[SCRIBBLOG] Cinq concepts pour devenir un meilleur conteur

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Nouvelle adaptation française d’un article Mythcreants posté sur le blog de la plateforme Scribbook : pour une fois (c’est rare !), j’avais abordé ce sujet avant Chris Winkle (il n’y a pas si longtemps, dans un post intitulé 10 pistes pour mieux supporter la critique). Et bien voici d’autres bons conseils et des concepts à s’approprier d’urgence pour les auteurs qui comptent durer dans le métier…

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Améliorer son travail est un processus qui implique des retours potentiellement conflictuels sur nos histoires, et une naturelle résistance émotionnelle au changement. Néanmoins, comprendre quelques principes importants peut nous aider à placer les problèmes que nous rencontrons en perspective. Voici cinq concepts très utiles pour mieux accepter les critiques et rendre nos histoires meilleures.

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Magie : Les Trois Lois de Brandon Sanderson (3/3)

Brandon Sanderson, une référence de la fantasy anglo-saxonne, est mondialement connu pour ses systèmes de magie innovants, imaginatifs et particulièrement bien conçus. Afin d’aider les autres auteurs, il a tenté de regrouper ses réflexions en trois grands principes. Nous avons déjà passé en revue les deux premiers :

« La possibilité pour l’auteur de résoudre un conflit par la magie est directement proportionnelle à la manière dont le lecteur comprend cette magie. »

« Les contraintes sont plus importantes que les capacités. »

La Troisième Loi

La troisième loi est plus difficile à mettre en œuvre, car il s’agit d’une question d’équilibre à trouver, mais le concept est néanmoins capital.

Brandon Sanderson définit sa troisième loi ainsi :

« Développez ce que vous possédez déjà avant d’ajouter quelque chose de nouveau. »

Ce qui signifie : avant de créer de nouveaux pouvoirs, essaie d’approfondir autant que possible ceux que tu as déjà imaginé. En bref, Sanderson nous rappelle que faire plus, ce n’est pas faire mieux.

L’exposition est un art difficile

En littérature de l’imaginaire, l’auteur rencontre une difficulté particulière au genre : en plus de devoir mettre en place ses personnages et son intrigue, il doit exposer au lecteur son univers et son fonctionnement. Les lecteurs adorent plonger dans un nouveau monde (et c’est bien pour cela qu’ils lisent de la fantasy ou de la SF). Néanmoins, ils sont vite perdus si l’univers devient fouillis. Plus tu vas vouloir ajouter des choses dans ton monde, plus celui-ci risque de perdre en cohérence et de gagner en complexité, jusqu’à un point où le lecteur ne te suivra plus. Il en va de même pour la magie : créer un système élaboré est intéressant pour l’auteur, mais le lecteur ne sera-t-il pas perdu dans de multiples catégories et des dizaines de pouvoirs différents ?

Approfondir, pas ajouter

Le conseil de Sanderson est donc de se limiter en quantité et de ne pas déployer un système magique trop vaste, mais au contraire de rechercher de la profondeur. Pour cela, il suggère trois axes de réflexions :

– extrapoler

Cela revient à se poser la question « que se passerait-il si ? ». Trop d’univers de fantasy contiennent de la magie sans que celle-ci n’impacte vraiment le monde, ce qui est particulièrement illogique étant donnée son importance et sa capacité à réaliser des choses « hors normes ». Imaginons un monde dans lequel la fleur d’une plante rare permet d’acquérir une super force. Comment cela influerait-il un univers médiéval classique ? Il y a de fortes chances que ce pouvoir ait des applications militaires ou criminelles. Mais dans quels autres métiers cela aurait-il des applications ? Cela ne donnerait-il pas un surplus de statut aux cultivateurs de la plante, ou aux pays mieux exposés que d’autres au niveau du climat ? Que se passerait-il si quelqu’un avait le monopole de la production ? Que se passerait-il pour l’ensemble de cette société si de mauvaises conditions météos empêchaient soudain la plante de pousser ? Ou si un substitut envahissait le marché et que tout le monde avait soudain accès à ce pouvoir ? Etc.

