Choisir le meilleur personnage de point de vue pour son histoire

« Le meilleur point de vue, c’est le mien !
— Non, le mien ! »


Tu as choisi ta narration pour ton récit : tu vas l’écrire à la première personne, ou bien tu vas l’écrire à la troisième personne ; tu n’auras qu’un seul personnage de point de vue pour tout le récit, ou alors tu as prévu d’avoir un personnage différent à chaque chapitre. Ok.

Mais… quel sera ce personnage ? À la première personne, qui sera celui qui s’exprimera ? À la troisième, sur lequel focaliseras-tu ta narration ? Comment bien choisir, et quels sont les éléments à prendre en compte ? Réfléchissons-y ensemble.

En fonction de la narration

L’une des questions à se poser est déjà « quelle narration vais-je utiliser ? ». Ci-dessus, je te parlais de narration à la 1ère personne ou à la 3ème focalisée. Eh bien, selon que tu as choisis l’une ou l’autre, il y a déjà des éléments à prendre en compte.

  • À la 1ère personne, il existe des contraintes. Il te faut un personnage qui possède à la fois des raisons de raconter son histoire et le caractère pour oser le faire (je t’avais déjà expliqué cela dans l’article Les pièges de la narration à la 1ère personne). Ainsi, tous les protagonistes ne sont pas adaptés à cette narration. Dans la liste de tes personnages, mieux vaut en choisir un qui possède une solide raison de faire ce récit. De plus, il doit avoir assez de tripes pour oser raconter des choses honteuses ou difficiles, et ne pas trop avoir la langue dans sa poche. Autre élément à prendre en compte : il est plus difficile de multiplier les points de vue en écrivant à la première personne. Ce n’est pas impossible, hein (je cite souvent La Horde du Contrevent d’Alain Damasio ou Outrage et rébellion de Catherine Dufour), mais c’est moins courant et plus complexe de créer de l’immersion de cette manière.
  • À la 3ème personne, tu es plus libre de choisir qui tu veux. C’est vrai pour le caractère (même le plus introverti des personnages peut faire l’affaire car nous serons dans ses pensées). C’est vrai aussi pour la variété des points de vue (tu peux plus aisément changer de personnage de point de vue d’un chapitre à un autre).

En fonction du rôle du personnage dans l’histoire

Le lecteur s’attend forcément à ce que le personnage dont on lui montre le point de vue soit central dans l’intrigue. Mais qu’est-ce que cela signifie d’être « central » dans une scène, et comment savoir si tel personnage a bel et bien un rôle assez important pour justifier son point de vue ? Deux interrogations peuvent t’aider :

  • « Est-ce qu’il a un impact sur les autres personnages ? ». Si les actes d’un personnage ont des répercussions sur la vie des autres personnages, alors il est probable qu’il fera un point de vue intéressant pour tout ou partie de ton récit – juste pour ce chapitre, ou pour l’intégralité du livre.
  • « Quel personnage est le plus concerné par le conflit de ton récit ? ». Pour qui cette histoire est-elle importante, et pourquoi ? Plus le personnage est touché directement et personnellement par le conflit central de l’histoire, plus l’utilisation de son point de vue accroche le lecteur, et ce pour une raison de dramaturgie toute simple : les enjeux sont bien plus clairs, et ils sont aussi bien plus forts.

En fonction des informations à transmettre au lecteur

Le rôle de la narration est de transmettre de l’information. Encore plus en début de récit (pendant la phase d’exposition) le texte doit permettre au lecteur d’apprendre des choses, d’évaluer une situation, de comprendre ton univers, de cerner les personnages. En conséquence, pour choisir ton personnage de point de vue, liste donc les éléments que tu souhaites transmettre à ton lecteur, et demande-toi quels sont les personnages de ton récit qui sont le mieux placés pour le faire.

  • si le personnage est ignorant d’un sujet, le lecteur le sera aussi. Si tu souhaites volontairement garder le mystère sur ce sujet, c’est parfait ! Mais, si tu veux fournir cette information au lecteur, tu seras dans le pétrin.
  • c’est aussi là que réside l’intérêt des points de vue multiples : lorsque ton univers est complexe, changer de personnage de point de vue entre deux chapitres t’aidera à multiplier les « sources d’informations » auxquelles aura accès le lecteur.

Ex : rien de tel pour exposer ton système de magie que de raconter un chapitre du point de vue d’un magicien qui doit faire usage de son art. En revanche, si l’important pour l’intrigue est de faire comprendre une situation géopolitique, sans doute qu’un personnage de dirigeant, diplomate ou général sera plus approprié. Et si tu souhaites n’avoir qu’un unique point de vue pour tout le livre, alors mieux vaut réfléchir à celui qui sera le plus utile à la narration « pour la majorité des cas ».

