Règle Pixar [10] – Se retrouver dans les histoires des autres

Pull apart the stories you like. What you like in them is a part of you : you’ve got to recognize it before you can use it.

Décortique les histoires que tu aimes. Ce que tu apprécies en elles fait partie de toi : tu dois l’identifier avant de pouvoir t’en servir.


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

L’écriture, c’est exprimer et donner une partie de soi.

Dans ce conseil, Pixar incite les auteurs à mener l’enquête sur cette « partie de soi » que l’on donne ; une introspection au prisme des histoires rédigées par d’autres…

Lire les autres

La lecture est le carburant de l’écrivain : pour bien écrire, il faut beaucoup lire. C’est vrai pour plein de raisons ; pour travailler son style ou ses structures narratives, par exemple. Mais quand tu aimes une histoire (quelle que soit sa forme, livre, film etc.), t’es-tu déjà demandé, consciemment et sérieusement, pourquoi elle te faisait vibrer ? Au-delà du jugement de valeur sur le fait que l’histoire soit « bonne » ou pas, au-delà de la technique (bien écrite / bien réalisée) ?

Une histoire peut résonner de façon très différente chez les uns et les autres. Tu peux adorer une histoire qui laisse tes ami(e)s de marbre, ou vice versa. Dans ces cas-là, tout se joue sur des choses plus profondes : les sujets, les thématiques, les valeurs, les sensations. Si une histoire te fait vibrer, c’est qu’elle est entrée en résonance avec une ou plusieurs cordes à l’intérieur de toi. Lesquelles ? As-tu jamais eu la curiosité de le découvrir, afin d’apprendre à en jouer dans tes propres récits ?

Analyser les autres pour se connaître soi-même

Tu peux toujours essayer d’écrire une histoire pour plaire aux autres : je crois pourtant que ton livre ne sera bon que s’il te plaît d’abord à toi-même. Il n’y a qu’ainsi qu’il peut être sincère, et comporter en lui cette étincelle de vérité qui peut toucher autrui.

Il y a des années, alors que je décidais d’écrire mon premier roman, j’ai suivi ce conseil Pixar à la lettre, de façon très scolaire : j’ai listé dans un document les œuvres qui m’avaient le plus marqué. Cela ne concernait pas que des livres : films, BD, animation japonaise, jeu de rôle, jeux vidéo, tout y passait. J’ai tenté de dresser un « top » de mes histoires préférées. Pour chacune, je me suis efforcé de noter en face pourquoi l’histoire m’avait marqué, pourquoi elle m’avait touché, pourquoi je l’aimais tant.

Sans surprise, y compris sur des œuvres très différentes, certaines de mes réponses revenaient à intervalles régulier : cela m’a amené à lister quelques grands axes qui m’ont servi de colonne vertébrale dès mon premier livre.

Exemple : je me suis aperçu que 100% des œuvres listées présentaient une absence de manichéisme. En fantasy, c’est pourtant un poncif, mais justement : j’aime quand les récits n’opposent pas « des gentils » à « des méchants ». Cela correspond à une conviction personnelle profonde, à ma façon de voir la vie. J’ai su dès lors que ce serait forcément une caractéristique de mes propres histoires.

Je relis ce document régulièrement. D’ailleurs, rédiger cet article me donne envie de le mettre à jour : il date de 2012, j’ai lu plein d’histoires géniales depuis, et j’ai moi-même évolué. Fais-le, toi aussi : identifie ce qui te plaît. Une ambiance, un ton, un personnage (lequel et pourquoi ?). Cherche l’envers du décors, la raison de tes sentiments. Nous sommes influencé(e)s par les récits des autres : impossible de faire autrement. Quitte à l’être, autant que ce soit de façon consciente ! Cela te permet d’éviter la copie bête ou les clichés, et de n’utiliser que la substantifique moelle des histoires inventées par d’autres, afin de produire des créations qui te soient personnelles ; un peu comme collecter tes ingrédients préférés ici et là pour concevoir ensuite ta propre recette.

S’analyser soi-même ?

Je déborde un petit peu de ce conseil Pixar pour le pousser plus loin : si tu as déjà produit un certain nombre d’histoires ces dernières années, pourquoi ne pas les décortiquer avec le recul et y chercher un fil conducteur ?

Pour certains auteurs, c’est évident : nous avons presque le sentiment qu’ils réécrivent plusieurs fois la même histoire. Il y a des thèmes récurrents, des personnages presque clonés d’un récit sur l’autre, un ton ou une ambiance identiques. Pour d’autres auteurs, c’est moins clair, et pourtant : s’ils sont sincères dans leurs démarches, il y a forcément un ou plusieurs fil(s) qui relie(nt) leurs différents récits.

Je te dis ça car j’ai récemment découvert moi-même un bout d’ADN commun dans mes livres terminés ou en projet, un ADN qui fait indubitablement partie de moi, mais que je n’avais pas identifié jusqu’ici. Chose amusante, j’ai ressorti le vieux document dont je te parlais ci-dessus : mon vieux « top » des histoires qui m’ont marqué. Et bien tu sais quoi ? Ce bout d’ADN figure dans presque tous ces récits… mais à l’époque, je ne l’avais pas vu. Dommage : dans mes écrits passés, j’aurais pu mieux l’exploiter. Dans mes créations futures, je jouerai – cette fois de façon volontaire et assumée – de cette corde-là.

Parce que c’est moi.

M’enfin, ce n’est que mon avis.



« Nous sommes une part de lui, je crois.
— Une part chacun ou une part à nous deux ? »

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16 réflexions sur “Règle Pixar [10] – Se retrouver dans les histoires des autres

  1. Merci pour cet article toujours très intéressant 🙂
    C’est quelque chose que j’ai toujours fait inconsciemment : j’écris ce que j’ai envie de lire, et par conséquent ce que j’ai aimé lire ailleurs. Et comme tu dis, c’est drôle et intéressant de se pencher sur plusieurs histoires et de se rendre compte de ce qu’elles ont en commun, dans leurs thèmes, leurs valeurs et leurs personnages…

    Aimé par 1 personne

    • C’est ce que nous faisons TOUS inconsciemment. Et c’est toute la profondeur de ce conseil Pixar : cessons de le faire de manière inconsciente et superficielle, mais creusons chez les autres pour identifier « notre » ADN.
      C’est en rédigeant cet article que j’ai eu l’idée de la nouvelle rubrique que j’inaugure dans quinze jours. Soyez prêts pour les articles [EXTRAIT] ! 🙂

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  2. Je n’ai jamais poussé la réflexion aussi loin sur les œuvres que j’apprécie, pour l’instant je me suis contentée d’analyser l’aspect « technique » plus que les thèmes, mais ça a l’air d’être un exercice très intéressant ! Il faut que j’essaie ça, surtout que je devrais attaquer un nouveau projet d’ici peu, ça pourrait me donner des pistes… Merci pour cet article !

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour ! J’aimerais faire un article sur mon blog sur ces fameuses règles Pixar pour partager l’analyse que tu en donnes et en particulier celles qui me parlent le plus (en précisant bien entendu que ces analyses viennent d’ici :)). Est-ce que ça te poserait un souci ?

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour ! Premièrement, ces règles ne sont pas les miennes, donc je n’ai absolument aucun droit de propriété dessus 😉 ; secondement, à partir du moment où tu cites tes sources (càd que tu précises quand des éléments viennent de mes articles) il n’y a absolument aucun problème, et ce sera même avec plaisir. Mon blog n’est qu’un blog, et le partage est l’un de ses buts. Merci d’avoir posé la question et à bientôt ! 🙂

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