– interconnecter

Cela revient à relier les différents pouvoirs que tu souhaites créer : les lier entre eux, mais aussi avec le thème de ton histoire et les autres éléments du récit. Imaginons que dans l’exemple ci-dessus, tu souhaites aussi développer un pouvoir de télékinésie. A priori, aucun rapport avec la super force. Mais tu pourrais décider que la télékinésie s’acquiert en consommant la racine de la même plante : en liant les deux pouvoirs ensemble (ils découlent de deux parties distinctes d’un même végétal) tu renforces la cohésion du monde. Cela pourrait avoir du sens, en particulier si tu as prévu d’aborder des thématiques liées au développement durable et à la gestion des ressources, par exemple. Et quel pourrait être le lien entre cette plantes, ces pouvoirs, et la religion de ce monde ? Etc.

– rationaliser

Cela revient à combiner ensemble des éléments dont tu disposes déjà, au lieu d’en créer de nouveaux. Tu désires créer une nouvelle peuplade dans ton monde, et tu es tenté de lui créer des pouvoirs magiques spécifiques ? Réfléchis : ne peux-tu pas faire en sorte que ce peuple utilise la même plante de façon différente et innovante du premier peuple, plutôt que de créer une nouvelle magie de toute pièce sans lien avec la première ? L’idée est, à chaque fois que tu as besoin de quelque chose pour ton récit, d’essayer de le puiser dans ce qui existe déjà plutôt que de systématiquement créer du nouveau.

Brandon Sanderson a prouvé que l’on peut avoir un système de magie extrêmement profond et intéressant avec très peu de pouvoirs, tant qu’ils sont bien déployés et exploités à fond. Si tu imagines toutes les conséquences de l’existence de ces pouvoirs (sur la culture, les aspects sociaux, la politique et la religion), si tu les lies entre eux (et avec ton monde et tes thèmes), et si tu sais rationaliser au lieu d’empiler les originalités, tu te retrouveras au final avec un système de magie vraiment intéressant, crédible, facile à assimiler pour le lecteur, et surtout bien intégré dans ton monde.

Conclusion

Aucun auteur n’aime s’entendre dire que pour créer son monde, il doit « suivre des règles ». Brandon Sanderson s’en défend tout au long de ses essais, expliquant simplement qu’il s’agit de réflexions qui fonctionnent pour lui, et que chacun est libre de faire comme il l’entend.

Ceci dit, son succès et la qualité de ses romans devraient faire réfléchir, tout autant que la logique et la pertinence de ses arguments. Si tu ne l’as pas déjà fait, je t’encourage à lire l’intégralité de ses essais (un peu plus de 20 pages). Ses explications sont limpides, et j’y repense à chacune de mes lectures. En ce qui me concerne, je suis convaincu : les univers où la magie « fonctionne » sont ceux où les auteurs ont su gérer (consciemment ou pas) ces trois « lois » de Sanderson.

M’enfin, ce n’est que mon avis (et celui de Brandon Sanderson).


L’essai de Brandon Sanderson (troisième partie) :
Version originale (anglais)
Adaptation française intégrale des trois essais (24 pages)

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Magie : Les Trois Lois de Brandon Sanderson (2/3)

Brandon Sanderson, une référence de la fantasy anglo-saxonne, est mondialement connu pour ses systèmes de magie innovants, imaginatifs et particulièrement bien conçus. Afin d’aider les autres auteurs, il a tenté de regrouper ses réflexions en trois grands principes. Dans un précédent article nous avons déjà passé en revue le premier :

« La possibilité pour l’auteur de résoudre un conflit par la magie est directement proportionnelle à la manière dont le lecteur comprend cette magie. »

La Deuxième Loi

La seconde loi est très intéressante également, mais si tu es un fidèle du blog tu verras que nous avons déjà évoqué ce concept plusieurs fois à propos d’autres sujets.

Brandon Sanderson définit sa deuxième loi ainsi :

« Les contraintes sont plus importantes que les capacités. »

Ce qui signifie : lorsque l’on travaille à un système de magie, réfléchir à ce que la magie ne peut pas faire est bien plus important que de définir ce qu’elle peut faire.