Une autre solution encore est de prendre le contre-pied total, avec un personnage ignorant de tout (en fantasy, c’est le cliché du garçon de ferme isolé dans un village perdu) : comme il ne sait rien, les autres personnages doivent toujours tout lui expliquer, ce qui permet de transmettre les informations au lecteur en même temps. Attention cependant, cette technique a été si utilisée qu’elle est un peu usée, et les héros ignorants sont souvent un peu pénibles à lire…

En fonction de l’attachement que tu veux générer

Il faut avoir conscience d’une chose : si c’est bien fait, utiliser le point de vue d’un personnage crée un lien entre ce personnage et le lecteur. C’est ainsi, tu ne peux rien y faire. Cela signifie deux choses :

  • si tu souhaites que le lecteur s’attache à un personnage en particulier de ton récit, choisis-le comme personnage de point de vue (unique ou récurrent). Ce sera ainsi bien plus simple de créer ce lien.
  • si tu ne souhaites PAS créer un attachement à ce personnage, évite d’utiliser son point de vue !

Ex : si tu utilises le point de vue de l’adversaire, tu tisses un lien particulier entre lui et le lecteur. Mais ne procède ainsi que si c’est ton but (et vérifie bien que cela soit profitable à ton récit !). Car, par effet de bord, créer ce lien tend à réduire la tension que l’adversaire génère et dissipe le mystère qui l’entoure. Utiliser le point de vue de l’adversaire peut ainsi briser son aspect menaçant ou dissoudre la curiosité à son encontre. Or, c’est son job que de créer de la tension.

Cela ne vaut pas que pour l’adversaire, d’ailleurs : si les récits centrés sur Sherlock Holmes ou Hercule Poirot évitent généralement les points de vue de ces illustres personnages, c’est aussi parce que cela permet de garder intact leur aura de génie et de mystère. Ils perdraient de leur charisme si le récit adoptait leur point de vue.

***

À noter que cet article et ces questions fonctionnent dans les deux sens : cela peut te permettre de sélectionner le meilleur personnage de point de vue parmi ceux qui existent déjà dans ton récit ; mais cela peut aussi te permettre de créer sur mesure un personnage afin qu’il corresponde parfaitement à tes besoins d’auteur.

Brandon Sanderson fait cela très bien dans sa série Les Archives de Roshar : son récit bascule d’un chapitre à un autre entre plusieurs personnages majeurs ; mais parfois, il souhaite aussi nous communiquer des informations spécifiques qu’aucun de ses héros n’est capable de nous véhiculer. Alors, dans des chapitres « interlude », il crée sur mesures deux ou trois personnages de point de vue, qui souvent ne servent qu’une seule fois. Chacun de ces personnages devient le « héros » d’un chapitre unique, spécialement dédié à un aspect de l’univers et/ou du récit, et nous apporte un point de vue nouveau.

De façon assez étonnante, cet article aborde une question que les auteurs se posent rarement de façon formelle. Beaucoup gèrent cela « à l’instinct », ce qui donne parfois lieu à des chapitres (ou des livres entiers) en sacré décalage avec l’intrigue. D’autres auteurs, au contraire, sont extrêmement doués pour former des chorales de personnages, et pour choisir à chaque chapitre le meilleur point de vue pour ce qu’ils ont à raconter. On l’a vu, plusieurs bonnes questions peuvent te guider pour faire tes propres choix. C’est souvent plus pertinent et efficace que le bon vieux feeling.

M’enfin, ce n’est que mon avis…
🙂


« Ah, alors je ne dois pas être le meilleur point de vue : je ne génère aucun attachement.
— Ce n’est pas moi non plus : je n’éprouve pour cet article strictement aucun intérêt ! »


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Règle Pixar [21] – Être vrai plutôt que cool

You have to identify with your situations and characters, can’t just write ‘cool’. What would make YOU act that way ?

Vous devez vous identifier à vos situations et vos personnages. Vous ne pouvez pas vous contenter de les faire agir ainsi parce que c’est « cool ». Qu’est-ce qui *vous* ferait agir de la sorte ?


[Que sont les règles d’or Pixar ? C’est expliqué ICI]

Cela t’est forcément déjà arrivé alors que tu lisais un livre ou visionnais un film : tu regardes la scène se dérouler, et tu te dis « c’est ‘classe’, mais c’est débile : pourquoi le personnage ferait ça ? ».

Ce conseil Pixar met en garde les auteurs au sujet de la crédibilité de leurs scènes : c’est bien beau d’avoir une idée spectaculaire, encore faut-il que les personnages aient de véritables raisons d’agir comme ils le font.

C’est un conseil qui reboucle avec plusieurs articles Pixar, comme celui sur l’honnêteté (conseil 15) et les principes d’objectifs (conseil 16). Mais l’ennemi visé ici est surtout l’enthousiasme de l’auteur et sa tendance à aimer les scènes impressionnantes et grandioses, au détriment parfois de la crédibilité.

