Règle Pixar [15] : Quand honnêteté rime avec crédibilité

If you were your character, in this situation, how would you feel ? Honesty lends credibility to unbelievable situations.

Si tu étais ton personnage, dans cette situation, qu’éprouverais-tu ? L’honnêteté permet de faire croire aux situations les plus incroyables.


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Il existe un adage d’auteur qui dit : « écrivez sur ce que vous connaissez ». C’est un bon adage, même si les auteurs qui le prennent trop au pied de la lettre pourraient avoir du mal avec les elfes et les voyages intersidéraux.

Dans ce conseil, Pixar te dit qu’à part le réalisme, il y a une chose qui apportera de la crédibilité à la fiction la plus débridée : l’honnêteté.

Tout le monde sait que l’histoire que tu racontes n’est pas réelle. Le but est d’écrire une histoire à laquelle on peut croire. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Pour moi, il y a derrière ce principe de « croyance » des aspects d’honnêteté et de confiance. Or la plus grande partie de l’accent de vérité de ton livre vient de tes personnages : de leur façon d’agir et de parler, même au sein d’un univers complètement surréaliste.

Regarder ses personnages de l’intérieur

J’en ai déjà parlé dans un article sur l’identification au personnage : le lecteur a besoin de comprendre les personnages qu’il suit dans l’histoire. C’est tout le sel de la lecture par rapport aux autres médias ! Avec un livre, on peut (on doit ?) entrer dans la tête des personnages. C’est le grand avantage des narrations les plus courantes, à savoir la troisième personne focalisée et la première personne.

L’auteur doit donc ouvrir la porte des personnages (via sa narration) et en exposer l’intérieur de façon à ce qu’on puisse croire qu’il s’agit bien des pensées d’individus qui pourraient exister. Le lecteur sait que c’est faux, hein, mais il a envie d’y croire. Pour cela il nous accorde sa confiance. Et la moindre des choses quand quelqu’un t’accorde sa confiance, c’est d’être honnête avec lui.

Or, comment décrire les pensées et réactions de nos personnages si ce n’est en analysant les nôtres ? De quel esprit connais-tu le fonctionnement à part le tiens ? Si tant est que tu sois honnête avec toi-même, bien entendu…

Un pour tous

« Si j’étais lui, qu’est-ce que j’en penserais ? »

Voilà la question que Pixar t’encourage à te poser, pour tous les personnages et pour toutes les situations. C’est une sorte de pont à tisser entre tes personnages et toi-même.

La première partie de phrase – « Si j’étais lui » – t’impose d’avoir défini le personnage, car cela suppose de savoir répondre à la question « qu’est-ce cela veut dire, être lui ? ». Avant de pouvoir enfiler un costume, il faut l’imaginer et le coudre. Chaque individu est unique, alors qu’est-ce qui le caractérise et te permet de t’identifier à lui ? Cela nous renvoie à toutes nos méthodes de créations de personnages.

La seconde partie de phrase – « qu’est-ce que j’en penserais ? » – te demande un peu d’empathie et de capacité théâtrale (les habitués du jeu de rôle ont ici un avantage significatif). On enfile le costume. Imagine : TU es lui ; qu’est-ce que TU penses, qu’est-ce que TU fais ?

Tous pour un

Tout le monde est différent. Et en même temps, l’idée derrière ce conseil Pixar est aussi que, quelque part, nous sommes tous un peu les mêmes. De grands principes de psychologie régissent nos actions au quotidien, et c’est en étant honnête avec toi-même sur ton propre fonctionnement que tu pourras deviner l’attitude des personnages qui vivront des situations analogues. Même si tu ne l’avoueras à personne dans la vraie vie, tu sais bien, au fond, ce qui t’agace, ce qui te vexe, ce qui soulage ton cœur. Les meilleurs auteurs sont ceux qui interprètent le mieux leurs personnages, et pour cela je pense qu’il faut posséder une certaine maturité et une certaine connaissance de soi.

Alors oublie un instant ton intrigue, ton scénario et « ce qui t’arrangerait » en tant qu’auteur. Tu es un cow-boy de l’espace, une institutrice elfe, un robot fonctionnant à la vapeur : sois sincère, et dis-nous comment tu penses et agis dans telle ou telle situation.