Il est difficile pour les auteurs de créer des pouvoirs vraiment novateurs, que personne n’avait imaginés auparavant. De nombreux héros d’histoires différentes ont des capacités qui se ressemblent finalement beaucoup, d’un livre ou d’un film à un autre. On retrouve toujours un peu les mêmes pouvoirs. Alors qu’est-ce qui rend ces personnages uniques ? Ce sont plus souvent leurs faiblesses que leurs capacités.

Pas d’innovation sans contraintes

Souviens-toi, je t’en ai parlé de façon très générale dans l’article « La technique bride-t-elle la créativité ? » : il n’y a pas d’innovation sans contraintes. Le conseil de Sanderson est donc de réfléchir à sa magie en se focalisant sur ses contraintes. Il en liste plusieurs catégories.

– les limites : le personnage peut courir très très vite ? D’accord, mais jusqu’à quelle vitesse peut-il courir, exactement ? Quelle est la vitesse qu’il ne peut pas atteindre ? Quelle est sa limite ?

Ex : dans plusieurs histoires où le héros peut se téléporter, il ne peut pas aller n’importe où. Il ne peut se transporter que dans des endroits qu’il connaît déjà. C’est une limite.

– les faiblesses : est-ce que l’utilisation de ces pouvoirs présente des inconvénients ? Est-ce que cela a un effet néfaste sur le personnage ? Des effets secondaires ? Est-ce que cela le rend plus faible, dans certains cas ?

Ex : dans le manga One Piece, les pirates qui mangent un fruit du démon obtiennent une capacité extraordinaire, un pouvoir spécial. Mais en contrepartie, dès qu’ils tombent à l’eau, ils perdent toutes forces et coulent comme des pierres. C’est une faiblesse.

– les coûts : est-ce qu’il faut payer un prix pour pouvoir utiliser la magie ? Le personnage puise-t-il dans son énergie ? Doit-il verser son sang ? Accomplir un rituel compliqué ?

Ex : dans la série Darker Than Black, les pactisants souffrent d’un trouble obsessionnel compulsif qui les obligent – à chaque usage de leur pouvoir – à accomplir une action spécifique (corner toutes les pages d’un livre, manger un œuf, fumer une cigarette… ou encore se briser un doigt ou boire du sang d’enfant). C’est un coût à payer.

– autres : afin de trouver d’autres façons originales de contraindre la magie, Sanderson propose de s’interroger sur différents sujets. Par exemple, d’où vient la magie ? De quelle façon acquiert-on les pouvoirs dans ton univers ? À quelle fréquence peut-on s’en servir ? Peut-on l’utiliser n’importe où ou seulement dans certains lieux ? Etc.

Plus de difficulté = plus d’intérêt

Les auteurs ont tendance à se servir de la magie comme un moyen pour leurs personnages de résoudre leurs ennuis, alors qu’il s’agit surtout d’un bon moyen de leur poser des problématiques intéressantes. Créer des contraintes à l’usage de la magie a plusieurs avantages :

– cela oblige les personnages à lutter pour obtenir ce qu’ils veulent ;

– cela créé de la tension, car l’usage de la magie est d’emblée définie par ses difficultés ;

– cela te force, en tant qu’auteur, à approfondir à la fois ton univers et tes personnages.

Là encore : on ne parle pas que de magie

N’as-tu pas l’impression d’avoir lu des choses sur ce blog qui font écho à ce discours ? En effet, je t’ai déjà donné un conseil de ce genre dans l’article « Personnages et contradictions ». C’était dans la même veine que Pixar te conseillait de réfléchir à l’envers (« Règle Pixar [9] – Par élimination »).

Cela ne s’applique pas qu’à la magie : ce que tes personnages ne savent pas faire (ou ne veulent pas faire) est souvent plus caractérisant que ce qu’ils peuvent accomplir ; ce que tu ne peux pas (ou ne veux pas) mettre dans ton histoire t’aidera plus à développer ton intrigue que ce que tu pourrais y mettre. De manière générale, pense à réfléchir en termes de limites et de contraintes : cela t’aidera à déployer des éléments plus originaux et plus profonds.

M’enfin, ce n’est que mon avis (et celui de Brandon Sanderson).


