Règle Pixar [6] : Le challenge du protagoniste

What is your character good at, comfortable with ? Throw the polar opposite at them. Challenge them. How do they deal ?

En quoi ton personnage est-il doué, avec quoi se sent-il à l’aise ? Confronte-le à des situations opposées. Mets-le à l’épreuve. Comment s’en sort-il ?


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Nous avons déjà parlé des obstacles. Nous avons vu que pour fonctionner, une histoire a besoin de confronter un protagoniste à des difficultés :
– réelles,
– avec de l’enjeu,
– qu’il devra franchir par lui-même.

Cette règle Pixar nous donne des pistes à creuser pour trouver « les bons obstacles » à opposer à son personnage.

Bien connaître son personnage

Je t’ai déjà parlé du concept de personnage spécifique : ton histoire devrait être conçue sur mesure pour ton personnage, ou ton personnage conçu sur mesure pour ton histoire : ils doivent être indissociables. Cela induit que pour bâtir de bons obstacles, la meilleure idée est de partir de ton personnage, et de choisir des obstacles spécifiques à ce dernier (càd que si tu peux changer de protagoniste sans changer les obstacles, il y a un souci quelque part). De façon intéressante, Pixar nous incite – non pas à nous intéresser à ses faiblesses, comme nous le faisons souvent – mais bien à nous pencher sur ses points forts.

Contre-pied

Pour secouer un personnage sur ses bases, une bonne tactique est de le placer dans des situations dans lesquelles ses plus grands talents ne l’aideront pas. Un personnage qui dispose d’un point fort va avoir tendance à vouloir s’en servir pour résoudre tous ses problèmes. Le confronter à des situations opposées à ses compétences va l’obliger à évoluer et à changer.

Ex : c’est un baratineur de génie ? Imagine des situations où il ne pourra pas mentir. C’est un meneur d’hommes, habitué à commander ? Place-le là où il n’aura aucune autorité. C’est un hacker spécialiste en nouvelles technologies ? Trouve des situations où ses gadgets ne lui serviront à rien.

Bien sûr, en terme d’obstacle, s’attaquer à ses faiblesses fonctionne aussi… mais cela n’a pas le même effet sur son mental ou son moral : échouer à une épreuve de force si tu es un gringalet, c’est frustrant ; mais pas autant que de posséder une force extrême et d’affronter une épreuve où elle ne t’est d’aucun secours.

Exactement pour cette raison, il est plus efficace de trouver une situation dans laquelle le talent du personnage ne pourra s’exprimer que de supprimer le talent du personnage. L’idée n’est pas qu’il regrette son talent perdu : le principe est au contraire qu’il comprenne que ce talent seul ne peut pas tout accomplir et qu’il doit évoluer.

Ex : si ton personnage est doté d’une force surhumaine, mieux vaut trouver des situations où sa force ne lui servira à rien, plutôt qu’une astuce scénaristique qui le privera de sa force (ce qui sous-entendrait que, s’il était toujours fort, il s’en sortirait sans problème).

Enfin, toujours pour la même raison, il est assez peu pertinent de créer un héros sans réel talent. Certains auteurs se croient malins à créer des anti-héros qui ne sont bons à rien, mais – outre que ces personnages ont tendance à inspirer la pitié – l’auteur se ferme surtout des portes pour l’évolution de ce dernier. Souviens-toi qu’un bon personnage est bâti en nuances, en pics et en creux. Sans talent, il n’a pas de pic (= il est plat).

L’antagoniste miroir

Un bon adversaire pour un protagoniste est donc celui qui est capable à la fois :
– de l’attaquer sur sa faiblesse ;
mais aussi (voire surtout) de demeurer insensible à ses talents.

Note : Pixar indique ici de confronter le héros « à son opposé », mais il ne faut pas l’interpréter de travers. Nous avons déjà vu que le meilleur adversaire n’est pas « le négatif » ou « le contraire » du héros, mais bien quelqu’un qui lui ressemble énormément. Son double, son miroir.

Dans ses retranchements

Enfin, le dernier mot important à retenir de ce conseil Pixar est le « challenge » : l’objectif est de pousser le personnage dans ses retranchements en le forçant à changer. Pour cela, il faut s’imaginer à sa place face aux obstacles, imaginer avec lui comment il peut les franchir… mais trouver des parades à ses premières réactions, et surtout le contrer à chaque fois qu’il cherche à utiliser ses talents habituels ou que ses solutions ne sont pas pérennes.

Ex : ton personnage est un baratineur de génie et tu as imaginé une épreuve dans laquelle il ne peut pas mentir. Comment va-t-il réagir ? Probablement en cherchant à esquiver la contrainte : mentir « seulement par omission », ou pousser quelqu’un d’autre à mentir pour lui. Cela doit échouer, ou ne fonctionner qu’à court terme (et lui revenir en pleine figure plus tard). Fais en sorte qu’il demeure au pied du mur tant qu’il n’aura pas été *vraiment* sincère et franc.

Résumé du conseil du jour : pour forcer ton personnage à regarder sa faiblesse en face, contrecarre ses talents, et pousse-le dans ses derniers retranchements jusqu’à ce qu’il change (ou échoue) pour de bon.

M’enfin, ce n’est que mon avis.


« En tant que personnage, l’auteur ne peut rien contre moi.
— Pourquoi ?
— Moi, je n’ai aucun talent. »

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5 réflexions sur “Règle Pixar [6] : Le challenge du protagoniste

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