7 raisons de ne pas débuter sa carrière d’auteur par une série

« On se fait une intro sympa ?
– On a plutôt intérêt, sinon personne ne va lire la suite… »


Je ne suis pas « anti-série ». Je serai bien mal placé pour te tenir un tel discours, d’ailleurs, puisque mes premiers romans publiés forment… une série. Néanmoins, j’ai eu de la chance. Beaucoup de chance. Avec le temps, j’ai réalisé que j’avais été fou de débuter ma carrière d’auteur par une saga de fantasy, et il est peut-être pertinent que je t’avertisse de certaines choses. Des choses que je n’ai comprises que sur le tard, et qu’il vaut sans doute mieux savoir avant de se lancer.

1) Il est difficile de faire publier un tome 1.

N’y allons pas par quatre chemins : les éditeurs sont frileux au sujet des séries, tout spécialement s’il s’agit du premier roman de l’auteur. Si tu n’as rien publié d’autre, si tu n’es pas connu(e), il te sera plus difficile de convaincre un éditeur avec un premier épisode d’une série qu’avec un livre qui se suffit à lui-même.

2) Il est difficile de vendre un tome 1.

« Désolé, mais je n’achète jamais le premier tome d’une série si la suite n’est pas disponible ». Combien de fois ai-je entendu l’argument en salon ? Je le comprends tout à fait : en tant que lecteur je fais pareil. En tant qu’auteur, il faut avoir conscience que ton tome 1 aura du mal à se vendre justement à cause de son statut de « début de série ».

3) Si le tome 1 est raté, c’est foutu.

C’est la loi du marché : désormais tout est noté, évalué, commenté. Si ton premier tome reçoit de mauvais commentaires d’entrée de jeu et qu’il ne rencontre pas son public, vendre la suite deviendra un calvaire, même si celle-ci est de qualité. C’est une sacrée pression, pour un auteur novice : un premier roman est rarement un livre exceptionnel, or l’existence même des suivants reposera dessus.

4) Tes ventes seront forcément décroissantes

Si tu écris un livre et que sa réussite est modeste, tu peux toujours espérer que ton roman suivant sera mieux accueilli et que tu en vendras plus. Mais lorsqu’on écrit une série, cet espoir est vain : non seulement personne ne lit un second tome sans avoir lu le premier, mais en plus il y a toujours déperdition de lecteurs d’un opus à l’autre. Tu es donc certain à 100% de vendre de moins en moins à chaque épisode.

(Tout n’est pas noir non plus hein : la communication que tu feras à la sortie d’un nouveau tome relancera les ventes du premier, cf. point N°2. Mais gare au point N°3 !).

5) Il faut avoir une motivation sur le long terme

Je te passe le discours « ouh là là, écrire c’est dur ! ». Tu le sais. Donc tu devines bien qu’écrire une série, c’est forcément plus difficile (d’un point de vue du récit, de la structure, de la cohérence, de l’intérêt, etc.). Mais ce qu’on ne réalise pas toujours, c’est à quel point c’est LONG. T’engager sur la voie de la série, c’est partir pour un voyage de plusieurs années (je te le répète en majuscules : PLUSIEURS ANNÉES).

Tu te sens motivé(e) aujourd’hui, mais sans vouloir jouer l’oiseau de mauvais augure, ton histoire te motivera-t-elle toujours dans trois ans ? Dans cinq ? On change, en cinq ans. Tu auras évolué, lu d’autres histoires, développé d’autres envies. Une série, c’est une prison ; pas forcément une prison désagréable (puisque tu l’as créée à ton goût), mais une prison quand même. Prie pour que tes goûts restent stables dans le temps.

6) Tu n’es toujours jugé que sur ton tome 1

Si tu travailles correctement et régulièrement, tu t’amélioreras avec le temps. Si tu fais ce qu’il faut, ton second livre sera meilleur que le premier, le troisième meilleur que le second, etc. Néanmoins, les curieux n’auront pas d’autre choix que de te découvrir par ton tome 1. Je te préviens, cela peut être un peu frustrant.

7) La série est la porte ouverte à l’inutile

Lorsqu’on est novice, on a tendance à trop en faire. Nombreux sont les conseils d’écriture qui rappellent aux auteurs de beaucoup couper, de ne pas digresser, de rester focalisés sur ce qui est important pour l’histoire. Se lancer dans une série, c’est ne pas se mettre de barrières, alors que lorsqu’on débute c’est (peut-être) justement le moment où on en a le plus besoin. S’obliger à ne pas partir dans tous les sens et canaliser ses premières envies dans un cadre restreint peut être une stratégie plus efficace.