L’essai de Brandon Sanderson (deuxième partie) :
Version originale (anglais)
Adaptation française (huit pages)

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[SCRIBBLOG] LA chose qui manque à la plupart des manuscrits

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Nouvelle adaptation française d’un article Mythcreants posté sur le blog de la plateforme Scribbook : ce post à l’intitulé provocateur a été un régal pour moi à vous préparer. Je l’affirme souvent moi-même, mais ça a tellement plus de poids quand ça vient d’un professionnel de l’édition comme Chris Winkle…

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D’accord, je l’admets volontiers, mon titre donne dans le sensationnel, mais on ne pourra jamais accorder trop d’attention à ce sujet. Lorsque nous sommes mandatés en tant qu’éditeur (MythCreants délivre des services dans le domaine de l’édition), 95% des manuscrits que nous étudions nécessitent un gros travail dans ce domaine. Avant même que nous y jetions un œil, la plupart des auteurs ont passé un nombre incalculable d’heures – des centaines dans le cas de romans – à écrire dans la mauvaise direction. Nous corrigeons leur trajectoire afin qu’ils obtiennent de meilleurs résultats plus rapidement, mais en général cela demande une révision majeure de leurs textes.

Quel est le problème ? La plupart des écrivains ne comprennent pas de quoi parle leur histoire.

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Magie : Les Trois Lois de Brandon Sanderson (1/3)

Un auteur en littérature de l’imaginaire est plus qu’un écrivain : il est aussi créateur d’univers ; il imagine des mondes, dans lesquels le surnaturel et la magie ont souvent une place de choix. Mais comment créer une bonne magie pour son roman ? Nombreux sont les auteurs à avoir réfléchi à la question. Comme je suis un auteur que je qualifierai de « scolaire », j’ai cherché à avoir le point de vue des plus éminents d’entre eux. Cela m’a amené à étudier l’avis de l’auteur de fantasy le plus célèbre pour ses systèmes de magie : Brandon Sanderson. Ce dernier a rédigé trois essais, correspondant à trois « lois » qu’il essaie de suivre quand il créé ses magies. Comme il s’agit des éléments les plus pertinents et les plus intelligents que j’ai pu lire sur la question, je vous propose de les passer en revue. En fin d’article, je vous mets à disposition le lien vers l’essai original de Sanderson (en anglais, donc) ainsi qu’une adaptation française de mon cru en fichier pdf téléchargeable.

La Première Loi

La première loi m’a fasciné, car elle résout d’emblée le problème le plus épineux lorsqu’on parle de créer un système de magie. De nombreux blogs, livres ou articles encouragent les auteurs à créer tout un tas de choses compliquées pour avoir une magie qui tienne la route : expliquer la source de la magie, définir les règles d’usage, les durées des sorts, etc. Or, si plusieurs livres à succès contiennent en effet des systèmes de magies complexes et robustes, d’autres tout aussi bons nous dépeignent des magies bien floues aux règles imprécises. Alors, en tant qu’auteur, est-on obligé de définir tout un tas de règles pour sa magie, ou pas ?

Brandon Sanderson définit sa première loi ainsi :

« La possibilité pour l’auteur de résoudre un conflit par la magie est directement proportionnelle à la manière dont le lecteur comprend cette magie. »

Ce qui signifie en substance : vous pouvez avoir un système de magie très vague, ou très détaillé, mais cela influe directement sur la façon dont vous (auteur) désirez utiliser la magie dans votre récit.

La magie comme un décor

Vous pouvez utiliser la magie comme une ambiance : c’est l’essence originelle de la fantasy, la magie étant ici synonyme de merveilleux. Dans ce cas, les personnages principaux ne peuvent pas faire usage de la magie (ou bien elle ne leur est d’aucune utilité pour résoudre les conflits importants du livre). Cela donne à la magie un aspect puissant, mystérieux voire inquiétant, une aura mystique. Vous n’avez alors pas besoin de créer de règles précises, et vous n’avez même pas intérêt à expliquer au lecteur comment la magie fonctionne.