La soif d’originalité

Le marché des histoires est saturé : nous baignons dans un environnement où nous avons accès à une multitude de livres, films, BD ou séries. Les auteurs sont de plus en plus obnubilés par le désir de « sortir du lot », et donc de proposer des scènes nouvelles, inédites, incroyables, spectaculaires. En littératures de l’imaginaire, les portes sont grandes ouvertes pour des créations de toutes sortes : environnements fous, créatures bizarres, véhicules et engins de dingues, le tout pour des mises en scènes qui marquent les esprits. Seulement voilà : à force de rechercher du « cool », on oublie parfois le « vrai ».

1er degré

Bien entendu, ce conseil Pixar est à prendre d’abord au premier degré – mais c’est un conseil que tu connais déjà. Mets-toi à la place de ton personnage principal, et respecte un peu de logique : pourquoi irait-il se jeter seul dans la gueule du loup au lieu d’appeler la police ? Pourquoi se disputerait-il si violemment avec la personne qu’il aime pour une broutille si ridicule ? Qu’est-ce que tu ferais, toi, à sa place ? Pourquoi lui ne le fait-il pas ?

Et – bien entendu – cette façon de faire peut s’appliquer à tous les personnages majeurs de ton histoire : pourquoi ton adversaire ne tire-t-il pas alors qu’il a le héros à ses pieds ? Pourquoi cet allié n’avoue-t-il pas au héros ce qu’il a vu au chapitre précédent ?

Si tu ne souhaites pas que les actions des personnages paraissent « forcées », se poser ces simples questions de logique te sauvera la mise bien des fois.

Mais le « cool » nous pousse aussi à des défauts plus subtils…

Étendre le principe au Worldbuilding

J’en parlais ci-dessus : notre recherche d’originalité nous pousse à créer des environnements, des créatures, des magies, des engins.

Or, parfois, un auteur crée un monstre juste pour le plaisir de le faire s’affronter avec ses héros. Il lui imagine une apparence, des capacités, mais se focalise uniquement sur l’intérêt de la scène qu’il a en tête… sans réfléchir un seul instant à la crédibilité de la chose. Comment cette créature vit-elle au quotidien ? Est-elle adaptée à l’environnement où l’auteur l’a placée ? A-t-elle de quoi se nourrir ? Pourquoi a-t-elle développé les capacités dont l’auteur l’a dotée ?

Il en va de même avec de nombreux éléments de nos univers : des lieux conçus de façon complètement absurdes juste pour coller au spectaculaire de la scène, un véhicule qu’aucun ingénieur sain d’esprit n’aurait fabriqué de la sorte, un pouvoir magique qui – s’il existait vraiment – aurait tôt fait d’être détourné pour tel ou tel usage, une épée à la forme terriblement impressionnante et à l’aspect très classe mais qui serait impossible à manier dans une situation réelle, etc.

Je suis sûr que tu souris à ces évocations : les exemples sont innombrables, tant dans la littérature qu’à l’écran. À mon sens, là réside la différence entre un univers qui paraît crédible, solide et réaliste, et un univers « de série B », où les auteurs privilégient le « cool » à la simple logique.

Au-delà de te mettre dans la peau de tes personnages principaux (ce qui est, quand même, le B-A-BA de l’écriture) :

  • Mets-toi donc dans la peau des concepteurs de ton univers : ceux qui bâtissent des lieux, conçoivent des véhicules, fabriquent des objets. Demande-toi quels étaient leurs objectifs, leurs moyens, le contexte historique ou technologique.
  • Mets-toi aussi dans la peau de Dame Nature : celle qui crée des espèces animales ou végétales. Demande-toi quelles sont les contraintes du milieu, les interactions entre les espèces, qui mange quoi, qui a besoin de développer quelles capacités pour survivre.

Et après – seulement après – vois donc comment toi tu peux exploiter ça d’un point de vue dramaturgique, et comment tes personnages peuvent exploiter ça pour avancer dans l’histoire.

***

Le « cool » et le « vrai » ne sont pas incompatibles, loin de là, mais il vaut mieux réfléchir au second avant de penser au premier. Justifier a posteriori une invention cool n’est pas toujours possible, et peut générer un surplus d’incrédulité. Tu verras que le « cool » peut très bien venir du « vrai ». Et que lorsqu’il le fait, il a bien plus de poids.

M’enfin, ce n’est que mon avis.
🙂


« Tu n’es pas très cool, comme type.
— Nan, mais moi je suis vrai. »

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[SCRIBBLOG] Cinq types de protagonistes qui provoquent l’ennui

[Que sont les articles du Scribblog ? C’est expliqué ICI]

Nouvelle adaptation française d’un article Mythcreants posté sur le blog de la plateforme Scribbook !