M’enfin, ce n’est que mon avis…

PS : pas convaincu(e) ? Toujours motivé(e) ? Tant mieux : moi, j’aime les séries.


« On se fait une conclusion sympa ?
– Boarf, garde-en un peu sous le coude pour le tome 2… »

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7 réflexions sur “7 raisons de ne pas débuter sa carrière d’auteur par une série

    1. Cela peut faire partie d’une ligne éditoriale (après tout, de nombreux lecteurs *aiment* les séries, c’est juste qu’ils aiment les séries *qui durent*, càd qui commencent bien et continuent sur leur lancée).

      Il apparaît aussi comme évident que la fantasy est beaucoup plus touchée par l’omniprésence de « séries » que d’autres genres. Serait-ce le cas si des ouvrages fondateurs comme Le Seigneur des Anneaux avaient été des one-shots ? Quand on cherche des références en fantasy, que ce soit en ancien (Narnia) ou en plus récent (Le Trône de fer, L’Assassin Royal), on tombe systématiquement sur des séries. Du coup, est-ce étonnant que les auteurs novices tentent de suivre ces modèles ? Que ce soit en édition traditionnelle ou en autoédition, le one-shot est exception (j’exagère à peine).

      Aimé par 2 personnes

      1. Je me suis souvent demandé ce que serait devenue la fantasy moderne si, au lieu de Tolkien, le Père Fondateur du genre avait été Lord Dunsany. Je pense effectivement que la tendance à écrire des gros bouquins à suites multiples aurait été moins répandue.

        Aimé par 2 personnes

  1. Ce sont de bons points, et il vaut mieux effectivement en avoir conscience. Après, le point 1) ne vaut que si on cherche un éditeur. Sur la question des ventes, je conseille cet article (en anglais) de l’auteure de SFFF Rachel Aaron, très intéressant, qui montre aussi le gros potentiel de vente d’une longue série : http://thisblogisaploy.blogspot.com/2016/08/lets-talk-numbers-how-long-should-your.html

    Et en effet, le point 3) est flippant, mais il vaut aussi à mon avis pour les titres individuels. Je serai peu tentée de redonner une chance à un auteur dont je n’ai pas aimé un premier livre, y compris s’il s’agit d’un tout nouveau projet, voire d’un autre genre.

    Personnellement, ma première publication est aussi une série… Mais chaque tome a une vraie fin et se concentre sur une intrigue différente. En soi, il n’y avait donc pas d’obligation pour moi d’écrire une suite après le premier roman. J’en ai juste eu envie, et j’ai ressenti chez les lecteurs qu’il y avait cette attente, par rapport notamment à certains personnages secondaires. Cela dit, je ne pense pas non plus aller au-delà de 3 tomes. Si je veux continuer à explorer l’univers, rien ne m’empêchera d’écrire des nouvelles et novellas annexes, mais je sens qu’après trois romans, j’aurai envie de passer à autre chose, pour les raisons que tu cites. 🙂

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    1. Oh punaise, merci pour ce lien ! J’avais lu cet article il y a longtemps au hasard du web, et pas moyen de remettre la main dessus ! Dans mon article je n’osais pas parler du taux de rétention parce que je ne trouvais plus la source (ma mémoire était bonne, cela dit : si on a environ 60% de ventes du tome 2 par rapport au tome 1, on a de quoi être heureux).
      🙂
      Il y a déjà des auteurs qui m’ont interpellé sur twitter pour me dire « ah non mais moi j’adore mon univers et mes personnages ». J’ai envie de répondre « heureusement ! ». Mais en ce qui me concerne, après dix ans de travail sur le Grand Automne, je suis très content de bosser sur le dernier tome de la série et de pouvoir ensuite passer à autre chose…

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  2. J’avoue en tant que lectrice, j’ai rarement envie de me lancer dans une grande série, j’ai trop de choses à lire !
    Et en tant qu’autrice débutante, je suis bien heureuse de commencer par un one-shot, c’est déjà bien assez compliqué sans avoir à se préoccuper d’arcs narratifs sur plusieurs romans…
    Pour moi c’est aussi une question de goût, je suis volage : mon premier roman est un policier contemporain, le suivant sera plutôt de la fantasy. Je suis aussi adepte du one-shot en jeu de rôle, ça me permet d’explorer un nouvel univers à chaque fois (et c’est aussi plus facile à organiser^^).

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