L’exemple le plus évident est Le Seigneur des Anneaux de Tolkien : la façon dont Gandalf utilise sa magie est vague, floue, et on ne comprend pas vraiment comment la magie fonctionne. Ce n’est pas grave, puisque nous nous identifions plutôt aux Hobbits, que la magie dépasse et impressionne. Nous nous sentons donc comme eux, et c’est bien l’objectif visé par l’auteur.

Un autre exemple plus récent est la série Rois du Monde de Jaworski : Bellovèse est un guerrier, pas un magicien. Tout le surnaturel du livre est conçu de telle manière que ni lui ni nous ne sachions vraiment de quoi la magie est capable. On la craint, on la redoute, et elle sert plus souvent d’obstacles que d’aide (des obstacles que le héros doit vaincre avec ses propres armes, sans avoir recours au surnaturel).

C’est également l’option que j’ai choisie dans les Mémoires du Grand Automne : chaque peuple vit en symbiose avec un arbre géant dont il tire un pouvoir, mais ces pouvoirs ne sont ni complexes, ni particulièrement puissants, ni importants pour résoudre l’intrigue du récit. Ils jouent le rôle de symboles et participent simplement à l’atmosphère particulière des livres.

La magie comme cœur de l’intrigue

D’un autre côté, vous pouvez désirer que la magie soit au cœur de votre intrigue. Vous voulez que votre héros puisse en faire usage, lance des sorts contre ses adversaires. Vous voulez que la magie l’aide à franchir les obstacles et à sauver le monde. Vous voulez que la magie ait un grand rôle dans la résolution finale du livre. Dans ce cas-là, vos objectifs d’auteur sont inversés : vous devez établir des règles précises pour le fonctionnement de votre magie et les transmettre au lecteur. C’est une question d’identification : si votre héros maîtrise la magie, il va vouloir s’en servir pour résoudre ses problèmes, et le lecteur va vouloir réfléchir avec lui à la meilleure façon de l’utiliser. Pour cela, il est nécessaire que la magie suive des règles logiques et cohérentes, qu’elle soit concrète et non abstraite, au risque de tenir le lecteur à l’écart du personnage et de l’intrigue.

Un excellent exemple est bien entendu l’oeuvre de Sanderson lui-même : dans sa série Fils-des-Brumes, la magie est au cœur de tout. Comprendre tous les tenants et aboutissants du fonctionnement de la magie est même l’objectif principal de l’héroïne, puisqu’il apparaît évident que la magie est la clef pour vaincre l’adversaire final. Le système de magie est donc complexe mais surtout particulièrement robuste, avec plusieurs règles que l’auteur ne transgresse jamais. En tant que lecteur, nous passons notre temps à réfléchir avec l’héroïne aux meilleures façons d’utiliser la magie et aux énigmes qu’elle pose.

Entre ces deux extrêmes, il y a la place pour tout un tas de variations. Sanderson cite la série des Harry Potter de JK Rowling comme étant à mi-chemin : de nombreux éléments magiques sont flous (voire contradictoires) et servent essentiellement à déployer l’aura d’émerveillement des livres ; certains sorts, en revanche, servent à résoudre des moments clefs de l’intrigue, mais pour ceux-là Rowling prend soin de bien les présenter et de les expliquer à l’avance.

L’important est de respecter la règle : plus vous voudrez qu’une magie ait un rôle dans la résolution de l’intrigue, plus elle devra suivre des règles précises et plus il faudra que vous la détailliez au lecteur.

À vous de voir jusqu’à quel point votre récit parle de magie ou pas.

Une règle qui s’applique à tout

Dans ses essais, Brandon Sanderson fait une remarque très pertinente : sa règle s’applique d’une façon générale à votre processus de création, et pas uniquement à la magie. Combien de fois ai-je lu qu’un auteur de fantasy devait absolument dessiner une carte géographique détaillée de son monde afin de gérer les distances et les trajets ? Créer précisément son système économique ou politique ? Ou, comme Tolkien, créer l’alphabet des langues qu’il invente ?

Et pourtant : dans combien de livres ces éléments sont-ils réellement importants ?

