente dès le départ.

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      1. « Euh, je bogue un peu à l’association « fantasy » et « anachronisme ». Il n’y a pas, à mon sens, un développement des idées dans un ordre précis et similaire pour tous les groupes.  »
        Bien sûr.
        Il ne reste pas moins que beaucoup d’univers fantasy se basent implicitement sur notre histoire.
        On peux tout à fait changer ce que l’on veut, mais ces changements ne peuvent être gratuit, ils ont forcément un impact sur le monde.

        Pour garder l’exemple du couple homosexuel, c’est un concept qui a prit du sens dans notre histoire que très récemment.
        Si dans un récit tu dépeint une cité médiévale, il y a un accord tacite avec le lecteur qui dit que, à moins que l’auteur dise le contraire, cette cité ressemble aux cités médiévales de notre histoire. (ou aux cité médiévale des autres récit de fantasy, mais pour le coup ça revient quasiment au même).
        Mettre un couple homosexuel au milieu n’a effectivement aucun sens, sauf si tu expliques pourquoi c’est possible dans cette société.

         » Il n’y a pas lieu d’anachronismes parce que leur Histoire est différente, leur culture est différente dès le départ. »
        Et donc, non. Il y a forcément des points communs entre notre culture et la leurs, sinon soit le lecteur ne comprendrait rien, soit tu devrais passer des pages et des pages à tout réexpliquer…
        Rien que parler de « couple », c’est déjà un énorme point commun avec notre culture.

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        1. T’inquiète, je disais pas que les cultures étaient forcément aux antipodes des nôtres. Différentes, oui, mais pas nécessairement à l’opposé. Différentes dans leurs perspectives et dans le cheminement des idées. Il suffit de changer de pays pour se rendre compte tôt ou tard des différences avec nos voisins même les plus proches. Et l’évolution des idées va et vient, revient et repart. Si le choix de Fantasy est médiévale, oui ok, et même là il y a des idées reçues. Mais le choix historique peut être différent et totalement improvisé aussi. D’où le terme « anachronique » qui ne colle pas à la Fantasy (ok sauf peut-être historique). Je dirais plutôt — et comme tu disais aussi — cohérence.

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  5. Je comprends ces points de vues, et je les partage même. Mais j’ai parfois croiser de bonnes histoires qui utilisaient ce genre de motifs. Pour moi, une bonne histoire bien menée et originale peut utiliser ces motifs et faire passer un message positif !

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    1. Attention, je ne dis pas que ce sont de « mauvaises » histoires : je pense juste qu’elles n’atteignent pas le but que l’auteur vise. Il y a beaucoup d’histoires de ce genre qui font « passer un message positif » (à commencer par tous les exemples cités dans l’article). Elles ne résolvent rien (elles ne sonnent comme positives que pour les gens déjà convaincus). Mais ce n’est que mon avis 😊

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  6. Merci beaucoup pour cet article clair et concis ^^. Je suis d’accord avec ces différents points de vue, que j’essaie d’employer au mieux dans mon travail d’écriture.

    J’aimerais cependant beaucoup avoir votre (ton?) avis sur les constructions type opposition de valeurs.

    Par exemple : « si vous souhaitez défendre une cause, mettez en opposition un personnage/peuple/etc. qui prône un certain comportement (par exemple, une civilisation qui exploite son environnement), avec un autre qui adopte votre vision personnelle (ici, une civilisation qui respecte son environnement -c’est très vaste, je suis d’accord ! ^^). Je trouve que cela est bien illustré (peut-être un poil cliché cependant !) dans Valerian de Luc Besson par exemple.

    Peut-être que ce type d’opposition est cependant trop manichéen et/ou simpliste et rentrerait dans les « mauvaises » façons de défendre une cause ?

    Je me disais que si on employait cette opposition comme un état de fait, sans marteler au lecteur : »c’est la civilisation 2 qui a raison sur ce point ! », il pouvait de lui-même décider de ce qui est le mieux. Autrement, si tout semble normal et sans ce type d’opposition forte, ne risquons-nous pas d’avoir une œuvre plate et de ne pas véritablement communiquer sur ce qui nous tient à cœur ?

    J’espère ne pas avoir été trop longue ! Encore merci pour tous ces articles passionnants et enrichissants.