On en revient à un autre de mes sujets favoris : les personnages. Souvent, chez les auteurs novices, la plupart des personnages sont très cool, exceptés… le protagoniste principal. Dommage, n’est-ce pas ? Pourquoi ? Parce qu’il tombe souvent dans l’un des clichés suivants…

Bonne lecture !

scribbook-blog-5-types-protagonistes-qui-provoquent-ennui

Si l’incompétence est le croquemitaine de l’adversaire, l’ennui est souvent ce qui sonne le glas du héros. Ce n’est pas le seul problème qui le menace, mais c’est peut-être le plus sérieux. Votre protagoniste doit porter le lecteur tout au long de l’histoire. Si le personnage principal est ennuyant, cela peut endommager l’histoire à un point que vous n’imaginez même pas.

Étant donné les conséquences, il est surprenant de constater à quel point les figures ci-dessous, très communes, s’allient pour rendre un protagoniste ennuyant. Apprenez à les reconnaître avant qu’elles ne s’insinuent dans vos propres histoires.

[Lire la suite >>>]

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Présentation Vs Représentation

« On n’a jamais vraiment été présentés.
— En même temps, pour ce qu’on représente… »


On m’a posé une question un peu technique sur Twitter récemment, et elle m’a forcé à me replonger dans (l’indispensable) guide d’Orson Scott Card intitulé Personnages et Points de vue. Comme c’est un sujet intéressant, et qu’il possède un fort lien avec le choix de la narration, on va en discuter.

Le sujet de cet article concerne un choix d’auteur que tu dois faire lorsque tu entames la rédaction d’un texte (de n’importe quel texte), à savoir te placer dans une posture de Présentation ou de Représentation.

Pour faire comprendre cette notion, Card donne l’exemple très parlant du théâtre.

  • On parle de présentation lorsque les acteurs échangent avec les spectateurs : apartés, sourires et clins d’œil ponctuent leurs tirades. On dit qu’il n’y a pas de « 4ème mur » entre les acteurs et les spectateurs. Le niveau ultime de la présentation se trouve dans l’exercice du stand-up, où l’acteur sur scène échange avec les spectateurs, rebondit sur leurs questions ou réactions, etc.
  • On parle de représentation lorsque les acteurs font comme si les spectateurs n’existaient pas. Ils interprètent des personnages de fiction de façon si immersive que lorsqu’ils se tournent vers les spectateurs, leurs regards se perdent dans le vide, comme s’ils ne voyaient pas des centaines de visages mais plutôt une forêt ou l’enceinte d’un château.

Présentation et Représentation en littérature

Un texte qui est dans la présentation est un texte où l’auteur s’adresse au lecteur « en direct ». Il l’interpelle, lui pose des questions, lui parle clairement « d’auteur à lecteur ».

Exemple :
« Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez, vous, le 11 septembre 2001 ? Bien sûr, n’est-ce pas ? Même si vous n’êtes pas un putain d’américain, vous vous en souvenez. Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait ce fameux 11 septembre. Tout le monde, sauf John J. Tompkins. Et pourtant, croyez-moi, je suis un ami de John depuis plus de trente-cinq ans : il n’y a pas plus américain que lui. »

Un texte qui est dans la représentation est un texte où l’auteur disparaît et où le lecteur est ignoré : seul restent l’histoire et les personnages. L’auteur n’exprime pas d’opinion personnelle, ne donne pas son avis, et le texte se focalise uniquement sur les pensées, sensations et actions des personnages fictifs.

Exemple :
« Elsa ouvrit les yeux. Le radio-réveil indiquait 07:24, pourtant la chambre était encore très sombre. Il devait faire moche, dehors, pour qu’une telle obscurité règne encore ; une raison de moins de se lever. Elsa se retourna pour offrir son dos à la fenêtre et rabattit ses couvertures sur sa tête. »

La présentation et la représentation donnent des effets très différents, et possèdent des avantages et inconvénients spécifiques. Se poser la question d’adopter l’une ou l’autre de ces postures avant d’entamer un texte est important ; indiquer très clairement au lecteur laquelle tu as choisie, dès les premières lignes, est capital.

Avant de parler des avantages et inconvénients de chacun, voyons donc d’autres exemples, et étudions le lien qu’il y a entre « présentation/représentation » et « choix de la narration », car faire le choix d’être dans la présentation ou dans la représentation a un impact direct sur ton choix de narration.