Je veux dire : ils peuvent l’être. Ou pas. À vous de réfléchir d’abord à votre intrigue, à ce que vous voulez raconter comme histoire, et ensuite de décider quels sont les points qu’il vous faut détailler, et lesquels ne seront pas vraiment importants pour la résolution du récit. Si votre histoire parle de la succession d’un Empereur et que votre protagoniste doit résoudre une intrigue très politique, vous devrez détailler précisément le fonctionnement de gouvernement de l’Empire ; si l’intrigue repose sur une campagne militaire et que le héros est un officier, vous devrez détailler précisément les grades et toute l’organisation de l’armée. Sinon, il y a de fortes chances que vous puissiez vous passer de ce genre de détails.

Et donc, première règle de votre système de magie : il peut être très vague et flou si vous vous contentez de vous en servir comme décor ; il devra être détaillé, cohérent et robuste si vous désirez que votre intrigue soit effectivement axée sur la magie.

M’enfin, ce n’est que mon avis (et celui de Brandon Sanderson).


L’essai de Brandon Sanderson (première partie) :
Version originale (anglais)
Adaptation française (huit pages)

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10 pistes pour mieux supporter la critique

« Hum, ça fait du bien là où ça fait mal…
– Tu es devenu masochiste ?
– Pas trop le choix : je suis auteur. »


À moins de n’écrire que pour soi-même et de ne jamais exposer nos textes aux regards des autres, nous autres auteurs avons une activité publique. Cela signifie qu’il faut s’attendre à avoir des retours sur les histoires que nous publions, et malheureusement certains de ces retours peuvent être moins enthousiastes que ceux escomptés. Oh, bien sûr, « la critique est utile ». Tout le monde sait ça. Cela ne l’empêche pas de faire mal.

Petit guide de survie à l’attention des auteurs qui souhaitent le rester.

Pourquoi la critique fait-elle mal ?

Il y a, je le pense, de profondes raisons culturelles et sociales. Combien de fois, dans la vraie vie, taisons-nous des reproches à des amis ou de la famille, afin d’éviter les conflits ? Oncle Roger a mauvaise haleine, mais on n’ose pas le lui avouer. Tout simplement, ça ne se fait pas. En conséquence, la critique brise les conventions établies : nous avons l’impression de subir une gifle en public et en éprouvons de la honte. Combien de fois ai-je lu « ça ne se fait pas de dire des choses pareilles ! » de la part d’auteurs outrés ?

Pourtant, qui écrit la critique ? Et pour qui ? Le fait est que, en général, les critiques ne nous sont pas adressées. Un commentaire sur Amazon, c’est un lecteur qui parle à d’autres lecteurs. Il avertit les autres qu’oncle Roger sent un peu de la bouche, et pas de chance si Roger tombe sur ce message. Du coup, bien souvent, ce qu’on considère comme une attaque personnelle n’est pas une attaque, et est encore moins personnelle. C’est comme surprendre une conversation entre deux individus qui parlent de nous dans notre dos.

Alors oui, oncle Roger va se sentir très vexé et honteux que l’information sur sa mauvaise haleine soit devenue publique. Mais si ça fait si mal, c’est que la plupart du temps, l’auteur ne s’y attend pas. Pas vraiment. Il n’a pas anticipé la critique : il se sent être « quelqu’un de bien », qui a travaillé dur. Qui critiquerait ça ? Hé, cela ne se fait pas !

Quelques pistes

1) Cesse de croire que tu « mérites » des commentaires positifs parce que tu as beaucoup travaillé. C’est faux. On ne mérite pas des compliments parce qu’on travaille beaucoup, on mérite des compliments lorsqu’on travaille bien. Tu peux avoir mis beaucoup d’efforts et de temps dans un livre, s’il comporte des défauts, tu récolteras des critiques. Et c’est normal. C’est sain !

2) Attends-toi à ces commentaires négatifs. Ils ne manqueront pas de venir, c’est certain, alors prépare-toi. Regarde les notes de tes auteurs préférés sur Amazon : tous récoltent des commentaires négatifs. Aucun de tes textes n’est irréprochable. Et ce n’est pas parce que certaines personnes les aiment que cela « annule » leurs imperfections.