Et si ton cœur pense que ton personnage devrait agir à l’encontre de ton histoire, écoute-le, il a raison. Tu n’as alors que deux solutions : suivre ton personnage à contre-courant de ton intrigue et voir où ça mène ; ou changer de personnage, car d’évidence celui-ci n’ira dans ton sens qu’à contre-cœur, et cela se ressentira.

Sois le plus honnête possible : le lecteur, comme tout un chacun, n’apprécie pas qu’on lui mente. Si tu ne lui mens pas, si tu mets toute ta franchise dans tes lignes, il y a de fortes chances qu’il te croie – et ce, même si tu lui racontes des trucs complètement incroyables.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« Tu me fais chier, je ne t’aime pas.
— Euh… je peux savoir ce que tu fais ?
— Je m’essaie à l’honnêteté. »

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7 réflexions sur “Règle Pixar [15] : Quand honnêteté rime avec crédibilité

  1. C’est un bon principe, très utile, même si effectivement il réclame d’être capable de prendre du recul. Si on est un vieux bougon sarcastique et qu’on se met à la place de nos personnages comme s’ils étaient tous de vieux bougons sarcastiques, on va obtenir un univers où il n’y a que de vieux bougons sarcastiques.

    D’accord, je viens peut-être de réinventer Kaamelott.

    Mais cela nécessite d’être capable de repérer l’universalité des sentiments, et de comprendre que chaque personnage, dans son honnêteté, se comportera parfois de manière singulière.

    Aimé par 3 personnes

  2. Article très interessant, comme toujours 🙂 J’ai lu quelque part, je ne saurais dire où exactement, que si la fiction était délivré de l’exigence de la vérité (à l’inverse des historiens), elle n’en avais pas moins une exigence de crédibilité, ce qui rejoins ce que tu dis… (et du coup, rends mon commentaire moyennement utile, j’avoue ^^’). Personnellement, en tant qu’autrice jardinière, j’élabore beaucoup mes histoires en empathie avec les personnages, c’est à dire que je les façonne et que je les mets dans des situations où je les « regarde » évoluer en rapport les uns avec les autres, un peu comme un jdr (tout en les guidant, pour que l’histoire ait une cohérence bien sûr). Il m’est arrivé souvent, par exemple, qu’un tel se jette sous la lame de l’ennemi et meurt alors que je ne l’avais pas du tout prévu dans l’histoire, mais parce que je sentais que c’est ce qu’il ferait… Des fois, je me dis qu’un personnage devrais agir comme ça à un moment, mais ça va à l’encontre de tous mes plans, alors je resiste… et au final je m’incline toujours, parce que l’histoire sonne faux sinon. À ce demander c’est qui le patron, dans l’histoire !

    Aimé par 2 personnes

    1. On me trouve souvent dur quand je dis ça, mais mon point de vue est que le patron c’est l’auteur, toujours (c’est moins romantique ou artistique, mais c’est ma voie du stylo). C’est d’ailleurs ce que je dis dans l’article : lorsque l’action d’un personnage « sonne faux », on peut en effet lui lâcher la bride et voir où ça mène (comme un réalisateur laisse parfois un acteur improviser). On a parfois de superbes surprises. Mais lorsque son action nous dirige dans un mur, on peut aussi (on doit ?) modifier le personnage et changer sa nature pour qu’il n’aille pas en sens inverse de l’histoire. Dans mon expérience, j’ai déjà eu les deux cas. Ma réaction est généralement de laisser filer le personnage un moment pour voir où il m’entraîne, et si je vois qu’il n’a aucune chance de revenir sur *mon* chemin, je le modifie (c’est qu’il y a eu erreur de casting). Jusqu’ici, j’ai toujours tenu à raconter les histoires que JE voulais raconter.

      Aimé par 1 personne

      1. Je dois avouer avoir une vision plutôt romantique de l’écriture, pour ma part, même si j’essaie de ne pas en oublier la réalité…
        Comme je construis mes histoires autour de mes personnages, j’ai rarement des erreurs de casting, mais ça m’est déjà arrivé et, en effet, je suis revenu à l’apparition du personnage pour le changer. La plupart du temps, j’écris librement en gardant en tête où je veux aller et en laissant mes personnages trouver le chemin (au risque de souvent me surprendre), mais lorsque l’histoire heurte un mur ou s’éloigne trop, alors je reviens en arrière, au dernier « croisement », et je renvoie le récit sur d’autres rails. Ce qui fait beaucoup de chapitres effacés, reposant à jamais dans le dossier « cut » de mon ordi …

        Aimé par 1 personne

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