Lien avec le choix de la narration

Récit à la première personne

Le premier exemple de présentation que j’ai fourni plus haut (au sujet du 11 septembre) est rédigé à la première personne. Pourtant, cela ne signifie pas qu’un texte à la première personne soit forcément dans la présentation. Jugeons plutôt :

Exemple :
« Cher Docteur Hyacinthe.
C’est vraiment parce que je vous estime beaucoup et que vous me suivez en thérapie depuis si longtemps que j’accepte de coucher mon histoire par écrit. Vous m’avez promis que cela m’aiderait, et je vous fais confiance, raison pour laquelle je vais tenter de passer outre ma répugnance. Pourtant, je doute. Je doute, car faire remonter tout cela à la surface, c’est remuer la merde au fond d’une eau que j’avais réussi à maintenir calme et claire. Je le sais : je vais m’y salir… »

Dans l’exemple ci-dessus, le texte est à la première personne, mais l’effet est tout autre que dans l’exemple du 11 Septembre : ces mots s’adressent au Docteur Hyacinthe, et… toi, lecteur, tu n’es pas le Docteur Hyacinthe. Quant au « je » du texte, il appartient vraisemblablement à un patient de ce docteur : ce n’est pas l’auteur. Ce que nous avons ici, c’est donc un personnage qui s’adresse à un autre personnage ; ce n’est pas l’auteur qui s’adresse au lecteur. L’auteur du livre est invisible. Le lecteur est ignoré et n’existe pas dans le monde du texte. Nous sommes donc ici en pleine représentation.

Il y a une conclusion à tirer de ces exemples à la 1ère personne : à la 1ère personne, les postures de présentation / représentation sont étroitement liées au choix du personnage qui s’exprime et du destinataire du texte.

  • Dans un texte de présentation, celui qui s’exprime est l’auteur, et il s’adresse au lecteur. Il le fait de façon directe : le « je » est l’auteur, et il s’adresse au lecteur, c’est-à-dire à celui qui lit le livre (ce blog est rédigé dans une pure posture de présentation : le « je » est bel et bien moi, Stéphane Arnier, et je te parle à toi, lecteur/lectrice de ces lignes).
  • À l’inverse, dans un texte de représentation, on feint d’ignorer qu’il s’agit d’un texte de fiction. On fait semblant de croire qu’il n’y a ni auteur ni lecteur. Celui qui s’exprime est un personnage appartenant à la fiction, et il s’adresse à un autre personnage appartenant à la fiction.

Récit à la troisième personne

L’exemple de représentation que j’ai fourni plus haut (le réveil d’Elsa) est rédigé à la 3ème personne. Pourtant, cela ne signifie pas qu’un texte à la 3ème personne soit forcément dans la représentation. Jugeons plutôt :

Exemple :
« L’émeute prit de l’ampleur devant les grilles du château. Pierre, le meunier du village, arracha l’un des pavés de la route, et la lança au jugé vers les gardes du Roi. Elle effleura le crâne du capitaine, qui vit rouge. Aussitôt, il ordonna une charge. Bientôt, la grand-cour devint un foire d’empoigne que n’aurait pas reniée un gréviste de la SNCF, un jour de grand rassemblement contre la réforme des retraites. Le capitaine abaissa la visière en métal de son casque et leva haut son épée, sans pouvoir deviner que des siècles plus tard son descendant ferait de même avec une visière en plexiglas et un tonfa. »

Les premières phrases semblent aller dans le sens d’une représentation, mais très vite le texte bascule sur des remarques qui ne peuvent pas être autre chose qu’un clin d’œil direct de l’auteur vers le lecteur. Les éléments anachroniques n’appartiennent pas au monde du récit, et les personnages n’en ont pas conscience. L’auteur raconte une fiction médievale au lecteur, mais s’en sert très clairement pour dresser une satire d’un événement contemporain. Nous sommes donc ici en pleine présentation.

Il y a une conclusion à tirer de ces exemples à la 3ème personne : à la 3ème personne, les postures de présentation / représentation sont étroitement liées au choix d’écrire avec un narrateur omniscient ou en narration focalisée.

  • À partir du moment où on souhaite écrire à la 3ème personne un texte de présentation, pas le choix, on est obligé de l’écrire avec une voix de narrateur omniscient : la 3ème personne focalisée donne l’illusion qu’il n’y a pas de narrateur, et donc l’auteur ne peut pas s’en servir pour s’y adresser au lecteur.
  • À l’inverse, si on souhaite écrire à la 3ème personne un texte de représentation, pas le choix, on est obligé de l’écrire à la 3ème personne focalisée. L’omniscient, par nature, rend tangible l’auteur derrière le récit et donnera toujours ce ton de « fable », où l’on sent le conteur qui s’adresse au spectateur.

Exemple :
« Alors que la cloche sonnait midi, le Chevalier Dogon mettait un genoux en terre devant le Roi. À l’exact même moment, à l’autre bout du Royaume, la Princesse Erila abaissait sa lance de joute et talonnait sa jument vers la guerre, la gloire… et la mort. »

Ce texte est rédigé par un narrateur omniscient : il nous décrit ce qu’il se passe à deux endroits très éloignés, et le narrateur sait des choses que les personnages ne savent pas. Certes, c’est bien plus subtil : l’auteur n’intervient pas directement, et le lecteur n’est pas pris à parti de façon évidente. Pourtant, on a bien une certaine distance narrative, parce qu’on a cette impression de conteur qui déroule son histoire à son spectateur. Il nous parle des personnages, mais le texte n’est pas rédigé de leur point de vue à eux. C’est bel et bien un texte de présentation.