3) Ne les écarte pas. Comme on retire vivement la main de la flamme qui nous brûle, c’est un réflexe de les rejeter. De plus, certains commentaires manquent de tact, sont parfois maladroits ou injurieux. C’est alors tellement plus simple de se braquer ! Pourtant, ces critiques sont des mines d’informations. Regarde-les dans les yeux. Même grossier, un commentaire du type « le personnage principal est un casse-couilles de première ! » est une sacrée piste à suivre. Les commentaires négatifs sont souvent prolixes. Profite-en.

4) Ne te cache pas derrière de fausses excuses. Bannis de ta bouche des répliques comme « cela ne se fait pas de dire ça », « on ne peut pas plaire à tout le monde », « ça n’a pas fonctionné pour lui mais ça plaira à d’autres », « il n’a rien compris, c’était voulu ». Ce ne sont que des tactiques d’évitement.

5) Ne réponds JAMAIS aux critiques : soit tu penses que la critique a du sens et tu t’en sers pour améliorer tes écrits, soit tu la mets de côté. Point. La critique est le ressenti d’un lecteur, tu ne peux pas argumenter contre ça. Il ne peut pas avoir tort de ne pas avoir aimé ton livre.

6) Distingue l’œuvre de l’auteur : la critique pointe les défauts de ton histoire, elle ne dit pas du mal de toi (tes lecteurs ne te connaissent pas). Alors arrête de faire ton Calimero, personne ne t’en veux. Essuie tes yeux, relève le nez de ton nombril et repenche-toi sur tes histoires.

7) Sers-toi de ces critiques de façon concrète pour t’améliorer. Essaie pour de vrai de faire en sorte qu’on ne puisse plus te critiquer sur ce sujet à l’avenir. Documente-toi. Travail ce point. Le lecteur a « mal compris » ? Fais en sorte qu’on ne puisse plus te comprendre de travers. Une critique négative dont tu as appris quelque chose n’est plus négative.

8) Persévère. Quoi, tu croyais être bon du premier coup ? Remporter ton premier concours de nouvelles ? Vendre des milliers d’exemplaires de ton premier livre ? Rédige d’autres histoires. Continue. Tu verras, il est plus facile d’accepter la critique avec l’expérience : avec le temps on se connaît mieux soi-même, on acquiert de la confiance dans son travail et dans son jugement ; et on la comprend mieux, cette critique. Il devient alors plus aisé de la considérer pour ce qu’elle est (une opportunité d’amélioration).

9) Recherche la critique. Mieux que de l’attendre, va au-devant d’elle ! Choisis des relecteurs bienveillants mais exigeants et capables de dire les choses. Cela t’habitue, en plus de te faire progresser. S’entourer d’une cours de « béni-oui-oui » qui te répète à chaque bêta-lecture à quel point ton livre est génial n’est pas seulement inutile : c’est dangereux (en ce qui me concerne, un bêta-lecteur dont aucune remarque ne me permet d’améliorer mon livre est rayé de ma liste – no offense).

10) Choisi comme objectif d’auteur le fait de produire de bons textes, pas d’être aimé. Ainsi, chaque critique sera une opportunité d’avancer vers ton objectif, au lieu de t’en éloigner. Les étoiles et les likes ne sont pas des preuves d’amour…

M’enfin, ce n’est que mon avis.

PS : pour éviter que tes bêta-lecteurs ne fassent trop mal à ton Ego hypersensible par inadvertance, rappelle-toi quand même que tu peux leur donner quelques consignes simples à respecter.


« Allez vas-y, fais-moi mal !
– Repose cette cravache tout de suite, et reprends ton stylo ! »

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7 raisons de ne pas débuter sa carrière d’auteur par une série

« On se fait une intro sympa ?
– On a plutôt intérêt, sinon personne ne va lire la suite… »


Je ne suis pas « anti-série ». Je serai bien mal placé pour te tenir un tel discours, d’ailleurs, puisque mes premiers romans publiés forment… une série. Néanmoins, j’ai eu de la chance. Beaucoup de chance. Avec le temps, j’ai réalisé que j’avais été fou de débuter ma carrière d’auteur par une saga de fantasy, et il est peut-être pertinent que je t’avertisse de certaines choses. Des choses que je n’ai comprises que sur le tard, et qu’il vaut sans doute mieux savoir avant de se lancer.