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    1. Bonjour et merci pour ton commentaire.
      (Oui, pas de « vous » par ici ;))

      L’écologie est un très bon exemple des causes défendues dans les histoires de façon si simpliste que ces récits ne résolvent absolument rien. On retombe quasiment dans le même cas que le point N°1 de l’article. Manichéisme, généralisation et clichés s’accumulent : les « méchants qui polluent » y sont très très méchants et les lecteurs que l’on voudrait sensibiliser à l’écologie ne s’y reconnaissent pas (évidemment) ; les gentils sont issus d’un peuple « en harmonie avec la nature », généralement des peuples primitifs (ce qui apporte de l’eau au moulin de ceux qui prétendent que pour faire de l’écologie il faut revenir à l’âge de pierre).
      Au final on se retrouve avec une histoire « du bien contre le mal » qui n’aborde aucune des facettes réelles et sérieuses des problèmes environnementaux auxquels les humains sont confrontés aujourd’hui (facettes économiques, sociétales, culturelles, etc.). En conséquence, même si tu ne dis pas ouvertement « qui a raison » selon toi, l’exposition est tellement manichéenne et biaisée que cela revient au même.

      Je continue de penser (mais ça reste un avis personnel) que les oppositions de valeurs sont d’excellents moyens de créer du conflit DANS les histoires au niveau individuel entre les personnages ; mais qu’elles font rarement de bonnes histoires en elles-mêmes (cela rend le récit bien trop dogmatique). Ce qui signifie que pour parler d’écologie, je considère qu’il est plus efficace d’opposer deux personnages (ou d’en développer même plusieurs pour avoir un plus large panel d’opinions sur le sujet) que de généraliser à l’échelle de peuples/espèces/mondes entiers.

      Dernier point en passant, en guise de clin d’œil : le film Valerian est en plein dans le point N°3 de l’article.
      😉

      À bientôt !

      Aimé par 1 personne

  7. Merci beaucoup pour cette réponse bien développée ! ^^ Au final, si je comprends bien, d’après toi il vaut mieux personnifier le conflit (dans le sens le faire transparaître dans les actes des personnages) plutôt que de l’étendre à l’ensemble d’un peuple, auquel cas l’opposition devient manichéenne et trop simpliste.

    Je suis plutôt d’accord et cela me donne du grain à moudre ^^

    De fait, je me demande comment transposer cela à la Fantasy : assez souvent, le charme de ce type d’œuvres tient aussi au fait de découvrir plusieurs ethnies; et, à travers elles, une comparaison se crée naturellement. Connaitrais-tu (J’abuse encore un peu !) une œuvre de Fantasy de ce type qui parviendrait pourtant à défendre une cause sans tomber dans les travers que nous évoquions ? En employant un personnage par ethnie, en donnant des raisons complexes au comportement de l’ethnie (autre que bien vs mal)…?

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    1. « De fait, je me demande comment transposer cela à la Fantasy  »
      La roue du temps! (de Robert Jordan)

      Le monde est extrêmement travaillé, notamment du point de vue des cultures : chaque peuple a ses manières de vivre, ses coutumes, ce qui crée des tensions.
      Et ce qui est excellent, c’est que l’on a tour à tour de point de vue du peuple A qui dit que le B est trop bizarre de faire telle ou telle chose, puis le peuple B qui dit exactement la même chose du A…
      Les peuples ont beaucoup de préjugé les uns sur les autres ; certains totalement justifiés, d’autre faux mais compréhensibles, et certains totalement abusés.
      Et c’est très bien traité : quand les personnages sont réellement au contact d’un autre peuple, ils acceptent tout de suite certaines différences, des différences mettent du temps à être accepté, et certaines ne le sont jamais.

      Tout est en fait dans la nuance, l’absence de jugement et la réciprocité (nul n’est parfait, même si certain le sont beaucoup moins que d’autre)

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    2. Outre l’excellente suggestion d’Erwan ci-dessus, on retrouve des principes identiques chez Brandon Sanderson (je pense au monde de La voie des Rois).

      Mais, comme je le suggérais, les différentes cultures et ethnies ne « sont » pas le conflit. Ce n’est pas le cœur de l’histoire, le message principal n’est pas de défendre une cause de mixité. En revanche, ça influe sur le récit puisque les personnages sont issus de peuples différents et que leurs croyances et traditions impactent le scénario. Sanderson met de la diversité dans l’univers parce que ça le rend plus crédible, pas pour donner des leçons. Le fait que ça fasse réfléchir n’est qu’un effet de bord positif. Je pense que c’est ce qu’il faut viser : si tu veux défendre une cause, il est plus important qu’elle fasse partie de l’univers et des personnages plutôt qu’elle soit le cœur de l’intrigue.

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