Les personnages qu’on apprécie (1/2)

« Dis, tu m’aimes ?
— Mais oui…
— Et pourquoi tu m’aimes ?
— Roh le lourd… »


J’ai déjà beaucoup parlé de création de personnages ici. Pourtant je réalise que je n’ai jamais mentionné un outil pourtant fort utile : ce qui fait qu’on apprécie un personnage… ou pas.

Il est excessivement rare d’avoir besoin de personnages tout blancs ou tout noirs. Les héros sans défauts sont lisses et sans intérêt ; faire en sorte qu’on apprécie l’adversaire augmente fortement la puissance du récit. Si tout est donc question de nuances et de dosages, encore faut-il savoir quels traits font pencher le cœur du lecteur, et de quels côtés.

Des études très sérieuses en psychologie ont servi de base aux auteurs pour réfléchir à la question, et ce qui suit nous est relaté par l’auteur américain de nombreuses fois primé Orson Scott Card (1).

Les personnages « qu’on aime » :

— Ceux qui nous ressemblent, d’une manière ou d’une autre

C’est ainsi, fortement ancré dans nos ADN : le rejet de l’inconnu, et l’attirance pour nos semblables. À chaque fois qu’un lecteur va identifier une ressemblance entre l’un des personnages et lui-même, ledit personnage va gagner en sympathie auprès de lui. On ne parle pas là que de ressemblance physique : caractère, valeurs, situation vécue… tout point commun fonctionne en ce sens.

— Ceux qui titillent notre curiosité

C’est un cliché (par exemple, celui du beau brun ténébreux), et pourtant ça marche : le personnage mystérieux marque, lui aussi, des points de sympathie auprès du lecteur. On l’apprécie, ou tout au moins nous sommes attirés par lui.

— Ceux qui nous attirent physiquement

Tu peux trouver ça révoltant, mais c’est comme ça : on apprécie plus les beaux que les moches. C’est la vie !

— Ceux qui aident les autres, les sauveurs

Dès qu’on montre qu’un personnage aide quelqu’un, on lui fait gagner des points d’estime. Plus ça lui demande d’effort, plus ça marche.

— Ceux qui sont courageux

Place ton personnage face à un danger, et fais-lui garder la tête haute. On l’appréciera pour cela. On aime (voire admire) ceux qui ont des tripes.

— Ceux qui sont fair-play

Si ton personnage sait perdre avec le sourire et reconnaître la qualité de son adversaire, on dira de lui qu’il a la classe.

— Ceux qui ont de l’humour

Tu as dû le remarquer en société : une personne drôle est une personne entourée et aimée. Mieux : si tu montres que le personnage est capable de rire de lui-même, c’est encore plus fort.

— Ceux à qui on peut faire confiance

Les gens honnêtes, loyaux, qui tiennent parole, sont des personnes éminemment recherchées. On apprécie forcément ces individus. De nombreuses histoires de gangsters mettent en scène des personnages capables de mourir pour respecter un code de conduite, quel qu’il soit. Si ton personnage définit une ligne d’action, des règles, et qu’il s’y tient coûte que coûte, il gagnera l’estime du lecteur.

— Ceux qui sont ingénieux

Attention, à ne pas confondre avec l’intelligence (j’en reparle la semaine prochaine). Ceux qu’on aime, ce ne sont pas les intellos avec un gros QI : ce sont les malins, les rusés, les filous, les McGyver.

— Ceux qui ont des défauts sympathiques

Qui dit « défauts sympathiques » dit :
1) défauts pas très graves,
2) défauts souvent possédés par plein de monde (et donc potentiellement par beaucoup de lecteurs) ;
3) défauts traités dans le récit de façon humoristique, souvent exagérés.
Exemple : un personnage radin à l’extrême, un fumeur invétéré, un personnage atteint d’un toc sans gravité, etc.

Quand tu as besoin que ton lecteur apprécie ton personnage, consulte cette liste et vois quel trait tu peux lui adjoindre. Tu as créé un personnage de méchant sadique et sanguinaire, mais tu voudrais que les lecteurs l’adorent ? Compense ses défauts : imagine un beau gosse, très astucieux, bourré d’humour, qui n’a pas peur du sang de ses victimes, mais s’évanouit dès qu’il voit le sien… et tu obtiens immédiatement un personnage que les gens auront envie de suivre.

C’est en sachant équilibrer les poids sur la balance qu’on rend mythiques des personnages qui — à priori — ont pourtant tout pour déplaire : Hannibal Lecter est un tueur terrifiant, et pourtant il fascine les foules.

La semaine prochaine, on passe en revue les personnages qu’on déteste : ça va un peu ressembler à un négatif de ce qu’on a vu aujourd’hui… mais pas tout à fait.
🙂

À bientôt !


(1) Personnages et points de vue / Orson Scott Card

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