1) Il est difficile de faire publier un tome 1.

N’y allons pas par quatre chemins : les éditeurs sont frileux au sujet des séries, tout spécialement s’il s’agit du premier roman de l’auteur. Si tu n’as rien publié d’autre, si tu n’es pas connu(e), il te sera plus difficile de convaincre un éditeur avec un premier épisode d’une série qu’avec un livre qui se suffit à lui-même.

2) Il est difficile de vendre un tome 1.

« Désolé, mais je n’achète jamais le premier tome d’une série si la suite n’est pas disponible ». Combien de fois ai-je entendu l’argument en salon ? Je le comprends tout à fait : en tant que lecteur je fais pareil. En tant qu’auteur, il faut avoir conscience que ton tome 1 aura du mal à se vendre justement à cause de son statut de « début de série ».

3) Si le tome 1 est raté, c’est foutu.

C’est la loi du marché : désormais tout est noté, évalué, commenté. Si ton premier tome reçoit de mauvais commentaires d’entrée de jeu et qu’il ne rencontre pas son public, vendre la suite deviendra un calvaire, même si celle-ci est de qualité. C’est une sacrée pression, pour un auteur novice : un premier roman est rarement un livre exceptionnel, or l’existence même des suivants reposera dessus.

4) Tes ventes seront forcément décroissantes

Si tu écris un livre et que sa réussite est modeste, tu peux toujours espérer que ton roman suivant sera mieux accueilli et que tu en vendras plus. Mais lorsqu’on écrit une série, cet espoir est vain : non seulement personne ne lit un second tome sans avoir lu le premier, mais en plus il y a toujours déperdition de lecteurs d’un opus à l’autre. Tu es donc certain à 100% de vendre de moins en moins à chaque épisode.

(Tout n’est pas noir non plus hein : la communication que tu feras à la sortie d’un nouveau tome relancera les ventes du premier, cf. point N°2. Mais gare au point N°3 !).

5) Il faut avoir une motivation sur le long terme

Je te passe le discours « ouh là là, écrire c’est dur ! ». Tu le sais. Donc tu devines bien qu’écrire une série, c’est forcément plus difficile (d’un point de vue du récit, de la structure, de la cohérence, de l’intérêt, etc.). Mais ce qu’on ne réalise pas toujours, c’est à quel point c’est LONG. T’engager sur la voie de la série, c’est partir pour un voyage de plusieurs années (je te le répète en majuscules : PLUSIEURS ANNÉES).

Tu te sens motivé(e) aujourd’hui, mais sans vouloir jouer l’oiseau de mauvais augure, ton histoire te motivera-t-elle toujours dans trois ans ? Dans cinq ? On change, en cinq ans. Tu auras évolué, lu d’autres histoires, développé d’autres envies. Une série, c’est une prison ; pas forcément une prison désagréable (puisque tu l’as créée à ton goût), mais une prison quand même. Prie pour que tes goûts restent stables dans le temps.

6) Tu n’es toujours jugé que sur ton tome 1

Si tu travailles correctement et régulièrement, tu t’amélioreras avec le temps. Si tu fais ce qu’il faut, ton second livre sera meilleur que le premier, le troisième meilleur que le second, etc. Néanmoins, les curieux n’auront pas d’autre choix que de te découvrir par ton tome 1. Je te préviens, cela peut être un peu frustrant.

7) La série est la porte ouverte à l’inutile

Lorsqu’on est novice, on a tendance à trop en faire. Nombreux sont les conseils d’écriture qui rappellent aux auteurs de beaucoup couper, de ne pas digresser, de rester focalisés sur ce qui est important pour l’histoire. Se lancer dans une série, c’est ne pas se mettre de barrières, alors que lorsqu’on débute c’est (peut-être) justement le moment où on en a le plus besoin. S’obliger à ne pas partir dans tous les sens et canaliser ses premières envies dans un cadre restreint peut être une stratégie plus efficace.

M’enfin, ce n’est que mon avis…

PS : pas convaincu(e) ? Toujours motivé(e) ? Tant mieux : moi, j’aime les séries.


« On se fait une conclusion sympa ?
– Boarf, garde-en un peu sous le coude pour le tome 2… »

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