Faire son choix

Pour choisir une posture plutôt qu’une autre, mieux vaut avoir conscience des avantages et inconvénients que chacune procure.

En présentation, il est bien plus facile pour l’auteur d’exprimer des idées. L’inconvénient, c’est qu’en fiction cela réduit l’immersion dans le monde du récit ainsi que l’implication émotionnelle du lecteur. C’est un excellent choix pour des textes de satire ou de comédie, car ces genres comptent moins sur l’émotion et bien plus sur le jeu des idées.

Quand on me demande des exemples de romans SFFF rédigés en omniscient, je cite toujours Douglas Adams ou Terry Pratchett. C’est sans surprise que Card a une phrase marquante dans son ouvrage, une réflexion qui m’a frappé à la relecture : « à notre époque, la présentation ne peut être que drôle ».

L’exemple précédent sur le Chevalier Dogon et la Princesse Erila montre que ce n’est pas tout à fait vrai : un auteur de fiction peut utiliser l’omniscient sans user d’un ton satirique ou comique, mais il est alors obligé de se faire discret derrière la plume, et c’est – peut-être ? – un usage bien timoré de l’omniscient.

Nous avons vu dans un précédent article que l’omniscient a des atouts bien précis. Dans Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye utilise l’omniscient avec un dessein très spécifique : dépeindre une grande fresque historique, avec plein de personnages sur de longues périodes temporelles, alors que les différents protagonistes ne se connaissent pas entre eux. Elle utilise les avantages de l’omniscient à cet usage, et parvient ainsi à nous livrer un texte de présentation très sérieux.

À noter que ce que je dis là ne concerne que l’écriture de fiction. Il est évident qu’un texte autobiographique gagne sur tous les tableaux à être une présentation : il est aisé pour l’auteur d’y exprimer ses idées, et l’ancrage du texte dans la réalité permet de conserver l’émotion et l’implication du lecteur.

En représentation, le texte gomme le narrateur et réduit ainsi la distance narrative. Il devient plus facile pour le lecteur de s’impliquer émotionnellement, car il est plus proche du personnage. Lorsqu’elle est bien faite, la représentation fait oublier au lecteur qu’il est en train de lire une fiction, et il est immergé dans l’histoire. Aujourd’hui, si la représentation est très largement majoritaire en fiction, c’est pour cette raison précise.

***

Orson Scott Card nous rappelle que plus une histoire repose sur la « voix » du narrateur, plus l’écriture doit être réussie, puisque celle-ci va attirer l’attention du lecteur.

  • En présentation, il faut être sûr de sa plume, car le style et les idées sont l’attrait numéro un du texte.
  • En représentation, il faut être sûr de son histoire, car c’est l’attachement au protagoniste et l’intérêt pour l’intrigue qui priment.

Savoir à l’avance quel est le point fort de ton concept peut te permettre de te poser d’emblée dans une posture de présentation ou de représentation, et cela peut t’aider à choisir en toute conscience la meilleure narration pour ton récit.

À toi de faire ton choix, en fonction du texte que tu écris.

M’enfin, ce n’est que mon avis…
🙂


Résumé

1ère personne
Présentation : l’auteur s’adresse personnellement et en direct au lecteur du texte.
Représentation : un personnage s’adresse à un autre personnage du récit.

3ème personne
Présentation : un narrateur omniscient (l’auteur, avec la voix d’un conteur) raconte une histoire au lecteur.
Représentation : une narration focalisée nous positionne avec le point de vue strict du ou des personnage(s), et on a l’impression qu’il n’y a pas de narrateur.


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Protagoniste : donne-lui le choix !

« On fait une introduction ?
— Ben… on n’a pas trop le choix. »


Une histoire tourne autour d’un protagoniste principal (ou de plusieurs) dont le lecteur va suivre les aventures. Il arrive pourtant que ces aventures soient frustrantes pour le lecteur parce que le protagoniste est trop passif, ou parce que ses décisions et actions n’ont pas de conséquences sur le récit. Dans ces livres, le protagoniste n’a pas réellement de libre-arbitre, et ne fait pas vraiment de choix.

Voyons ensemble pourquoi c’est important que ton protagoniste dispose d’une marge de manœuvre et « fasse ses propres choix ».

Les histoires que cela concerne

Le sentiment de frustration que j’exprimais ci-dessus peut se manifester dans les cas suivants :

  • Le personnage est privé de sa liberté d’action

Ex : Le personnage se réveille près d’un cadavre, amnésique. La police arrive aussitôt et l’arrête. On l’emmène en cellule et on l’interroge. Puis un commando armé débarque et enlève le héros. Le lecteur en est à un tiers du roman, et le protagoniste n’a toujours pas pris la moindre décision par lui-même, ballotté par les événements comme une feuille dans une rivière.

  • On donne des ordres au personnage, et celui-ci ne fait qu’y obéir

Ex : Le personnage est l’héritier d’une famille importante, et ses parents le poussent à se marier avec quelqu’un qu’il/elle n’aime pas. Le personnage ne semble pas vraiment satisfait, mais à part grommeler dans sa barbe il ne fait rien de concret pour y échapper. Il se marie.

  • Le personnage fait un choix entre deux options, mais l’histoire continue comme s’il avait fait le choix inverse

Ex : Dans un monde opprimé, le personnage a le choix entre rejoindre la résistance ou quitter la ville. Il choisit de quitter la ville, mais les événements tournent de telle manière qu’au final il se retrouve à… rejoindre la résistance.

As-tu déjà joué à des « livres dont vous êtes le héros » ? Ces fameuses histoires où tu es censé avoir le choix de tes actions ? Si tu t’amuses à décortiquer la structure du jeu, tu verras que ces choix sont parfois factices. On te fait choisir entre la porte A, B ou C, mais au final ces portes finissent toutes par rejoindre un même numéro de chapitre. Quand tu le découvres, cela vide l’aventure d’une grande partie de son intérêt, puisque tous tes soi-disant « choix » mènent au même endroit.

Dans un roman, le lecteur doit avoir l’impression que l’histoire se déroule en fonction des choix du héros (grâce à ses choix, ou à cause d’eux). Sinon, ce soi-disant « héros » n’est pas un acteur de l’histoire, mais un spectateur. Ou pire : seulement la caméra – l’auteur se sert du personnage pour raconter ce qu’il se passe au lecteur, mais le personnage lui-même ne sert à rien d’autre qu’à jouer le témoin de la scène. Si le personnage n’avait pas été là, ou s’il avait été différent, l’histoire aurait eu lieu quand même de la même façon.

Pourquoi c’est important ?

Au fond, les bonnes histoires ont presque toujours des implications morales, qui correspondent au fait de prendre les bonnes décisions ou les mauvaises, de faire de bons choix dans la vie, de « faire ce qui est juste ».

Si un personnage ne prend que des décisions qui paraissent stupides au lecteur, mais qu’il gagne à la fin, l’histoire paraîtra n’avoir aucun sens. S’il prend des décisions censées, qu’il est irréprochable moralement et qu’il perd à la fin, le sentiment d’injustice sera trop grand pour la majorité des lecteurs. Ce qui rend un personnage intéressant, ce sont ses choix, les conséquences qui en découlent, et comment il les assume. Parfois il fera les bons choix, parfois il fera des erreurs, parfois il ne saura pas s’il doit regretter ses actes ou pas. Parfois il aura ce qu’il mérite (en bien ou en mal), parfois non (par chance ou par l’intervention d’autres personnages). C’est ce mix de causes/conséquences qui donnera de la profondeur, de la chair et du sens à l’histoire.

Il est donc capital que ton personnage :

1) fasse ses propres choix et décide de ses actions ;

2) que ses actions aient bel et bien des conséquences sur l’histoire, qu’elles la créent.

Les situations à risques

  • Un personnage qui ne veut rien

Quel est le désir qui motive ton personnage ? Dans son livre L’Anatomie du Scénario, John Truby dresse une « hiérarchie des désirs », du moins puissant au plus puissant. Ce classement est très discutable, mais un point est clair : le plus bas sur l’échelle, c’est le basique « désir de survie ». Cela renvoie le personnage à un état animal. C’est une motivation primaire, qui a peu d’intérêt narratif. Si la seule chose que ton personnage veut, c’est ne pas mourir, de quelles natures seront ses choix ? Ce seront soit des choix évidents (« je reste bêtement devant le monstre à ne rien faire ou je m’enfuis ? »), soit des choix sans conséquences narratives (le personnage fuit pour ne plus être en danger, mais évidemment il sera de toutes façons bientôt en danger de nouveau, etc.).

  • Un personnage qui n’a pas les compétences en lien avec les obstacles rencontrés

« Avoir le choix », cela signifie « avoir le pouvoir d’agir ». Si ton personnage n’a pas le caractère ou les compétences pour agir face aux obstacles du livre, ses choix se réduisent comme peau de chagrin : il sera condamné à ne rien faire, ou à se reposer sur d’autres personnages plus doués qui surmonteront les problèmes à sa place (et ce n’est jamais bon). Si c’est un récit à propos de magie, fais de lui un magicien. Si c’est un récit d’action, fais-en un personnage d’action. Si c’est un récit de journalisme, place-le dans le domaine des médias. Sinon, tu seras obligé de lui accoler un magicien, un soldat ou un journaliste pour lui faire surmonter les problèmes « qui comptent vraiment » dans le récit.

  • Un auteur qui se perd dans son exposition

Parfois, l’auteur veut tellement mettre l’accent sur une situation qu’il en oublie le protagoniste. Il est si concentré sur son exposition qu’il se sert du personnage comme d’une caméra pour raconter la scène au lecteur, mais le personnage garde une attitude de potiche ; il voit ce qu’il se passe, mais n’agit pas. Le plus souvent, ce point est lié aux deux autres risques ci-dessus : si le personnage arrive dans une nouvelle ville, qu’il ne veut rien de spécial et n’a pas de talent particulier, l’auteur passera plusieurs chapitres à nous exposer la ville sans que le personnage n’y agisse vraiment. Le lecteur s’ennuie. Alors que si le personnage est là pour chercher quelqu’un, l’exposition pourra se faire au travers des actions que mène le personnage pour retrouver ladite personne.

  • Un auteur qui ne veut pas que le personnage résolve le problème

Parfois, si le personnage ne fait rien, c’est parce que cela arrange l’auteur. S’il agissait, il résoudrait un problème critique pour la tension de l’histoire, alors l’auteur fait en sorte que le personnage retarde son action et n’agisse pas vraiment. Cela est fréquent dans les intrigues policières, où le héros trouve un indice capital mais néglige de s’en occuper pour faire autre chose de moins important.

  • Un auteur amoureux de ses personnages secondaires

Plus fréquemment que ce qu’on croit, l’auteur se trompe de protagoniste principal. Il en invente un, mais au fur et à mesure qu’il développe son récit et ses autres personnages, il centre en fait l’intrigue autour d’eux (j’ai lu un nombre incroyable de manuscrits où le « vrai » héros du récit était en fait le compagnon de voyage du prétendu protagoniste principal). Dans ces histoires, ce sont donc les autres personnages qui font tous les choix importants et qui ont vraiment un impact sur le récit. Le soi-disant protagoniste n’est que leur faire-valoir.

Comment faire ?

Afin de limiter les risques de tomber dans le panneau, veille donc aux points suivants (tu verras, rien de bien nouveau, on en a parlé cent fois sur ce blog) :

Premièrement : donne des objectifs clairs au personnage. Il doit vouloir quelque chose. S’il ne veut rien de spécial, il risque fort de se laisser porter par l’histoire plutôt que de la provoquer et d’en prendre le contrôle. C’est parce qu’il souhaite quelque chose que l’histoire se lance, parce qu’il agit pour l’obtenir qu’elle se développe, parce qu’il l’obtient (ou pas) qu’elle se termine.

Deuxièmement : donne assez de compétences au personnage pour qu’il puisse agir et ainsi être le moteur du récit. Il n’a pas besoin d’être un super-héros : il faut juste qu’il ait « ce qu’il faut » pour ne pas être obligé de rester les bras ballants face aux situations.

Si jamais, à la lecture de ces deux conseils, tu réalises que ton protagoniste actuel n’a ni objectifs ni compétences, prend un peu de recul : es-tu sûr(e) que ce personnage est le « bon » protagoniste principal pour ton récit ?

Troisièmement : crée des obstacles qui peuvent être confrontés de plusieurs façons, afin qu’ils n’appellent pas de solution unique et que les choix du protagoniste révèlent des choses sur lui et aient des implications différentes selon les cas. Sinon, ce ne sont pas vraiment des choix. Garde à l’esprit que les obstacles à dilemmes sont plus intéressants que les obstacles infranchissables.

Rappel : fais en sorte que ce soit bien le protagoniste qui franchisse l’obstacle (il peut être aidé de quelqu’un d’autre, mais au final ce doivent être ses efforts et ses décisions à lui qui permettent de surmonter l’épreuve).

Enfin : assume les conséquences de ses choix. On ne crée par une intrigue de A à Z sans personnages avant d’y placer le héros en guise de simple spectateur. C’est lui qui, par ses choix, façonne l’intrigue. Ses choix doivent compter.

Tout cela est important « tout le temps » mais encore plus :

  • au début, lors de l’événement perturbateur du récit : les meilleurs débuts d’histoire sont ceux où c’est le choix du personnage qui lance l’aventure, où sa décision fait basculer sa vie.
  • lors du climax : les meilleures fins sont celles où c’est un choix du personnage qui clôt le récit, où une décision cruciale fait basculer sa réussite d’un côté ou de l’autre. S’il est inactif, s’il n’a rien à faire ou si c’est un autre personnage qui résout le climax, c’est à se demander pourquoi c’est lui le héros du récit.

***

Dans un monde où l’on parle de plus en plus de libertés individuelles, où les gens cherchent à reprendre le contrôle de leurs vies pour y donner plus de sens, ces notions devraient être aisées à acquérir pour les dramaturges. Personne n’a envie de s’identifier à un protagoniste qui ne décide rien de lui-même et reste passif face aux événements. Libère tes personnages : donne-leur le choix de leurs actions, et fais en sorte que ces choix comptent. Ce n’est qu’ainsi que tu créeras du sens à leurs histoires.

M’enfin, ce n’est que mon avis…


« Et donc, la conclusion ?
— Nope. Toujours pas le choix. »


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